Les vivants sont bien plus violents que les morts

Je suis un imposteur de la vie. C'est elle qui m'a donné un rôle, mais je préfère de loin la compagnie de la mort. La mort est sincère, la vie est fourbe. J'ai rencontré suffisamment de vivants pour en être dégouté.

Des gens sympas, sportifs ou non, cultivés ou non, toujours d'apparence gentils et enviables, car ils semblent heureux, où y comprendre quelque chose pour trouver leur place dans ce monde. Normal, ce monde est taillé à leur mesure. Ces gens-là sont les plus dangereux. Ces mêmes personnes qui vous disent de trouver la paix sont ceux qui sont le plus doués pour inventer la guerre.

Il y a assez de mépris, de bienveillance fourbe, d'hypocrisie, de lâcheté et de bien-pensance en eux pour vous flinguer et cracher sur votre débouille.

Une fois mort, ils diront que c'était vous le fou, le malheureux, celui qui avait des problèmes. Le gros problème, c'est eux. Et vous en faites partie. Oui, vous!

Celui qui ne supporte pas d'entendre un ouvrier de basse étage dire "Y'en a marre de ces arabes qui touchent les alloc, foutent le bordel et à qui on ne fait rien alors que nous, dès qu'on fait un pas de travers pour gagner de quoi survivre, tout le monde nous tombe dessus". Celui qui traite ce bonhomme-là de raciste, ou de sale con, c'est le même qui l'envoie dans les bras de Marine Le Pen. Parce que tout le monde, et les communistes en premier, l'on abandonné, ne comprend pas sa douleur, mais se permet de juger son désespoir.

Ton ex petite amie, qui revient chez toi pour te baiser, car elle n'arrive pas encore à lâcher ta queue, après avoir lâcher tout le reste, et qui te balance "tous mes amis ont été content que je te quitte! Ils m'ont balancé des trucs horribles sur toi. J'ai l'impression d'être entourée d'hypocrites". Mais ce sont ces hypocrites qu'elle fréquente. Car elle s'y retrouve. Et toi tu écoutes ces conneries, et tu n'as même plus de force pour te rebiffer vu que toutes tes forces sont partie avec sa chatte. Elle connais sa force, alors elle t'achète. Elle parle de son beau-père, un kite surfeur bronzé, dont la seule conversation que tu ais eu avec lui soit à propos de sa passion. Et ce gars-là dit que tu ne sais parlé que de toi… Alors que vous n'avez parlé que de lui. Il y a aussi le meilleur ami, l'ancien petit gros bien content de faire du vélo, avec sa petite bonne femme complètement effacé, dans leur maison de banlieue, leur chien, et son boulot dans l'entreprise de papa. Ce gars balance que t'es complètement inintéressant. Alors qu'il te faisait des jolis sourires, et que la dernière fois que tu l'a quitté, tu te rappelles ses mots "Ça a été un plaisir, à la prochaine fois!"

Puis il y a le couple d'ami. Tu sais, le grand brun un peu mou dont le nom de famille est Lebon, qui s'est maqué avec cette petit boule dont le menton ressemble à un cake démoulé trop chaud. Ils ont de la culture. Tu les as rencontré quand ils ont emménagé en bas de chez toi, dans la cave en fait. Tu les crois sincère parce que toi tu l'es. Parce que le grand gars mou t'appelle mon "pote". Et puis un jour, comme ça, sans rien dire, plus de mail, de nouvelle, facebook bloqué!

Il y a aussi ce psy, suffisant et supérieur qui, en toute bonne fois, te dit pouvoir t'aider, te montre même là où tu as mal, pour ensuite t'ignorer comme une merde. te renvoyant dans l'abîme dans lequel tu es. Balançant son mépris par texto. Il est beaucoup plus facile de flinguer un homme par l'intermédiaire d'un téléphone que de vive voix…

Il y a  aussi cette fille qui ne t'a pas dit qu'elle était mariée.

Il y a encore la mère de ton gosse qui te dit que si tu ne lui obéis pas au doigt et à l'œil, "ton fils tu ne le vois plus!"

Et toi tu crèves de toute cette connerie. Mais ce sont eux qui ont raison, et toi qui a tort. Car ils diront que tu avais des difficultés, besoin d'aide, bien calés dans leur bonne conscience, ne se rendant même pas compte que les hommes qui posent des bombes sont les mêmes qui se sont fait piétiné par tout ce pan bien dans ces bottes de la société.

Alors je les emmerde. Tous ceux qui pensent qu'on ne peut pas en avoir plein le cul des religions, du chômage, des faux rebelles, des sportifs, des infirmières infirmes du cœur, tout ce qui pensent que parce que tu as trop de sentiments c'est toi le fou, tous ceux qui pensent que "ça ne tient qu'à toi". C'est à cause d'eux que des gens commettent des meurtres, se bourrent la gueule, se suicident, finissent dans la rue, battent leurs gosses, posent des bombes et lynches des patrons.

La violence, c'est vous, pas moi, ni eux. La violence, c'est les médisants, les patrons infâmes, les méprisants, les bobos snobs, les végétariens extrémistes, les médecins sans éthiques, la personne à qui tu fais le plus confiance et qui te fait le plus de mal. La violence, c'est ceux qui te disent après que tu es parano, agressif, que tu as un problème dans ta relation avec les femmes, avec les psys, avec la loi. La violence, c'est ce gars-là, cette femme, qui, avec l'air de ne pas faire de mal à une mouche, avec un joli sourire, seront les premiers à t'enfoncer la tête un peu plus dans la merde tout en étant persuadé de garder leur semelle propre.

Moi, j'ai beaucoup de tare, de défauts, de faiblesse, de peur. Mais je ne suis pas un faux cul, ni un bienpensant. J'ai trop de sentiments véritables et pas assez de stratégie pour ça. Et toi?

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