La radicalité, la radicalisation, un jeu d'hypocrites ?

Que faire face à la radicalité ? Que faire face à la radicalisation ? Où commence la radicalité ? Est-ce que la radicalité est forcément nocive ? Où commence les problèmes ? Arrêtons de tourner autour du pot, les solutions existent.

Voiles, revenants, invasion turque qui par ricochet libère des djihadistes, manifestants pour le climat qualifiés de radicaux extrémistes, polices violentes à travers le monde, etc.
Afin d'aborder ces sujets délicats, peut-être pourrions-nous d'abord nous méfier des raisonnements basés sur les émotions. Pourquoi ? Parce que de tout temps, les émotions permettent de manipuler les individus et les masses.
Si vous pensez que les émotions ne manipulent pas, n'hésitez pas à regarder « la fabrique du consentement », encore disponible gratuitement pendant un certain temps grâce à chaîne de télé Arte.

Le documentaire "la fabrique du consentement"

La fabrique du consentement © ARTE La fabrique du consentement © ARTE

 

Oui, les émotions, se laisser guider par nos impressions, c'est en fait aussi un bon moyen de se retrouver dans des situations inextricables et s'ajoute au problème le manque d'habitude à réfléchir en profondeur que cela entraîne. Le cerveau s'adapte à cette inaction et il devient incapable de réfléchir, il identifie « réfléchir » à « prise de tête insurmontable ». L'abrutissement est une spirale qui s'auto-nourrit.

Alors où commence la radicalité ?
Comme pour chaque débat digne de ce nom, reprenons la définition du dictionnaire :

Radicalité : Caractère attaché à la racine, aux principes fondamentaux.

 

Mince... en commençant par rechercher la définition du dictionnaire, la racine des mots, me voilà un radical !

Est-ce dangereux ? Problématique ? Non. Ce qui le serait, ce serait de changer la nature des mots, de faire des interprétations, car cela amène à des incompréhensions.
Alors question suivante.

Pourquoi un humain a besoin de retrouver des racines ?

Probablement parce que sa survie lui semble menacée par la corruption des mots, des comportements (se droguer (substances ou société de consommation, etc) pour aller mieux), et survie menacée par la multiplicité qui finit par saturer son cerveau et lui faire peur.
Un large cercle avec des quantités phénoménales de paramètres est moins gérable, moins maîtrisable (ou demande plus d'efforts, d'énergie) qu'un cercle restreint aux données limitées.

Mais l'autre paramètre est la recherche de « pureté ».
Quand on se sent sale, quand on a fait des erreurs, et que face à cette prise de conscience des erreurs passées on ne veut plus les commettre, alors on se cherche un fil à suivre. Que dis-je un fil, un câble d'acier ! Quelque chose qui ne nous laissera pas tomber et qui permet de séparer les bonnes choses des mauvaises choses, de nous repérer, de nous positionner, de savoir comment agir à l'avenir.
Un chemin tout tracé qui nous économise les efforts de réflexion, de remise en question.

Survie, encore survie.
Mais la pureté existe-t-elle ?
Dans des textes religieux ou politiques, peut-on échapper aux interprétations multiples ?
La pensée « pure » doit-elle oublier de nombreux paramètres (quitte à être imparfaite) ou inclure TOUS les paramètres en jeu et être complexe ?
Est-ce que certains ne confondent pas « pensée pure »  et « pensée simpliste » ?
Et l'humain, constitué de milliards de bactéries, de toxines, etc. Peut-il être pur ?

Ensuite, pourquoi un humain change sa radicalité, son désir de retrouver des racines, en actes violents ?
La violence, encore une fois suivant l'analyse de la survie, est l'expression d'une frustration, d'une infériorité mentale momentanée. Et j'insiste bien sur le « momentané » car on est toujours le con de quelqu'un à un moment ou à un autre, et pour éviter ce statut, il suffit d'accumuler les connaissances, de les confronter aux faits, de se remettre en question, d'écouter des avis différents, etc. Et au final, ce qui reste « stable » est probablement « la bonne fondation ».
Exemple, on essaye de faire comprendre quelque chose à un voisin, mais il ne comprend pas ou n'accepte pas la réponse qui pourtant nous paraît logique, alors on s'énerve, et parfois certains en viennent aux mains.
Idem dans les couples...

Extrait de la BD - le déradicaliseur © Editions RJTP Extrait de la BD - le déradicaliseur © Editions RJTP

Et bien la violence dans la « radicalisation » est exactement sur le même principe. Il y a impuissance à expliquer, à changer les choses avec la parole, alors on prend les armes et on tue celui qu'on n'arrive pas à convaincre.
Et on se croit plus fort que l'autre vu que maintenant il est mort.
Mais il n'y a aucun « plus fort » qui tienne. Etre « plus fort » se fait dans un combat où les armes sont égales, comparer une arme nucléaire à un couteau est débile. Tuer quelqu'un qui est désarmé, ce n'est pas être plus fort, c'est au contraire être un lâche, comme l'est celui qui lance une bombe par avion plutôt qu'à se confronter au sol avec les mêmes armes.

Lorsque l'on parle de l'Islam, qui est plus radical ? L'Etat islamique ou les Talibans ? Ou un autre groupe ?
La recherche de la pureté d'interprétation ne serait-elle pas un simple prétexte pour obtenir le pouvoir ?
Bien sûr que derrière c'est un problème politique. La preuve avec la guerre que se livrent ces différents groupes, faisant de nombreux morts dans leurs rangs mutuels. Mais l'hypocrisie fera qu'ils ne vont jamais crier sur les toits qu'ils sont là pour le pouvoir, comme les médias mainstream qui ont trop besoin de « trouver un ennemi pur », bien définissable, en ne relayant pratiquement jamais l'information que ces groupes sont divers et se tapent dessus.

La recherche de « pureté » pour simplifier les discours et les rendre efficaces, est partout.

 

Même en économie on est face à de l'économie radicale.

Celle des altermondialistes ? Pas seulement ! D'ailleurs ces derniers ne sont rien face à l'économie radicale qui impose la recherche de croissance économique permanente, imposant d'écraser les droits sociaux pour être plus efficace, imposant de détruire l'environnement, de bétonner des terres agricoles parce que c'est économiquement rentable, imposant l'empoisonnement comme à chaque catastrophe industrielle. Pour ne pas avoir à remettre en cause leur « pureté de raisonnement » ils continuent à l’asséner dans tous les médias importants et à interdire tout débat sur la question.
Le totalitarisme économique dans toute sa splendeur. Et l'économie actuelle tue.

Un outil qui ne sera jamais neutre : la monnaie © Mathieu Bertrand Un outil qui ne sera jamais neutre : la monnaie © Mathieu Bertrand

Alors où fixer la « limite acceptable de la radicalité » ?

Quand une radicalité entraîne une interdiction de communiquer librement, une impossibilité de dialoguer avec des personnes qui ne pensent pas comme « la radicalité en question », et qu'elle impose des blessés, des morts, on peut dire que cette radicalité là est nocive.

 

Et la légitimité de la violence ? (d'un Etat, d'un individu, d'un groupe d'individus)

Quand il y a aveuglement et écrasement d'individus (comme c'est parfois le cas avec un Etat qui prend certaines décisions), la légitimité du recours à la violence existe-t-elle ?

Vaste sujet qui pourrait mériter un cas par cas et donc un gros bouquin d'analyse.

Mais allons directement à l'essentiel :
si un Etat impose quelque chose qui nuit à la survie d'individus pacifiques, alors c'est une violence et c'est l'Etat qui est « momentanément inférieur mentalement » car incapable de transmettre une légitimité intellectuelle respectueuse.
Mais où commence la « nuisance à la survie d'un individu » ?
Est-ce le priver de nourriture ou d'une élément physique essentiel en augmentant les prix ? Est-ce simplement lui dire ce qu'il n'a pas envie d'entendre ou lui imposer le respect des autres ?
Il existe pourtant des paliers : l'échelle des besoins. (Besoins primaires, besoins secondaires, etc). Mais est-ce que ces paliers changent la donne sur la "violence légitime" ?

La violence et l'ombre © Mathieu Bertrand La violence et l'ombre © Mathieu Bertrand

- Si la survie directe (manque d'alimentation, péril lié au froid au chaud, …) est menacée, là il n'y a aucune équivoque : le danger, surtout s'il est de la responsabilité de l'Etat, est une réalité. Mais une foule en colère et utilisant la violence est-elle le moyen de convaincre un Etat de changer de point de vue ou un bon prétexte pour ce dernier à utiliser une violence encore plus forte ? Des actions "passives" ne sont-elles pas plus efficaces ?

- Si à l'autre bout de l'échelle des besoins, un Etat empêche une culture ou des idées d'exister, comment réagir ? Car un humain dans ses dimensions, ne se limite pas aux besoins primaires : son cerveau doit être libre, même si « la liberté, c'est choisir SES chaînes ». (Ses chaînes à soi).
Alors il faut déterminer si ces « idées que l'Etat empêche d'exister » sont des idées qui détruisent la liberté des autres, ou pas. Car l'Etat (quelle que soit sa forme) doit garantir le bien être de chacun. Sinon il n'a pas trop d'utilité.

« La liberté d'emprisonner, de contraindre, d’annihiler autrui, que ce soit intellectuellement ou physiquement, n'est pas une liberté mais une dictature ».

Si un individu veut imposer son point de vue aux autres et les contraindre à tel ou tel comportement ou pensée, il y a clairement dépassement de limite et « l'extérieure » (un Etat) doit intervenir et protéger ces autres individus. (Les protéger par une forme de contrainte exercée sur l'individu nocif, qui laisse tout de même à l'individu la liberté de vivre dans toutes ses dimensions, sauf celle d'écraser les autres). Avant, on appelait ça "le bannissement".
Mais peut-on encore être "banni" dans une société globalisée ? Passons.

Quelle forme de protection alors ? L'isolement physique.
Pourra-t-il encore utiliser « l'arme de la parole » ? Si une contre-arme de la parole est présente à chacune de ses expressions, oui. Car la parole est nocive, si son but est de transformer la pensée en entonnoir. La contre-arme est donc l'expression de tout ce que cette parole nocive ne dit pas.

Au passage, n'oublions pas l'aspect psychologique d'une personne qui veut « imposer aux autres sa façon de voir ». La conscience que cet individu « a un problème, une faiblesse mentale » est une des clés pour résoudre le problème. Il se fait passer pour « plus intelligent, plus puissant » mais un individu puissant ne peut être par définition, menacé par le comportement d'autrui. Il y a donc manipulation de sa part.

On a parlé de la pureté, de la violence, est-ce que ce sont également des éléments présents chez certains écologistes végans ?
Face à la mort des animaux, leur réaction est « de ne pas vouloir être des criminels » et de ne pas tuer ces animaux par leur consommation.
Certains se contentent d'adapter ces idées à leur propre comportement, mais d'autres plus radicaux, veulent « défendre les faibles », défendre les animaux et empêcher d'autres humains d'en consommer. Des menaces ont apparemment été proférées contre des acteurs du secteur de la viande.

Alors où doit là aussi s'arrêter la violence ?
Et la pureté concerne-t-elle aussi les insectes à ne pas tuer ? Il existe en Inde une religion où ses membres ont un voile fin devant le visage pour ne pas prendre le risque de manger accidentellement des moucherons et autres petits insectes volants. Sont-ils plus « pur » que les végans ?

 

Et les écologistes d'une manière générale, qui ne veulent aucune industrie, aucune pollution chimique, sont-ils dans la recherche du paradis perdu ?

Quelles perspectives peut-on voir dans tous ces comportements recherchant la pureté ?

 

Beaucoup d'informations © Mathieu Bertrand Beaucoup d'informations © Mathieu Bertrand

Une « belle théorie » que tout cela ?

 

Alors prenons un exemple concret toujours à la mode :
Le voile...

Mais le voile sur quoi ?
L'habillement « entraînant une différence » a toujours engendré de la peur, de la haine, du rejet.
C'était le cas avec « la mini jupe » dans les années70, c'est le cas avec des t shirt avec inscription politique, etc.
Le voile sur une mamie à la campagne, qui était « religieuse » (qui croyait en Dieu) mais qui utilisait un dieu Chrétien, suscitait-elle tant de rejet ?
Non. Probablement parce qu'on savait qu'elle n'allait pas nous faire de mal, même si c'était une porteuse de ragots désobligeants et nocifs pour l'harmonie du village.
Mais porter un voile lorsqu'on est musulmane, ça fait peur à de nombreuses personnes.
Pourquoi ? Parce que cette musulmane (qui porte un tissu sur les cheveux volontairement ou pas suivant la pression sociale) se coltine l'image des radicaux violents qui ne plaisantent ni avec les apparences, ni avec la liberté d'être différent d'eux.

Les apparences sont un jeu à double tranchant : je m'affirme tout en m'excluant. Je cherche l'harmonie mais je me fais rejeter. Que de nouvelles frustrations à gérer !
Mais creusons la question de l'égalité, et... si vous demandez à une personne qui porte le voile, « qu'est-ce qu'une femme non voilée ? », que vous répondra-t-elle ? Cela peut aller d'une position « bienveillante » à une position « méprisante » :

- chacun fait bien ce qu'il veut !
à
- c'est un sous-être ! Une prostituée ! Quelqu'un qui est méprisable !


Et ce raisonnement n'est évidemment pas cantonné à une religion ou à un groupe social particulier.
Est-ce qu'aux yeux des différentes religions ou groupement politique, celui ou celle qui ne s'habille pas comme il est écrit par les religieux ou les dirigeants politiques, n'est pas un être inférieur à celui ou celle qui suit les instructions des religieux ou dirigeants politiques ?
Un homme qui veut que sa femme soit voilée pense quoi des femmes non voilée ?
Des femmes de mauvaise vie ? Des sous-êtres ? Des « putes » ?
Des personnes comme moi ou ma femme ?
Un politicien qui veut être élu, acceptera-t-il que sa femme ou ses enfants soient habillés autrement que dans une norme ?

Ou est l'égalité, où est le respect ?

Biologie © Mathieu Bertrand Biologie © Mathieu Bertrand


Alors, voile ou pas voile ?
Ce n'est pas un tissu le danger, et ce tissu n'est pas l'expression du danger. Mais c'est une des marques de soumission (pas obligatoire pour les femmes musulmanes), et cette soumission visible fait se demander : « mais... qu'est-ce qui est le plus important pour cette personne : la loi écrite par des religieux ou la loi écrite par la République ? »
Et à cela, on ne peut pas avoir de réponse sûr car ce n'est pas comme « le port salut », ce n'est pas écrit dessus...
(et même les étiquettes, on connaît leur limites...)
D'où le malaise pour bon nombre de personnes.
Mais qui sait ce que son voisin pense, qui sait quelle « loi » il met au dessus des autres, avec ou sans signe distinctif ?
Le vivre ensemble implique de dialoguer, de savoir qui est l'autre, quel qu'il soit, pas de se barricader. Le vivre ensemble implique de connaître différentes approches de la psychologie, de comprendre les mécaniques de violence, d'amour, etc. Le vive ensemble implique d'étudier différentes philosophies (et donc différentes religions), ainsi que l'athéisme. Alors apprenons la psychologie et la philosophie. Il y a urgence.

 

Restera une barrière qui dépasse largement les religions et les politiques même si ces derniers y sont intrinsèquement liés : la barrière économique.

Comment « vivre ensemble » au sein d'un système monétaire quel qu'il soit, où la rareté relative de l'outil monnaie implique l'exclusion, implique que « le voisin plus ou moins éloigné » soit un ennemi commercial à qui il va falloir prendre l'argent pour qu'on ait de quoi vivre ? (vidéo explicative disponible ici)
Comment vivre ensemble avec un outil qui sépare ?
La monnaie, quand on la donne, on ne l'a plus.
La connaissance, quand on la donne, on l'a toujours.

Extrait de la BD - le déradicaliseur Extrait de la BD - le déradicaliseur

Au final, « lutter » contre la radicalité nocive, celle qui engendre des morts et la destruction, est totalement accessible, et finalement très facile. Sauf qu'il va falloir aller jusqu'au bout des raisonnements et arrêter les hypocrisies, toutes les hypocrisies, les nôtres également.
Et ça... c'est ce qui fera la différence entre une humanité restant enfant et capricieuse, et une humanité enfin adulte, apte à passer l'âge des barbaries.

 

Si vous voulez aller plus loin sur la psychologie humaine, voici un lien.

Si vous voulez un outil pour aborder toutes ces problématiques, voici une BD.

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