Après les départementales, perspectives pour la gauche de gauche

CONTRIBUTION AU DEBAT

 


SUR LES PERSPECTIVES DE LA       DE GAUCHE DE GAUCHE APRES LES ÉLECTIONS DÉPARTEMENTALES DE MARS 2015. 

                                                        Marcel Tassy

 

 

 

Bien des choses ont été dites sur le résultat de ces élections. Je voudrais pour ma part insister sur quelques problèmes.

 

 

 

ABSTENTION, INSTITUTION.

 

La participation électorale devrait nous inciter à prendre en considération ce que disent les abstentionnistes depuis déjà une quinzaine d’années. D’élection en élection, se confirme le rejet de la chose politique telle qu’elle apparaît à un peu plus d’un français sur deux en âge de voter. A la fin de 2014, les inscriptions sur les listes électorales à Marseille ont été inférieures de 25% à ce qu’elles étaient l’année précédente. A noter que le déficit d’inscription sur les listes électorales dans la deuxième ville de France est nettement plus élevé dans les quartiers populaires que dans les autres. C’est un phénomène
persistant depuis plusieurs décennies. S’il devient courant qu’au lendemain d’une élection tout le monde note le fort taux d’abstention, il est tout aussi courant de vite oublier ce phénomène persistant. Ce dernier nous parle pourtant d’un niveau élevé du rejet de la politique. Il nous parle aussi des institutions, qui font la démonstration de leur faiblesse insigne sur le terrain de l’expression de la volonté populaire. D’après des sondages, nombreux sont ceux qui à gauche ont déserté depuis longtemps les urnes. Parmi eux il y a une grande proportion de jeunes.

 

Les enjeux politiques à venir sont tels que nous aurions intérêt à nous poser la question : les abstentionnistes vont-ils rester encore longtemps en dehors des décisions ? On peut légitimement être inquiet selon le degré de conviction que peut avoir la droite et son extrême dans les mois à venir. En revanche, on peut aussi s’atteler à créer les conditions pour convaincre les abstentionnistes, surtout les jeunes comme les autres électeurs de voter pour une nouvelle alternative. 

 

 

 

QUELLE UNION ?

 

Au lendemain du 2° tour des départementales, les trois formations principales du Front de Gauche ont reconnu que ce dernier n’était pas à la hauteur des enjeux. Elles ont lancé, à leur manière et avec des nuances importantes, des appels à l’union de toutes les forces décidées à proposer une nouvelle alternative politique. Si j’ai bien compris, les dirigeants du Front de Gauche préconisent des alliances qui iraient bien au-delà de leurs propres forces. C’est très bien, mais qui suit attentivement le fonctionnement du Front de Gauche se posera plusieurs questions. Il y a des divergences qui perdurent entre le PC le PG et Ensemble. Rien de plus normal quand on est dans des organisations politiques différentes. Cependant, dans l’état actuel du Front de Gauche et dans la perspective d’une alliance beaucoup plus large, il n’est pas paradoxal à mes yeux d’avoir des idées communes sur les enjeux, la stratégie et les alliances. Il me paraît indispensable qu’un futur rassemblement se fasse sur des bases claires. Quand on a vu dans « l’Humanité.fr », à la veille du deuxième tour des départementales, le dirigeant du Parti communiste distribuer des tracts avec le secrétaire général du parti de Valls et Hollande, ce n’est pas que de la maladresse. Plus généralement, quand la direction du Front de Gauche a mis autour de 18 mois pour se démarquer du nouveau pouvoir socialiste, on est en droit de poser quelques préalables. Sinon c’est le FN qui fait son beurre et les abstentionnistes qui restent à la maison. Il serait donc salutaire qu’il y ait une explication franche sur ces questions en sortant de « l’entre soi » que dénonce Clémentine Autain.

 

Pour ma part, je n’ai aucun problème avec des divergences d’appréciation qui peuvent se manifester par exemple sur les évènements en Ukraine et les responsabilités respectives des USA, de Vladimir Poutine de l’UE et de Kiev, pour prendre un exemple. En revanche, comme le souligne Jean Luc Mélenchon, quand on est embarqué sur la même barque électorale il y a intérêt à ne pas avoir d’alliances à géométrie variable.

 

Bref, l’expérience du Front de Gauche a montré, entre autres, que l’union ne peut admettre des ambiguïtés et ne peut être placée sous la tutelle de tel parti ou de l’alliance de tel groupe de partis. Il est impératif qu’une nouvelle déception ne vienne pas réduire à néant les efforts de ceux qui, loin des appareils et des égos surdimensionnés, ne se ménagent pas pour réussir un mouvement citoyens qui, à la française, réaliserait ce qui se fait en Grèce ou en Espagne.

 

 

 

L’UNION POUR LES RÉGIONALES ET POUR LE PLUS LONG TERME.

 

Malheureusement les élections régionales risquent de polluer  un processus de rassemblement qui a besoin de toutes les énergies politiques organisées et de l’intervention citoyenne. Pourtant, personnellement, je fais un gros effort sur moi-même, pour considérer que l’élection de décembre revêt un caractère peut-être exceptionnel. D’un enjeu considérable. Le risque est grand que le FN et la droite s’emparent d’une ou plusieurs régions, PACA, par exemple  (où nous avons déjà failli avoir le père de Marine comme président). Si on intègre les prérogatives des nouvelles régions et du mode de scrutin, c’est à la tête de véritables gouvernements régionaux que l’on pourrait trouver des barons du Front National et de la droite, représentant des millions d’électeurs. De petits États dans l’État. En revanche, l’enjeu national peut être une chance pour la gauche de gauche et bien au-delà tous ceux qui sont sans doute près à croire en du nouveau véritable.

 

Pour ce faire il ne faut pas se louper. Il faut que nous fassions de cette servitude électorale une chance pour commence à ancrer dans le paysage politique français un mouvement politique nouveau rompant avec les tares des organisations politiques actuelles. Appuyer par un courant citoyen irrésistible nous devons déstabiliser les structures de droite, d’extrême droite et de fausse gauche installées dans le paysage politique français.

 

 

 

NOS PRIORITÉS.

 

Si la gauche de gauche manque de lisibilité, comme disent les dirigeants du FDG, c’est essentiellement dû aux défauts fondamentaux que je me permets de relever plus haut, mais pas seulement. Par exemple, tout le monde s’est félicité des scores des candidats du Front de Gauche sur des territoires très couches moyennes, à Aix en Provence et dans les quartiers sud de Marseille, par exemple. Très bien, et bravo pour les militants et candidats de ces secteurs. Comme dit R. Martelli, l’électorat du FDG s’est « moyennisé ». Dans les quartiers populaires, on produit plus d’abstentions et de votes négatifs. Seulement 2 % des candidats étaient d’origine ouvrière.  Pourtant la classe ouvrière existe encore malgré son plus grand éparpillement et ses évolutions technologiques. Dans les territoires classes moyennes nous avons des outils politiques, une communication pour nous adresser mieux aux électeurs que dans les banlieues populaires. Même, lorsqu’ils ont la parole dans les médias nationaux les dirigeants de la gauche de gauche semblent s’adresser à des initiés, pas au peuple et souvent sans émotion et colère. Je sais que ce n’est pas simple, mais il me semble nécessaire de revoir l’épine dorsale et les priorités de notre combat. Il ne s’agit pas de psychologie ou de sociologie, mais du choix de trois ou quatre questions majeures faisant clairement la différence avec les jeteurs de mots. Reconnaissons-le, lorsque Olivier Besancenot ou Marine Le Pen s’adressent aux téléspectateurs c’est clair et percutant. Avec nos camarades on a souvent l'impression que l'on fait compliqué là où ça devrait être simple.
Autre chose, j’ai lu que Clémentine Autain, se félicitait des actions remarquables d’ATTAC contre l‘évasion fiscale. Elle a raison, mais on ne peut laisser encore longtemps à une association le soin de mener seule un combat qui  concerne le cœur même du capitalisme. J’ai eu l’occasion de dire il y a quelques semaines que du temps de Marx « les capitalistes étaient de joyeux drilles » par rapport à ceux d’aujourd’hui. Je suis effaré de voir que c’est  sur les chaînes de la télévision publique et de Canal+, dans les librairies et au cinéma (je conseille d’aller voir « Le prix à payer » ) qu’on aborde cette question avec autant de vigueur sans que cela nous fasse saisir une opportunité inouïe pour démontrer que ce n’est pas une invention des rouges. Mais comment faire comprendre la crise et les sophismes du PS et de l’UMP si on ne prend pas à bras le corps cette question. Comment faire une planète à dimension humaine si l’on ne dénonce pas les 31.000 milliards qui échappent  (15 fois le PIB de la France, 2,5 fois le PIB des USA) aux Etats et aux peuples. Les 2150 salariés licenciés de l’entreprise MORYGLOBAL sont-ils au courant de ce hold-up gigantesque ? Et ceux qui doivent attendre des heures dans les urgences des hôpitaux ? Et ceux qui doivent se contenter du RSA pour survivre ? Attend-on nous que Marine Le Pen détourne encore cette question à son profit ? Supporterons-nous encore longtemps que F. Hollande , M.Valls et M. Sapin nous fassent croire mensongèrement en leur détermination à s’attaquer aux paradis fiscaux ? Le fait que des entreprises telles qu’ AUCHAN, DECATLHON, LEROY MERLIN, IKEA, AMAZON et tant d’autres ne paient pas d’impôt, le fait qu’au cœur de l’Europe, à la City de Londres, au Luxembourg, en Belgique, en Irlande on procède a des montages fiscaux qui évitent que les plus grandes entreprises françaises, européennes et Nord-américaines ne payent pas ou peu d’impôts doit être hurlé sur les toits, doit être dénoncé avec la plus grande énergie. N’y a-t-il pas là de quoi déculpabiliser nos concitoyens auxquels on impose une politique de rigueur mortifère. De quoi aussi, défataliser l’approche des solutions pour mieux vivre dignement. Ne laissons pas Thomas PIKETTY tout seul expliquer qu'une des grandes solutions à la crises réside dans le paiement de ce que doivent réellement les multinationales aux pays dans lesquelles elles exercent.

 

 

 

DES 2012 LE PARTI SOCIALISTE A COMMENCÉ UNE RECONVERSATION LIBERALE. E.VALS ET MACRON VONT L’AMPLIFIER.

 

Lors des élections départementales, Emanuel Valls a lourdement insisté pour qualifier la droite de Sarkozy de droite  républicaine. Cette insistance  à anoblir la droite n’est pas le fruit du hasard. N’oublions pas qu’avec seulement 5,63 % des voix des voix qu'aux primaires du PS Manuel Valls s’était affirmé le promoteur d’une politique aux orientations franchement droitières. Il a d’ailleurs préconisé l’abandon du titre socialiste de son parti. Il n’y a pas de doute, Manuel Valls prépare l’avenir et la reconversion du PS, Tony Blair et Gerard Schroeder étant ses modèles. Je suis convaincu que le Premier ministre est prêt pour une expérience à l’Allemande où sociaux-démocrates et conservateurs chrétiens ont dirigé ensemble le pays en 2013. Par conséquent, il faut s’attendre à voir un PS très tourmenté, affaibli et divisé dans les mois prochains. Ce qui ouvrira des espaces nouveaux pour un mouvement s'engageant résolument avec des solutions économiques, écologiques, sociales, défendant des valeurs éthiques permettant la renaissance de pratiques nobles de la politique. C’est tout au moins le souhait que l’on peut partager avec les composantes du Front de Gauche, Europe Ecologie Les verts, Nouvelle Donne, le NPA, des socialistes en rupture réelle avec leur parti le tout accompagné d’un fort mouvement citoyen. Il semble que ce soit le vœu de tous ceux qui veulent construire une alternative crédible. Aussi, je souhaiterai que Pierre Laurent soit plus clair lorsqu’il ne  cite à aucun moment le Front de Gauche,  et conclut son article dans l’Humanité du 3 avril par ces mots :…..le PCF doit préparer les élections régionales en s’adressant à toutes le forces de gauche, écologiques, sociales, citoyennes ……………….Si on ne peut lui contester le droit de s’adresser à qui bon lui semble, j’espère que lorsqu’il évoque « toutes le forces de gauches », il s'agit de celles qui sont fermement critiques et combattives à l’égard du gouvernement et du Président de la république. LE MOUVEMENT QUE NOUS DEVONS CONSTRUIRE DANS NOTRE PAYS DOIT L’ETRE POUR UNE LONGUE PERIODE et ne doit pas se rabaisser à des compromis électoralistes dans l'espoir de gagner quelques sièges. Il ne faut pas que l'on soient "des gagne petits". Il faut avoir des prétentions et dépasser largement les 11 % des derniers résultats. La gauche véritable s'installera durablement face au bi ou au tripartisme d'aujourdhui.

 

 

 

ET LA SOUVERAINETE NATIONALE ?

 

On a peur de verser dans le nationalisme, d’aller sur les terres Le Péniste  quand on évoque la nécessaire défense de notre souveraineté. Cette souveraineté mise à mal par une Europe qui se résume essentiellement en une zone de libre-échange dont la constitution énonce une « concurrence libre et non faussée ». Quand les partisans d’une Europe libérale font semblant de ne pas croire que nous sommes partisans d’une Europe, d’une autre Europe, solidaire, coopératrice, écologiste et pacifique. Là aussi, Jean Luc Mélenchon pourrait nous dire sa pensée profonde lorsqu'il nous parle de PATRIE.

 

                                                                                                                                     Le 4 avril 2015

 

 

 

 

 

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