Les forces de la vraie gauche vont-elles une nouvelle fois passer à côté de l’histoir

La situation de la France est telle que l’élection de 2017 sera sans doute parmi les plus importantes sinon la plus importante élection de ces cinquante dernières années. Nous vivons un des épisodes historiques des plus lourds de conséquences pour notre pays et la planète. Face à cela la gauche de gauche est divisée. Nous risquons de connaître le même engluement que celui de 2007. Désespérant !

Arrêtons avec l’unionisme mou !  

Marcel TASSY

Ancien député

 

La situation de la France est telle que l’élection de 2017 sera sans doute parmi les plus importantes sinon la plus importante élection de ces cinquante dernières années. Nous vivons un des épisodes historiques des plus lourds de conséquences pour notre pays et la planète.

Quel que soit le Président de droite d’extrême droite ou social-libéral qui sera élu, le pays connaîtra une période de très grands bouleversements : mise en cause profonde des droits et surexploitation des travailleurs ; aggravation des politiques austéritaire et sécuritaire. Tout cela, sur un fond de situation dans un monde où deux dangers s’entrechoquent : celui du réchauffement climatique avec la menace de conséquences dramatiques des plus dures pour des centaines de millions d’êtres humains : territoires inondés, famines, risques de guerres territoriales, et celui de la prise du pouvoir par l’extrême droite dans nombre de pays - déjà commencé en Pologne et Hongrie -, favorisé par une instabilité politique dans de nombreux pays comme l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, la Grèce et d’autres. Pour ce qui est du pays le plus puissant du monde, le succès du milliardaire démagogue et raciste avéré Donald Trump ne cesse d’inquiéter.

Face à ces graves défis, la gauche radicale est diminuée, fragilisée. Alors que droite et Parti socialiste s’apprêtent à désigner leurs candidats, le plus grand rassemblement populaire de la rentrée, la fête de « l’Humanité », aura lieu sans possibilité d’accueillir et de se mobiliser autour du candidat de la gauche de gauche.  Pire, on peut se demander si Jean-Luc Mélenchon sera candidat en 2017. Passer des 200 promesses de parrainage obtenues à 500 sera très difficile. Car, hommage du vice à la vertu, JLM est l’ennemi numéro 1 de la droite et de l’extrême droite. Mais aussi de « la gauche » de gouvernement et du Parti socialiste. Ce qui se conçoit. Mais encore, d’une espèce de gauche unioniste et molle qui semble l’avoir emporté à la gauche de la gauche. Par leurs atermoiements, leurs tergiversations, leurs interrogations existentielles, « Ensemble » et le Parti communiste sont en train de prendre la responsabilité du risque d’absence d’un candidat d’une gauche véritable à la prochaine élection présidentielle.

Face à cette situation de tous les dangers, les partisans d’une gauche de rupture et de transformation doivent prendre les choses en mains. À mon avis , il faut mener une campagne la plus vigoureuse possible pour expliquer :

-     Que l’absence à la présidentielle de celui qui avait recueilli 4 millions de voix serait un coup très dur dans un régime dont on nous vante constamment les vertus démocratiques. Ce serait un énorme scandale aux conséquences politiques imprévisibles.

 

Mais pas seulement : ce serait l’impossibilité de compter les voix et les forces aspirant à un véritable changement. Car, quelles que soient les réserves que peuvent avoir certains à l’égard de J.L. Mélenchon, même justifiées, qu’on le veuille ou non il sera, s’il n’est déjà, le seul candidat crédible et sûr pour une véritable rupture avec toutes les politiques austéritaires, sécuritaires et antidémocratiques de droite et de gauche.  Qui peut faire mieux que lui dans l’opinion publique ? (1) Qui peut offrir les meilleures garanties à un véritable changement et à la mobilisation la plus large contre ceux qui s’opposent au changement ? Son discours de Toulouse est une référence conforme au programme de « l’Humain d’abord » qui avait mobilisé le Front de Gauche et 4 millions d’électrices et électeurs en 2012. On peut discuter encore des contenus, restructurer des phrases, changer des mots. Jean Luc Mélenchon le souhaite. Mais là n’est pas le plus important. Le plus important aujourd’hui c’est de FAIRE DE LA POLITIQUE, d’arrêter de tourner autour du pot, d’arrêter de regarder ailleurs quand la maison brûle. Il faut se mettre au boulot pour trouver les 500 parrainages d’élus pour que J.L Mélenchon puisse se présenter, il faut engager sans attendre une grande campagne d’inscription sur les listes électorales, dont la loi prévoit l’échéance au 31 décembre prochain, et d’abord dans les quartiers et les cités populaires.

 

Il faut envisager toutes les hypothèses, si la droite, l’extrême droite ou le social libéralisme l’emportent, la situation politique sera telle que nous aurons besoin de nous appuyer sur des forces nombreuses et déterminées pour mener les combats très durs contre la suppression des 35 heures ; contre la retraite à 64, 65 ou 66 ans ; contre l’alignement de la fonction publique sur le secteur privé ; contre l’aggravation des conditions de vie des plus démunis. On en a un avant-goût dans cette rentrée avec la cascade de suppression d’aide aux personnes et aux familles les plus défavorisées, avec l’augmentation de la taxe d’habitation dans les communes, départements et régions dirigées par la droite. Cette dernière prétend que les restrictions budgétaires lui sont imposées par la diminution des aides de l’État. S’il est vrai que les dotations de l’État ont subi des coupes sombres, il faut cependant rappeler que la droite a toujours inscrit « la fin de l’assistanat » dans son programme. Il faudra se battre contre la vie chère qui vient encore de s’aggraver suite à l’augmentation brutale des prix des denrées de large consommation, comme les fruits et les légumes. Il faudra se battre contre toutes les atteintes déjà programmées aux libertés fondamentales ; contre l’accentuation de la mise en condition des médias écrits, parlés et télévisés dont une partie d’entre eux sont rachetés par des milliardaires. Il faudra se battre contre les remises en cause des décisions de la COP 21 qui ne résisteront pas à la poursuite effrénée du profit à n’importe quelle condition. Il faudra se battre pour récupérer en France les 80 milliards et en Europe les 1 000 milliards volés par les capitalistes chaque année par le biais de l’évasion fiscale. Il faudra se battre contre le renouvellement des traités européens qui renforceront encore l’austérité pour les couches populaires et moyennes et à laquelle échappent les milliardaires.

Nous sommes avertis, il faut empêcher les terribles basculements que risque de connaître notre pays avec un régime des plus autoritaires dans l’hypothèse d’une victoire de la droite dite classique qui pille les mots d’ordre du Front National ou du FN lui-même minaudant politiquement pour séduire les plus défavorisés. Il faut se battre, mais pas à n’importe quelle condition, pas à n’importe quel prix, car le risque serait d’aller vers une victoire des mous unionistes. Une voie qui ne serait pas que de garage, mais déboucherait vers une plus grande désillusion encore que celle réussie par Hollande et le parti socialiste lors de ces cinq dernières années.

Il faut élire un Président de VIe République qui permettrait le retour du peuple sur le devant de la scène politique pour s’occuper de ses affaires. Une VIe République qui verrait le jour au cours d’une Assemblée Constituante, émanation directe du peuple, chargée de changer la règle du jeu constitutionnel. Qui permettrait, notamment un véritable contrôle des activités des élus de la Nation par le peuple et la possibilité de révoquer ceux qui trahiraient leurs engagements.

Si nous étions confrontés à la victoire d’une des droites ou celle du social-libéralisme il s’agirait d’organiser une grande résistance face à un capital qui se sentirait autorisé, si c’est encore possible, d’aller plus loin dans sa course à l’exploitation des travailleurs, à la condamnation de millions de salariés à la précarité ou au chômage. Il s’agit donc d’éviter la disparition d’une gauche de gauche capable de contester la droite et la gauche molle et centriste. Au-delà, il s’agit de créer les conditions de l’émergence d’une grande force politique novatrice, de classe, bien ancrée dans les couches les plus populaires et les plus dynamiques du pays, une force de combat écologique, une force de rayonnement culturel, une force de justice et de solidarité,  une force décentralisée capable de contester la domination capitaliste et de tendre la main aux autres peuples de la planète pour le progrès social, l’amitié, la coopération, le désarmement nucléaire et la paix ; une nouvelle formation politique qui travaillera internationalement avec tous ceux qui par le monde comme en Espagne, au Portugal, en Angleterre, aux États-Unis et ailleurs contestent la politique de mondialisation capitaliste.

L’enjeu politique de la période actuelle est, répétons-le, le plus grave de ces dernières cinquante années. Il faut donc nous rassembler et créer les conditions pour nous compter lors de la présidentielle.

Je me permets l’expression d’un sentiment personnel : en 2007, j’avais exprimé mon exaspération après la mise en cause des comités antilibéraux et la candidature du PCF qui n’atteint pas la barre des 2%. Je l’avais fait en pensant à l’avenir de mes enfants et de mes cinq petits-enfants.  Aujourd’hui, à la veille de mon 84e anniversaire je pousse un nouveau coup de gueule en pensant à l’avenir de mes cinq arrière-petits-enfants.

Les forces de la vraie gauche ne peuvent pas passer encore une fois à côté de l’histoire.

    Arrêtons de tourner autour du pot en faisant preuve de courage politique.                                                           

                                                                              Marcel TASSY

                                                 

 (1)  Selon un sondage TNS-Sofres pour Le Figaro, RTL et LCI, l’électorat de gauche place Jean-Luc Mélenchon en première position comme son candidat préféré face à la droite. Il serait le meilleur candidat pour 2017 chez les électeurs de gauche avec 35% de citations à la question "qui serait le meilleur candidat de la gauche", dont 21% en premier. Il devance ainsi Nicolas Hulot (23% dont 9 en premier), Manuel Valls (21% dont 12 en premier) et Emmanuel Macron (20% de citations dont 11 en premier). Le chef de l’État n’est que cinquième (19% dont 11 en premier) devant Arnaud Montebourg et Cécile Duflot.

 

Sondage de l’hebdomadaire « Le Point » à la question                Bas du formulaire

Jean-Luc Mélenchon est-il aujourd'hui le candidat de gauche le plus crédible pour 2017 ? Oui : 60.6%  Non : 39.4%Haut du formulaire

 

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