CAPITALISME ET GILETS JAUNES

Aujourd'hui, tout autorise, et surtout tout oblige la FI, si elle veut être pleinement dans son rôle, à mettre en cause le système capitaliste pour que chaque citoyen soit en mesure de bien comprendre, de bien cibler LA CAUSE de ses difficultés à vivre dignement dans un monde de paix et de protection de l’environnement.

France Insoumise

IL SERAIT PEUT-ÊTRE TEMPS DE PARLER DU CAPITALISME

Les 26 plus grandes fortunes du monde représentent les biens de la moitié la plus pauvre de l’humanité ; il y a 793 milliardaires dans le monde,  leurs fortunes cumulées atteignent 2 833 milliards  soit un peu plus que le PIB de la France ; en Europe, Google vient de faire transférer 16 milliards aux Bermudes à partir des Pays-Bas ; en France, 8 milliardaires sont plus riches que les 30% les plus pauvres. Toujours dans notre pays, 5 % des plus riches possèdent 40 % des richesses de notre pays et leurs bénéfices ont triplé en 10 ans. L’année dernière, les sociétés cotées de l'indice CAC40 auront dépassé les 100 milliards d'euros de profit. À cela s’ajoute le scandale européen de « l’ optimisation fiscale » dont les GAFA profitent allègrement et l’évasion fiscale.

On pourrait ainsi multiplier les exemples qui montrent que les profits capitalistes ne se sont jamais aussi bien portés. Alors, suffit-il d’évoquer ces faits aux détours d’une phrase, d’un exposé ou d’un discours. Si l'on s’en tenait là, Emanuel Macron ne serait pas critiquable lui qui évoque facilement le sujet en proposant de réformer le capitalisme. Même discours, par exemple, du côté d’Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’État à la transition écologique, coanimatrice du « débat national » et qui était, hier encore, la directrice de la communication et des affaires publiques chez Danone.

Dans ces conditions et au regard des questionnements des Gilets Jaunes, on est en droit de se poser la question du très peu d’empressement que l’on ressent à la France Insoumise pour mettre au centre du débat populaire d’aujourd’hui la question de la cause principale, profonde, fondamentale de la souffrance sociale d’une majorité de notre peuple : le système économique, le capitalisme. Pourtant, tout concourt à ce que la question du capitalisme soit soulevée lorsqu’elle apparaît comme une réponse nécessaire aux questions que se posent les Gilets Jaunes et plus largement tous ceux qui les soutiennent et qui ont à souffrir des politiques successives de la droite et de la gauche libérale.

Le moment n’a jamais été aussi propice à la démystification des politiques subies depuis des décennies. Le combat des Gilets Jaunes est l’expression de la dégradation des conditions de vie d’une majorité de notre peuple, mais réclame du même pas, avec puissance, un besoin de clarté sur les solutions à mettre en œuvre pour y mettre un terme. Si nous ne nous servons pas de ce que nous savons sur le capitalisme d’aujourd’hui les sophismes macroniens continueront de prospérer. Il faudra admettre que « la France est déficitaire », que « nous vivons au-dessus de nos moyens », qu’il faut « tailler dans les services publics pour dégager des crédits répondant aux revendications des gens » etc. Il faudra, aussi continuer à subir les affirmations sans fondements selon lesquelles il y aurait collusion entre le Rassemblement National et La France Insoumise. Il ne pourrait y avoir de clarification sur les attaches politiques, sociales et économiques entre les amis de Marine Le Pen et le système capitaliste. Lorsque les Gilets Jaunes évoquent l’Impôt Solidarité Fortune et plus encore le CICE, ils mettent le doigt sur ce qui fâche, les choix du pouvoir macronien et les silences Lepénistes : favoriser le capital au détriment des couches populaires. Jamais les orientations de classe du pouvoir en place n’ont été aussi évidentes. Jamais l’occasion n’a été aussi forte de pouvoir poser le problème du changement de système économique, par ailleurs totalement incompatible avec les impérieuses nécessités écologiques d’aujourd’hui.

Lorsque dans des courriers à des militants je manifeste mon insatisfaction sur cette question il m’est répondu que la FI n’est pas procommuniste, qu’elle se contente de parler de « révolution citoyenne », qu’elle n’est pas un parti et qu’elle se met au service du peuple avec le programme « L’avenir en commun ». Personnellement en matière de stratégie politique je ne vois pas trop la différence qu’il peut y avoir entre un parti et un mouvement politique. Les deux mettent en œuvre des politiques. Que la FI, ne propose pas le communisme pour remplacer le capitalisme, je le comprends parfaitement, mais rien dans les orientations stratégiques de la FI ne devrait empêcher une démarche anticapitaliste, en tout cas une mise en débat plus forte, plus spectaculaire, comme la FI sait le faire sur d’autres thèmes. D’ailleurs, l’Avenir en Commun, qui n’est pas une bible immuable pour l’éternité, précise, je cite : « Parce qu’elle subvertit les fondements économiques du capitalisme, la propriété sociale des moyens de production est extrêmement peu développée. Elle est tolérée à la marge du système économique, dans la stricte mesure où elle ne remet pas celui-ci en cause. Des mesures audacieuses permettraient pourtant d’en faire le levier d’une réorientation globale de l’économie ». Si je ne surinterprète pas cette phrase, l’Avenir en Commun ouvre la voie à une remise en cause du système capitaliste étant bien entendu que le système qui pourrait le remplacer est nécessairement à débattre dans le peuple qui en ferait son affaire. Sans vouloir apporter un argument d’autorité, je souhaite que l’on aille plus incisivement, plus largement, plus spectaculairement dans le sens de ce que disait Jean-Luc Mélenchon à Marseille le 18 janvier dernier lors de ces vœux à Marseille, je cite : « Le capitalisme montre ce qu’il est : un système d’accumulation et de profit dans n’importe quelles conditions et d’abord dans la spéculation. Il ne s’investit pas dans la production, dans les machines, dans les grands changements dont nous avons besoin pour que cette terre soit vivable…..le capitalisme est fondamentalement incapable de se s’autoréguler. »

Donc, tout autorise, et surtout tout oblige la FI, si elle veut être pleinement dans son rôle, à mettre en cause le système capitaliste pour que chaque citoyen soit en mesure de bien comprendre, de bien cibler LA CAUSE de ses difficultés à vivre dignement dans un monde de paix et de protection de l’environnement.

Pour terminer, je signale que l’étude annuelle du CEVIPOF fait apparaître que 41% des Français estiment nécessaire une réforme en profondeur du capitalisme et 49% une réforme sur quelques points. Cela fait 90% des Français qui seraient ouverts au moins à une discussion de mise en cause du capitalisme, 6% seulement étant contre. Quoi qu’il en soit nous savons qu’un parti ou un mouvement politique qui ne saurait évoluer en ne prenant pas la juste température de l’opinion publique, serait voué à l’échec historique.

Marcel TASSY

"CAPITALEXIT OU CATASTROPHE" est un livre dont les auteurs sont Lucien Sève, philosophe, et son fils Jean, historien. J'en conseille vivement la lecture. Jean et Lucien Sève démontrent magistralement pourquoi il faut en finir avec le capitalisme qui sacrifie avec une brutalité inouïe la nature et les humains aux exigences insatiables des profiteurs privés. "Ce système à bout de course nous conduit droit dans le mur. Il est urgent de lui enlever le volant".

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.