Œdipienne Marine LE PEN ? Mon œil !

     Je n’ai pas très bien compris les remarques de notre camarade Jean Luc MELENCHON, quand il estime que pour une fois Marine LE PEN a fait une bonne action en nous débarrassant de son père.

     Je crois personnellement que ce qui se passe à la tête de FRONT NATIONAL est très grave. Faisons un retour en arrière de près de 95 ans. Adolphe HITLER fonde le PARTI NATIONAL SOCIALISTE des TRAVAILLEURS ALLEMANDS, en allemand et en abréviation le parti NAZI. Le futur führer  forge son arme politique à l’aide de deux démagogies, la démagogie nationale et la démagogie sociale. Pour la démagogie nationale, il appuie son propos sur la nécessité de redonner à l’Allemagne son orgueil perdu avec le traité de Versailles. Il désigne l’étranger, le juif, le non-arien comme le responsable de tous les maux de l’Allemagne des années 20.  Dans un pays rongé par la crise économique et un chômage de masse il gauchise son discours en habillant ses objectifs sociaux du drapeau du socialisme.

     Revenons au père LE PEN. Il s’est arrêté au milieu du gué en développant sa démagogie nationale contre l’anticolonialisme, et en privilégiant ses thèses racistes. Dans l’intimité qu’il soit, un admirateur de la Wehrmacht et des marches militaires nazies n’a rien de surprenant. Qu’il soit un symbole négationniste l’est encore moins.  Il est dans la tradition de l’extrême droite et de ses héritages nazi et fasciste (fascismo inventé par Benito MUSSOLINI,  l’ancien rédacteur en chef d’Avanti, le journal du parti socialiste italien) dont des racines profondes en Europe redonnent quelques nouveaux pouces inquiétants. Mais ce qui manquait à la ligne politique de Jean-Marie LE PEN c’était le volet socio-économique. Tant qu’il puisait sa force dans la désignation de l’étranger comme source de tous nos malheurs, il s’attirait  déjà une trop forte adhésion, mais il n’apparaissait pas complètement crédible aux yeux de ceux qui avaient à souffrir des politiques gouvernementales successives. On soupçonne aussi Jean Marie LE PEN d’avoir manqué d’ambition et de n'avoir jamais cru à une accession possible du FN au pouvoir.

     Le « coup de génie » de Marine LE PEN c’est d’avoir compris qu’elle pouvait avoir accès au pouvoir si au volet démagogie nationale on adjoignait le volet démagogie sociale. Le résultat ne s’est pas fait attendre et avec l’aide complaisante de quelques journalistes qui en restent à l’écume des mots, il n’en fallait pas plus pour que Marine LE PEN « présente un programme proche de celui du Front de Gauche ! ». Et le tour était joué. On habille un parti foncièrement réactionnaire, près de la finance, ne mettant nullement en cause la domination des marchés financiers, en un parti social proche des travailleurs et des chômeurs. Paradoxalement la fille a mieux assimilé la doctrine nazie que le père. À l’heure où certains exégètes nous interdiraient les similitudes avec les années 30, je parie que Marine LE PEN, elle, a tout compris. « Soyons les défenseurs de l’identité nationale, soyons les défenseurs de ceux qui sont pauvres à cause de la présence massive d’étrangers dans notre pays. »

     On nous présente cette affaire comme œdipienne alors qu’il s’agit d’une adaptation stratégique et  tactique profondément politique dont on voit déjà les résultats électoraux. Quand j’étais gosse, avant-guerre, on disait des italiens, espagnols et arméniens qu’ils venaient manger le pain des Français. Puis Philippe PÉTAIN a fait son come-back en nous imposant LA RÉVOLUTION NATIONALE basée sur le triptyque « travail, famille, patrie ». Ce qui germa dans la tête du nazi de 1920 vit sa tragique application 20 ans après à l’échelle de l’Europe et singulièrement dans notre pays pourtant renommé pour ses racines républicaines et révolutionnaires.

     Alors attention !

     À l’avenir, il faudra combattre le FN comme les autres partis sur son programme économique, social et écologique ainsi que sur les actes là où il dirige des communes. Le combattre aussi comme un parti particulièrement dangereux, car avec l’appui dont il bénéficie dans les médias qui le banalisent il parvient à gagner en influence dans les milieux sociaux populaires qui s’ajoutent à sa forte influence traditionnelle de droite dont il bénéficie depuis longtemps. Aujourd’hui, il est en mesure d’accéder à des responsabilités importantes, à commencer par la conquête de régions aux élections de décembre.

     Ceci étant dit il ne faudrait pas conclure un peu trop vite que le FN polarise toutes les contestations. Ce serait faire peu de cas des voix non négligeables obtenues par le Front de Gauche aux municipales. Ce serait sous-estimer le potentiel de contestation que représentent des millions d’abstentionnistes. Dans les débats et les informations télévisés on nous assène l’idée que 20 à 30 % des Français votent FN. C’est très abusif. C’est suffisamment grave sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter. Un collégien sera capable de calculer que 20 à 30 % des électeurs inscrits, moins les dizaines de milliers qui ne le sont pas, cela fait en réalité moins de 10 à moins de 15% des Français qui votent pour le FN. Ce qui relativise fortement les affirmations du maire de Béziers qui face à Clémentine AUTAIN prétendait que les idées qu’il développait étaient partagées par 20 % des Français au moins. Non, monsieur MÉNARD, vos idées ont l’appui de 10 à 15 % des Français. C’est tout.

     Mais c’est déjà trop !

     Aussi il convient que nous soyons un peu plus attentifs à ce qui bouge dans le paysage politique français et pas seulement concernant le FN. Justement à propos de ce dernier, Valls et Hollande nous jouent la grande scène républicaine du 11 janvier 2015. Seule l’union peut nous préserver du danger FN. Par ailleurs, Valls ne cesse de rappeler que l’UMP c’est la droite républicaine. Cambadélis vient d’affirmer que l’UMP peut rester dans le giron républicain. Cela présage-t-il une cogestion prochaine de l’État ? Une direction à l’Allemande, où les sociaux-démocrates dirigent l’État avec le parti de Madame MERKEL. C’est à prévoir, car il n’y a plus que l’épaisseur de quelques feuilles de papier à cigarette entre la politique de la droite Sarkosyste et celle de François Hollande.   Dans le débat sur les réactions du corps électoral il y a tendance à faire l’impasse sur les 50 % des électeurs qui s’abstiennent. Déjà, en 2004, aux régionales, près de 14 millions d’inscrits s’étaient abstenus. Ils étaient plus de 22 millions en 2010. J’étais de ceux qui avaient alerté sur cette question en insistant sur le fait qu’il fallait y voir non pas un désintérêt à l’égard de la politique, mais une démarche critique de la chose politique. En ce sens ces abstentions ne présentaient pas que des aspects négatifs. Mais, parlons clair. Nombre d’abstentionnistes pourraient malheureusement adhérer aux thèses du FN. Comme la plupart des électeurs FN, ils sont inquiets pour leur avenir et celui du pays. Ils sont mécontents des politiques gouvernementale et européenne. Ils ne parviennent pas à lire l’alternative que leur propose la gauche authentique. Ils ne font pas de distinctions dans la gauche. Mais combien de temps encore vont-ils rester l’arme aux pieds ? Si la gauche authentique continue à être si peu convaincante, il est à craindre que le FN puise de nouvelles adhésions. Le désespoir peut être un mauvais conseiller.

     C’est pourquoi à mes yeux lourde est la responsabilité de ceux qui composent le FRONT DE GAUCHE, principalement Pierre LAURENT et le Parti communiste, Jean-Luc MELENCHON qui fut un excellent candidat, et le Parti de gauche, Clémentine AUTAIN et le mouvement Ensemble et d’autres formations politiques. La responsabilité d’Écologie les Verts de Nouvelle Donne, du NPA est tout aussi importante.

     Il faut qu’ils se bougent tous !

     Allons-nous connaître les mêmes désillusions qu’en 2007 ?

     Qu’ils se mettent d’accord sur une stratégie conquérante, c'est-à-dire claire et lisible. Mais il faut aussi que nous nous bougions, nous sans attendre les réactions du sommet. Les élections régionales, puisqu’il faut en passer par là, peuvent être une chance pour la gauche authentique et au-delà pour tous ceux qui sont confrontés à une politique qui épuise notre pays et désespère ses ressources humaines. Le Parti socialiste est en difficulté. 50% seulement de ses adhérents se sont déplacés pour voter les motions qui leur étaient présentées. 40 000 adhérents ont quitté le PS. Ils ont manifesté ainsi leur profond désaccord avec une politique de droite habillée des idéaux socialistes. L’UMP n’est sûre de rien. Les Français n’ont rien oublié de ses ravages socio-économiques à la tête de l’État pendant dix ans.  Les désaccords politiques des électeurs touchent la droite avec la même intensité que le parti socialiste.

     Seul le FN semble pouvoir tirer son épingle du jeu. Il est fort de notre faiblesse. Sous prétexte de ne pas lui ressembler, nous lui avons laissé le drapeau tricolore et la défense de notre souveraineté. Nous mélangeons les ombres et les lumières de notre histoire. Nous jetons le bébé avec l’eau sale du bain. Nous ne savons pas, à partir de positions de classe, défendre ce que des générations de travailleurs manuels et intellectuels, de jeunes ont conquis en 36, à la libération et en 68. Nous pourrions empêcher la droite et son extrême de gagner si nous savions promouvoir un projet convaincant, attractif, correspondant bien aux attentes de notre peuple et notamment à la majorité des abstentionnistes. Avec une politique et des accords clairs, nous pourrions jouer un grand rôle au cours de ces élections. Ne laissons pas le parti socialiste tuer l’ensemble de la gauche en mutant vers un parti de type social centriste. À lui le reniement et le suicide politique, à nous l’union des forces vives du pays vers un grand projet national et européen.

     Les 17 % qui étaient attribués dans les sondages à notre candidat au début de la campagne des présidentielles n’étaient pas là par hasard. Il y a un potentiel qui ne demande qu’à s’exprimer. On peut faire un bon résultat qui nous situerait comme une force politique incontournable.

     Ça dépend de nous.

     Si nous voulons nous aussi faire comme Syrisa et Podemos

     Comme on dit en Provence :Boulégan* ! ! ! !

 

Marcel TASSY

24 05 2015

 

* bougeons-nous

 

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