Parti socialiste : un congrès pour presque rien

un interet supplementaire dans cette analyse du congres du Ps, c'est que jeune homme de la gauche anticapitaliste n'était pas né né en 1981 et qu'il n'a pas encore 20 ans

salaud de jeune claivoyant

 

Dans un contexte économique et politique morose, le Parti socialiste a tenu son congrès sur fond d’abstention record avoisinant les 50%.

Le PS en manque de stratégie

L’élément marquant de ce congrès est le vide stratégique qui l’a traversé. Après avoir atteint ses objectifs électoraux en ayant conquis la grande majorité des instances démocratiques de la Ve République, on aurait pu attendre que, dans ce congrès, les socialistes se fixent des objectifs, qu’ils réfléchissent à comment changer la donne, à la place et au rôle du parti vis-à-vis du gouvernement.

 En 1971, lors du congrès constitutif du PS à Épinay, François Mitterrand qui en prit la tête avait un but, un moyen et une méthode : la rupture avec la société capitaliste par la conquête de la présidence de la République et via une politique réformiste, c'est-à-dire une amélioration graduelle des conditions de vie, de concert avec des ruptures partielles avec l’économie de marché qui mèneraient au final à l’idéal socialiste. Nous avions alors un désaccord stratégique avec cette vision (et le triste bilan de la période post-81 montre toutes les limites de la stratégie réformiste), mais cela permettait au moins de débattre.

 Aujourd’hui le PS navigue à vue, sans projet de société (la censure (http://www.politis.fr/Quand-le-PS-censure-Mitterrand,19856.html) du discours de Mitterrand lors du Congrès d’Épinay quand il parle de rompre avec le capitalisme est à ce titre révélatrice), sans véritables promesses en faveur d’un progrès social majeur, sans méthode pour parvenir à imposer ses choix. Ce manque de vision stratégique reflète l’intégration aux logiques sociales-libérales, tout comme les autres partis membres du Parti socialiste européen (PSE), et risquent d’avoir les mêmes conséquences en termes de politique gouvernementale qu’en Espagne ou en Grèce.

 Pour les intervenants de la motion majoritaire la tâche du PS serait de soutenir le gouvernement, de commenter son action et d’être un cercle de réflexion sur des grands débats (à ce titre trois conventions seront organisées, sur l’écologie, la démocratie sociale et l’Europe et c’est le seul élément concret qui sort de ce congrès). Cela peut expliquer en partie la désaffection des militants et le niveau d’abstention.

Des débats verrouillés et une aile gauche divisée entre témoignage et respect des 60 engagements

Le PS n’ayant aucun rôle à part celui de conseiller le gouvernement, et le bloc majoritaire (motion 1) étant hégémonique du fait de la motion de rassemblement signée par 98% de l’appareil et des dirigeants socialistes, dont l’ensemble des ministres de Hamon à Valls, l’intérêt des débats de ce congrès s’annonçait assez faible. Et pour une fois, la promesse est tenue.

 Désir, Aubry, Ayrault et les principaux ministres du gouvernement se sont succédé pour défendre leur début de mandat et affirmer qu’il fallait faire confiance au gouvernement. Manuel Valls, qui gagne du poids au sein du PS, a eu le droit à un tonnerre d’applaudissements pour son intervention fixant comme objectifs principaux le rétablissement de l’autorité et de la sécurité (avec des méthodes bien différentes de la droite, comme nous le montre les expulsions de camps de Roms cet été, ou le délogement tout en douceur qui a lieu actuellement à Notre-Dame-des-Landes…).

 Quant à Benoit Hamon et aux membres de son courant qui l’ont suivi dans la motion 1, leur seule boussole a été le respect des 60 engagements d’Hollande, en particulier sur la question du droit de vote des étrangers aux élections locales, du non-cumul des mandats et du mariage pour tous. Exit donc les débats sur la politique économique du gouvernement, sur l’austérité et le TSCG. Comme Cécile Duflot, Hamon a pris le portefeuille gouvernemental et la muselière qui va avec, et il ne se permet même pas de l’enlever à l'intérieur de son parti.

 Les seules interventions combatives ont donc émané des membres de la motion 3, l’aile gauche du parti qui n’a pas rejoint le bloc majoritaire, avec à sa tête Emmanuel Maurel, et composée de Gérard Filoche, Marie-Noëlle Lienemann ou Jérôme Guedj. Ils sont les seuls à avoir porté les débats économiques dans ce congrès, notamment sur la question des licenciements boursiers, sur le fait que ce n’est pas le coût du travail qui entraîne le chômage mais bien la soif de profit des capitalistes, et en faveur des nationalisations ou de la reprise en coopérative des entreprises qui ferment aujourd’hui, en plus de l’opposition aux propos réactionnaires de Valls. L’intervention de Gérard Filoche en particulier, qui fixe comme cap l’opposition au triple M (Medef, Merkel, Marchés) fût très applaudie. Néanmoins, le poids de l’aile gauche du PS ne cessant de diminuer (les voix de la gauche du PS ayant étaient divisées par quatre en sept ans) et la droitisation de la majorité du parti s’accélérant, l’aile gauche n’a plus d’autre fonction que le témoignage. Les intervenants ne prenant même pas la peine de proposer un autre cap pour le PS, et se contentant de mener la bataille des idées tant la cause semble désespérée.

 L’orientation majoritaire qui sort de ce congrès prouve à nouveau que le PS n'est pas redressable, et l’aile gauche ne peut plus que témoigner ou renoncer. Nous disons à tous les camarades dans et autour du Parti socialiste, qui ne peuvent plus soutenir un parti qui a renoncé à changer la société et applique avec entêtement les recettes libérales qui mènent la majorité de la population dans le mur, qu’un nouvel outil politique se construit à gauche avec pour vocation de devenir hégémonique à gauche, sur des bases vraiment de gauche. Cet outil, c’est le Front de Gauche. Et nous leur rappelons qu’il est ouvert.

 Pour le moment, au minimum, nous ne pouvons qu’être d’accord avec Jérôme Guedj lorsqu’il affirme que le PS devra être aussi nombreux dans les cortèges du 1er Mai que quand il était dans l’opposition. Et nous espérons que ces camarades n’attendront pas le mois de mai pour battre le pavé. Car au vu de la politique gouvernementale et du suivisme du PS, ce congrès nous aura confirmé une chose : le changement ne viendra pas tout seul, seules les luttes sociales massives et combatives permettront de l’imposer !

Jules Lavalou

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