« Jaurès, réveille toi, ils sont devenus fous ! »

« Jaurès, réveille toi, ils sont devenus fous ! »
HUGO ETUDIANT RENNES
Dans la perspective de construction d'une union qui soit la plus large possible face à Nicolas Sarkozy, faisant ainsi fi de la dichotomie gauche-droite supposée exister et empêcher théoriquement ce genre d'alliance, François Hollande a décidé de tendre une main généreuse au centre-droit en la personne de François Bayerou, président du Mouvement Démocrate.


Cette ouverture à droite de la part du candidat socialiste à la présidence de la République n'est pas en soit une surprise. Elle apparaît, en effet, comme la conséquence, la poursuite logique du processus d'intégration du Parti socialiste au consensus idéologique dominant, c'est-à-dire le consensus capitaliste. Ségolène Royale, lors de l'élection présidentielle de 2007, avait déjà désiré que se réalise effectivement cette large unité entre sociaux-démocrates et démocrates; ce que Ségolène Royale avait rêvé de faire en 2007, François Hollande est aujourd'hui en mesure de l'accomplir.
Une gouvernance socialiste se faisant de concert avec un parti de droite, que d'aucuns qualifieraient d'arc-en-ciel en référence à l'expérience italienne, si elle devait se réaliser effectivement constituerait l'aboutissement de la dégénérescence idéologique du Parti socialiste. En effet, non content d'avoir décidé d'adopter par un vote unanimiste, lors du dernier congrès tenu à Reims en 2008, une nouvelle déclaration de principes (stipulant que le PS renonce définitivement à « ses espérances révolutionnaires » et considère de facto que le mode de production capitaliste est un horizon indépassable), le PS a désormais la volonté de traduire sur le plan des alliances cette évolution politique foncièrement régressive en aspirant à se lier avec une partie de la droite républicaine.


Le PS, ayant depuis longtemps dans les faits mais également dans le verbe, abjuré sa foi révolutionnaire, faisant ainsi parti de ce qui convient d'appeler « le consensus capitaliste », est devenu aujourd'hui partisan d'une union avec la droite. Dans de telles conditions le Parti Socialiste ne peut bien évidemment plus se prétendre ni de la gauche, ni du socialisme.


Il est une deuxième droite, une tendance de ce parti unique que l'on pourrait appeler le PPUC, c'est-à-dire le Parti Pour l'Unanimité Capitaliste; et s'il peut encore être différencier sur le plan idéologique avec la synthèse des droites réalisée par Nicolas Sarkozy, il souscrit systématiquement à cette pensée totalisante qui considère que tous les énoncés politiques développés à un moment donné doivent partir du postulat suivant : il n'y a pas d'alternative possible, envisageable au capitalisme et à ses deux mamelles mortifères que sont le productivisme et le consumérisme.


Camarades de Démocratie et socialisme et d'un « Monde d'avance », vous qui vous vous battez au sein du Parti socialiste pour que le mot socialiste conserve son caractère révolutionnaire, vous qui aspirez à un projet de transcendance sociale, vous qui vous revendiquez d'un idéal commun au mien, c'est-à-dire la Sociale, cessez donc de perdre votre temps, de gaspillez votre précieuse énergie, vos talents au sein de cette organisation que vous ne parviendrez pas à redresser doctrinalement. En aspirant à ramener le PS sur des bases de véritablement de gauche, vous poursuivez, peut-être un beau dessein, mais un dessein, pardonnez-moi, mais que je considère d'abord comme chimérique, désespérant car tout simplement désespéré. Cela fait maintenant plus de quinze années que Gérard Filoche a préféré quitter la Ligue Communiste Révolutionnaire, dont il était un des cofondateurs, pour s'en aller rejoindre les rangs du Parti Socialiste avec l'espoir de pouvoir concourir modestement à son redressement idéologique. Il a pour cela créer son propre courant auquel vous appartenez aujourd'hui, « Démocratie et Socialisme ».


Aujourd'hui, nous ne pouvons que en constater l'échec patent de cette action qui se voulait volontairement et généreusement régénératrice; la main tendue de François Hollande à François Bayerou en est l'expression paroxystique.
Peut-être serait-il temps de dresser un bilan de votre stratégie et d'en tirer un certain nombre de conséquences politiques?
En effet, alors que pendant des années vous avez milité au sein du PS pour le faire devenir un parti
qui ne se contente pas uniquement d'apporter des correctifs au système capitaliste tout en participant à sa gestion loyale, combien de chemin celui-ci a-t-il parcouru vers le conformisme de conservation sociale, économique et politique, appelée aussi modernité par certains ?
Rapidement, on peut penser au bilan sacrement amère que se soit sur le plan national et européen des années de gouvernement de la gauche plurielle; bilan qui contribua, quoiqu'on est pu en dire à l'époque, fortement à la piteuse élimination du candidat socialiste Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle de 2002.


On peut également se rappeler de la campagne lamentable de Ségolène Royale qui décida d'opter pour la stratégie dite de la « triangulation » consistant à s'approprier les valeurs de l'adversaire politique pour espérer le concurrencer sur son terrain propre, on a vu le résultat à l'arrivée, et cela tout en considérant parallèlement les classes sociales et les antagonismes pouvant exister entre elles comme autant de notions anachroniques, obsolètes auxquelles on se devait de renoncer si on se voulait réellement moderne. On peut, enfin, continuer à balayer les années passées en se rappelant de la la funeste courte échelle faite sans vergogne par les députés socialistes à Nicolas Sarkozy au début de l'année 2008 pour que celui-ci puisse faire voter à la hussarde, en piétinant la souveraineté populaire dans le cadre du Congrès, le traité de Lisbonne, pourtant copie conforme du Traité Constitutionnel européen rejeté majoritairement par les Français en 2005 par référendum; Les renoncements se sont, en effet, poursuivis pendant ce quinquennat même en étant dans l'opposition; la position extrêmement bancale, si ce n'est plus, du PS sur la question des retraites est un exemple. Et aujourd'hui, nous en sommes avec cette fameuse main tendue à François Bayerou de la part du candidat socialiste François Hollande.
Que vous faut-il se plus pour admettre que ce parti de changera pas, que sa dégénérescence idéologique est irréversible ? Combien de couleuvres faudra t-il que vous avaliez encore avant de dire cesser votre obstination à vouloir rendre la vie à ce cadavre puant ?

Au début du siècle, ceux que l'on désignait comme révolutionnaires et comme réformistes au sein de la SFIO partageaient, eux, une espérance révolutionnaire semblablement identique : l'appropriation collective des moyens de productions qui devait entrainer à terme l'avènement d'une société sans classes s'organisant selon l'adage « de chacun selon selon ses mérites à chacun selon ses besoins ». Les divergences entre ces deux tendances se cristallisaient, non pas sur le but à donner à l'action politique, mais sur la question de la stratégie, de la méthode à utiliser pour conquérir le pouvoir central, préalable nécessaire à toute volonté de changement radical de l'ordre établi. Ainsi, s'opposait d'un côté la stratégie dite gradualiste des réformistes qui refusait les coups de forces, tablait sur les institutions établies pour prendre le pouvoir et de, l'autre la stratégie des révolutionnaires davantage tournée vers l'extra-parlementarisme. Par conséquent, nous avions à ce moment précis, des réformistes et des révolutionnaires qui souhaitaient parvenir au même endroit, à savoir une société post-capitaliste, mais qui pour cela désiraient emprunter des chemins différents. Il n'y avait pas d'incompatibilité idéologique entre eux. Ils étaient d'accord sur l'essentiel, c'est-à-dire le but à atteindre.
Aujourd'hui, ceux que l'on a l'habitude d'appeler les réformistes, c'est-à-dire les dirigeants du PS ne sont même plus des réformistes au sens historique du terme étant donné que, en plus d'être en désaccord sur la méthode à employer pour prendre le pouvoir, ils n'aspirent même plus au même objectif politique que les révolutionnaires, c'est-à-dire à la destructions progressive du mode de production capitaliste dans une perspective socialiste.


Lionel Jospin n'avait pas constaté autre chose en 1993 en déclarant : « La réforme a tué la révolution, mais aujourd'hui les socialistes semblent refuser l'idée même de réforme ».


Ainsi, vouloir aménager, rajeunir, replâtrer le système capitaliste, lui offrir un visage un peu plus humain comme le suggère l'hebdomadaire Marianne pour qui « Un autre capitalisme est possible », prétendre qu'il est tout à fait possible de concilier la justice sociale et l'efficacité économique sans que cette dernière ne se réalise au détriment de la première, que la protection de l'équilibre environnemental est bel et bien soluble dans le capitalisme, telles sont désormais les mornes ambitions de ce Parti qui a renoncé à la mission historique de toute organisation se prétendant de gauche.


François Mitterrand, alors que le fond de l'air était encore bien rouge, avait déclaré durant le Congrès d'Epînay en 1972 : « « Violente ou pacifique, la révolution, c'est d'abord la rupture, celui qui n'accepte pas la rupture – politique c'est secondaire ça va de soi – celui qui n'accepte pas la rupture avec l'ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, ne peut être un adhérent du Parti Socialiste. ». Je me permettrai d'élargir cet énoncé en affirmant que, hier comme aujourd'hui, être de gauche, c'est être anticapitaliste. Une parti se réclamant de la gauche, de son histoire, de ses conquêtes, qui n'a plus l'ambition, le courage politique pour s'attaquer directement aux structures économiques établis en changeant le régime de propriété pour que les travailleurs aient la véritable maîtrise du processus de production, de poser la question de la répartition des richesses produites tout en s'assurant que cette production soit compatible avec le préservation de l'équilibre climatique, environnemental, de remettre en cause la Vem république, cette monocratie; et bien ce parti en question renonce à sa raison d'être, à ce qui fait son identité politique et bascule de facto dans le camp de l'ordre.

Le PS semble malheureusement incapable de tirer les leçons de ses propres échecs électoraux, ainsi que ceux de ses homologues européens.
La défaite historique du Parti socialiste ouvrier espagnol est l'illustration paroxystique de ce qui advient lorsque la social-démocratie se décide pour plaire aux capitalistes à conduire une politique qui remet en cause effectivement les intérêts des travailleurs, des couches populaires.
En 1998, la social-démocratie était hégémonique en Europe. Elle pouvait se prévaloir de diriger alors les 2/3 des pays européens; Aujourd'hui, depuis la défaite des socialistes espagnols, elle n'est plus qu'à la tête de trois pays ! Entre temps, la social-démocratie européenne a poursuivi inexorablement son intégration idéologique au sein du consensus capitaliste. Fort de ce constat, il n'est pas scandaleux que d'affirmer qu'il existe bel et bien un lien de causalité entre la dégénérescence idéologique de la social démocratie, c'est-à-dire son renoncement à changer la société dans une perspective anticapitaliste et son incapacité autant à rester au pouvoir ou à le conquérir. Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol subissant une défaite historique aux élections législatives pour avoir mener une politique allant à l'encontre des intérêts des couches populaires, des travailleurs dans le seul but de se conformer aux souhaits des marchés, François Hollande prend-il conscience que ce chemin de collaboration de classes est mortifère ne serait-ce que d'un strict point de vue électoral ? Non pensez-vous, il tend la main à la droite pour l'inciter à gouverner avec lui ! Le Parti dit socialiste a échoué en 2002 et en 2007 notamment parce qu'il défendait un programme de centre- gauche avec lequel il ne proposait que l’alternance au sein du consensus capitaliste, la seule gestion du système établi. Il n'a pas su donner envie au peuple de se rallier à lui. Que François Hollande médite donc sur la déroule piteuse de ses camarades espagnols et essayent d'en tirer quelques conséquences au niveau de son orientation politique s'il ne veut pas un jour devoir finir lui aussi dans les poubelles des l'histoire.

Camarades socialiste de Démocratie et socialisme, mais cela s'adresse tout autant aux camarades du courant « Un monde d'avance », cessez de vous noyer dans l'impuissance, laissez donc ce parti, contaminer par la révolution conservatrice, achever sa mutation démocrate que vous ne cessez de dénoncer et venez donc construire une vraie opposition de gauche qui consent, elle, toujours à la rupture avec la société capitaliste.

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