UNE AGRAVATION BRUTALE DE LA SITUATION ECONOMIQUE

 

Résolution sur la situation adoptée par le CPN du NPA des 19 et 20 novembre 2011


1 – Une aggravation brutale de la situation économique aux conséquences
désormais imprévisibles
; une crise écologique dramatique pour les populations.
Le monde vit un nouvel épisode de la crise du système capitaliste qui a éclaté au grand
jour en 2008. Depuis, le sauvetage des banques, les plans de relance et l’impact de la
récession ont transféré l’endettement des banques aux états eux-mêmes, faisant exploser déficits et dettes publics.

Ce soutien public massif a permis de reculer les échéances jusqu’à l’été 2011 où la décote
de la dette de la Grèce de 20 % de la part détenue par les créanciers privés a fait sauter le
tabou d’un défaut souverain. Le 27 octobre le défaut passe à 50 % . Les politiques
d’austérité imposées à la population grecque sont intolérables et aggravent la crise.
Le défaut de la dette grecque jette le soupçon sur d’autres états, entraînant la hausse des
taux d’intérêt de leur dette publique, ouvrant la possibilité d’un effet domino et d’un
effondrement des banques allemandes et françaises particulièrement impliquées. La mise
sous tutelle de l’Italie est un nouvel avertissement. Or avec l’Italie, ce sont des sommes
doubles de celles qui sont en jeu actuellement si on additionne l’ensemble des dettes qui
ont été accumulées par la Grèce, l’Irlande et le Portugal.


Le système est au bord de la faillite parce qu’à la différence de 2008, les états surendettés
qui sont devenus la cible principale de la spéculation peuvent difficilement mettre en place
de nouveaux pare-feux face aux dérives du système
.

Le FESF peine à trouver les 1000 milliards d’euros prévus et doit se tourner vers la Chine et les autres pays émergents.
Sous prétexte de chercher un « effet de levier », ce sont les mêmes bricolages financiers
qui sont mis en oeuvre et qui ont conduit à la catastrophe de 2007-2008.


Dans le même temps, le système se dirige tout droit vers une récession. La Grèce connaît
une récession depuis 3 ans et le Portugal se voit condamner par ceux là même qui lui
imposent l’austérité à 2 années de récession !

Récession sans fond, dette sans fin, tel pourrait être le résumé !

Une situation que l’on retrouve partout : la dette du Japon s’élève à 200 % de son PIB,

et celle des USA à 100 % avec des risques de récession qui restent très élevés.

La crise du surendettement sévit au Nord comme au Sud.
Or une crise de cette ampleur si elle devait s’approfondir et déboucher sur une récession
durable et généralisée ne se réglera pas sur le seul terrain économique. Pour l’instant les
bourgeoisies n’ont pas de solution de rechange, elle poursuit sur la même lancée et n’a
aucune intention de réguler. Une crise majeure du système capitaliste comme celle que
nous connaissons aujourd’hui ne peut se résoudre sans une destruction massive de
forces productives et une profonde réorganisation du capital.


La seule option possible aujourd’hui pour la bourgeoisie est encore et toujours de faire
payer la crise aux travailleurs. Mais le coût est de plus en plus élevé et suppose la
destruction pure et simple des protections et droits sociaux, la baisse brutale des salaires,
la destruction des emplois. La précarité et le chômage explosent, surtout chez les jeunes
et les femmes, le pouvoir d'achat diminue y compris pour les classes moyennes. Il s’agit
pour les bourgeoisies de faire voler en éclat le compromis social hérité de la libération et
des « 30 glorieuses ».


Ceci qui ne pourra pas être sans conséquence non plus sur le plan politique, au niveau
des droits démocratiques en particulier.
Ces choix politiques sont faits dans le dos et au mépris des peupeles, ils rendent
impossible le fait que les peuples puissent procéder à l'indispensable transition
énergétique, la reconversion industrielle et agricoles, nécessaires pour lutter contre le
réchauffement climatique et juguler les graves menaces qui pèsent sur l'environnement et
l'humanité. Les effets sur le niveau et la qualité de vie des populations se fait durement
sentir, accentués par la spéculation foncière et celles sur les denrées alimentaires, la
raréfaction des énergies fossiles dont le coût augmente de plus en plus.


Inquiétude et colère provoquent déjà, de Santiago à New York, de Barcelone à Athènes
des mouvements de masses, comme celui des « indignés », montrent les potentialités
subversives de la situation, même si, pour le moment, ils ne parviennent pas à bloquer les
politiques d'austérité.


Mais pour l’heure, le rejet du capitalisme se heurte à l’absence d’un projet de société
démocratique socialement juste et écologiquement soutenable, surmontant le handicap
que constitue l’héritage répulsif du stalinisme.

2 - Dans la zone Euro, la crise prend une forme particulière.
Les plan d’aout, puis d’octobre 2011 marquent une nouvelle étape dans la dictature
exercée par la Troïka (BCE, FMI, Commission Européenne) mandatée par les marchés
financiers. Après le contrôle exercé sur les budgets des Etats, c’est la surveillance directe,
les diktats sur les moindres détails des plans d’austérité à imposer aux populations,
jusqu’à la question à poser pour l’éphémère proposition de référendum, et enfin la
composition du gouvernement en Grèce et en Italie.

Devant l’accélération de la crise, les mesures de régression sociale d’une ampleur
jusqu’ici inconnue s’accompagnent de l’amplification de la dimension antidémocratique,
autoritaire des politiques. Les rapports de domination quasi « coloniale » exercés par les
institutions européennes ne peuvent que provoquer le rejet des « solutions
européennes », et favoriser la montée des nationalismes et des populismes d’extrême
droite.

Pourtant les résistances sociales continuent au milieu des difficultés. L’ampleur et la
détermination de la mobilisation du peuple grec a pesé pour la première fois sur le cours
des évènements, provoquant la crise politique et conduisant Papandréou à faire une
proposition de référendum, une tentative pour le moins hasardeuse de la contenir sur un
terrain institutionnel mais pouvant déboucher sur un « Non » aggravant un peu plus les
effets de cette crise. Les marchés financiers ne s’y sont pas trompés et se sont dressé
vent debout contre tout ce qui d’une manière ou d’une autre pourrait donner lieu à
l’expression populaire

.
Au plan politique, les orientations d’union nationale gagnent du terrain partout en Europe.
Des gouvernements de ce type, dirigés par des hommes-liges des marchés financiers ont
été mis en place en Grèce et en Italie, sous la pression de la Troïka (UE, BCE, FMI) et du
directoire franco-allemand de l’UE. Il s’agit d’affirmer qu’il n’y a pas d’alternative, en
continuant à impliquer la Social-démocratie qui n’a pas d’autre solution que d’être en
première ligne pour imposer les politiques d’austérité. Fait inédit des partis d’extrêmedroite
participent (Grèce) ou soutiennent (Italie) ces gouvernement dont l’objectif est de
faire appliquer les plans de l’Union Européenne destinés à sauver l’euro.

Dans cette situation de crise des institutions européennes et de rivalité croissante entre
les bourgeoisies, l’avenir de l’Euro est posé. Pour nous l’Euro n’est pas un fétiche
intouchable. Si la protection de mesures prises dans le sens de l’intérêt des travailleurs
l’imposait, la sortie de l’Euro pourrait être envisagée. Mais aujourd’hui, une sortie de l’Euro
avec dans la foulée un cycle de dévaluations successives dans une logique de guerre
commerciale, ne ferait qu’aggraver la crise. Et surtout, une telle proposition déplacerait le
terrain du conflit de l’affrontement de classe à l’affrontement sur le terrain du nationalisme,
état contre état.


A l’inverse nous devons continuer de défendre la construction de la riposte de la jeunesse
et des classes populaires à l’échelle de l’Europe défendant une harmonisation sociale et
fiscale vers le haut, la rupture avec l’ensemble des traités qui ont présidé la construction
de l’Europe capitaliste, des réponses écologiques à l’échelle européenne dans tous les
domaines, énergie, transports… Nous défendons la perspective d’une Europe des
travailleurs, une réorganisation de toute l’économie à l’échelle de l’Europe dans le sens
des intérêts de l’immense majorité de la population, les 99 % pour reprendre l’expression
du mouvement des indignés.

3 – En France, il n’y aura pas non plus d’échappatoire
C’est la révision à la baisse des prévisions de croissance qui sert de prétexte au nouveau
plan d’austérité annoncé le 7 novembre (moins de 3 mois après le précédent !), « le plus
grand plan de rigueur depuis 1945 » selon le 1er ministre.


Sur le plan économique, l’enjeu n’est même pas d’éviter la perte du triple A, c’est sans
doute peine perdue. Sans attendre, le taux d’intérêt de la dette publique a déjà fortement
progressé, ce qui creusera encore le déficit et justifiera de nouveau sacrifices qui eux
même ralentiront la croissance… La France n’échappera donc pas à la récession et à
l’approfondissement de la crise. Mais comme partout ailleurs, les classes dominantes
n’ont qu’une solution en vue : faire payer toujours plus les classes populaires à défaut
d’avoir une solution pour sortir de la crise.


Les récentes annonces de Fillon constituent un cran supplémentaire dans la rigueur et
l’annonce d’un démantèlement définitif du système de protection sociale. L'équité dont
elles se drapent ne peuvent masquer que les classes populaires en constituent la cible :

de la TVA, l'impôt le plus injuste, de 5,5 % à 7 % sur les produits et les services

(dont gaz, électricité, téléphone…), gel de l'augmentation des prestations sociales, 500 millions
d’euros d’économies supplémentaires sur les budgets sociaux, l'éducation, la santé...,
délais de carence d’un jour dans le public et de 4 jours dans le privé pour les arrêts
maladie, attaques inédites contre les salaires et le statut des fonctionnaires de l’Education.


Les menaces de démantèlement définitif du système de protection sociale, issu du rapport
de force imposé à la libération illustrent cette situation. C’est le sens de la campagne
actuelle engagée par le Medef, relayée par toute la droite, pour faire basculer le
financement de la sécurité sociale encore majoritairement basée sur le salaire socialisé
vers l’impôt (TVA « sociale »)


Sarkozy et Fillon ont fait le choix d’enfermer le débat électoral dans le cadre de l’austérité
durable.
Le message de Fillon est clair : « l’heure de vérité a sonné. Il n’est pas utile de
s’en prendre aux agences de notation, aux banquiers et aux spéculateurs (…) il n’y a pas
d’autre recette pour réduire l’endettement que de réduire la dépense ». François Hollande
de son côté ne conteste pas ce cadre, simplement il propose de « donner du sens à la rigueur
».

Comme en 2007 sur le terrain de la sécurité, la concurrence entre l’UMP et le PS
sur le terrain de l’austérité, pourrait bénéficier à la droite dont c'est le terrain.

Les tentations nationalistes et le climat raciste se renforcent. Entre les calculs politiciens

des discussionsPS-EELV et le désaveu d’une droite empêtrée dans les affaires,

l’extrême droite notamment le FN paré de son discours prétendument social pourrait également bénéficier
de cette situation.


Cette situation exige que le NPA se déploie pleinement, se tourne vers l’extérieur, parte en
campagne et prenne des initiatives.

Nous devons donner un contenu européen à nos réponses à tous les n
-iveaux
:D’abord en affirmant à chaque occasion, la dimension internationaliste de notre politique :
présence de camarades d’autres pays (..)

-Initiatives de solidarité avec les peuples grecs, italiens… qu’il nous faut soutenir voire
tenter d’impulser sur le plan unitaire : Troïka hors de Grèce et d’Italie !

-Soutenir et participer au mouvement des indignés en défendant la jonction

-Défense partout où nous pouvons, en particulier dans nos structures syndicales, de l’idée qu’il faudrait rapidement une journée de mobilisation européenne contre les politiquesd’austérité, contre le chantage de la dette.

-Face à l’explosion des suppressions d’emplois et des licenciements au sein d’entreprises
ayant une implantation dans plusieurs pays d’Europe, nous cherchons impulser des
initiatives de solidarité internationales, à l’image de la manifestations européenne des
travailleurs de l’automobile au moment de la fermeture de Vilvoorde.


Nous devons continuer notre travail d’implantation et d’intervention dans les entreprises,
les quartiers populaires et la jeunesse.
Dans les entreprises, nous devons développer nos réponses sur les questions des
salaires et des licenciements qui sont des préoccupations essentielles du monde du
travail, dans le contexte de l’aggravation et de l’accélération de la crise

Nous devons travailler à faire converger les luttes dans tous les domaines et tenter
d’améliorer le rapport de force sur les licenciements, sur les salaires, comme sur la facture
écologique que les classes populaires continuent à payer du fait de toutes ces crises
imbriquées du capitalisme.
Les directions syndicales refusent d'engager le bras de fer. Néanmoins, les mesures
contre les salarié(e)s obligent à un minimum.

La date du 13 est retenue comme « tempsfort de mobilisations interprofessionnelles

notamment avec des rassemblements ».

A l'image du 11 octobre, tout est fait pour contrer la possibilité de convergences des luttes
sectorielles et permettre à l'ensemble des secteurs de se mettre en grève. Faute de
perspectives politiques à donner à un éventuel mouvement social, les syndicats
tergiversent et tardent à réagir face au rouleau compresseur de l'austérité. Les militants du
NPA défendent dans l’ensemble de leurs organisation syndicales l’objectif d’un
mouvement d’ensemble contre l’austérité.


Dans ce cadre, les syndicats de l’éducation ont posé la date de grève du 15 décembre.
Centrée sur la question de la réforme de l'évaluation des enseignantEs, elle sera le
réceptacle du ras-le-bol de ce secteur, où plus de 60 000 poste ont déjà été supprimés et
où la réforme ECLAIR suscite des résistances. Nous devons nous saisir de cette date
pour démontrer aux salarié(e)s de l'EN déjà lourdement attaqué(e)s ces dernières années
que les plans d'austérité vont accélérer la destruction des services publics. A la veille des
vacances scolaires, cette date ne peut évidemment pas être le point de départ d'un
mouvement se durcissant vers la reconductible. Mais, à l'instar du 27, il peut montrer une
nouvelle fois la disponibilité de ce secteur à la mobilisation.


Contre l’austérité et les effets de la récession qui commence, nous cherchons à construire
une riposte unitaire,
c’est le sens de notre courrier envoyé le 8 novembre aux
organisations de la gauche politique et sociale. Quelle que soit l’issue immédiate, cette
initiative et surtout cette démarche ne doivent pas rester lettre morte,

c’est aussi un débat que nous devons porter partout où nous militons,

y compris dans les structures syndicales où nous intervenons.

Il nous faut également poursuivre et amplifier la campagne unitaire sur la dette,
démultiplier partout des cadres de mobilisation unitaires avec les forces politiques,
syndicales, associatives permettant à la fois de contrer la propagande sur les questions de
la dette et du déficit, et de mobiliser sur les effets concrets dans la fonction publique, les
collectivités territoriales, la santé…


Dans le même temps, en particulier avec notre matériel, nous portons notre orientation
pour l’annulation de la dette :

« Qu’on appelle ça enquête publique, audit ou tribunal de la dette, l’enjeu n’est rien de moins

que passer de la légitime défense au contrôle, à la mise
en cause du droit des banquiers et des capitalistes à disposer de nos vies ».

Du soutien aux banquiers en 2008 aux politiques fiscales totalement injustes menées depuis des
années et des années, c’est bien un mécanisme global que nous voulons dénoncer et
faire ainsi la démonstration du caractère illégitime de cette dette comme de la légitimité à
refuser de la payer.


La question du nucléaire -poursuite de la construction de l’EPR, MOX… - sont au coeur du
débat politique. Les négociations entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie- Les Verts
ont mis sur le devant de la scène les renoncements de ces derniers à la sortie du
nucléaire en échange de quelques circonscriptions.

Dans la campagne électorale comme dans les mobilisations le NPA défendra une
transition énergétique radicale articulant sortie du nucléaire en 10 ans, réduction des
émissions de gaz à effet de serre, développement massif des énergies renouvelables et
mise en place de politiques de sobriété et d’économies d’énergie dans un service public
de l’énergie.

La sortie du nucléaire ou l’arrêt des grands projets productivistes comme
l’aéroport de Notre Dame des Landes ne sont pas facultatifs, ils sont la condition même
d’un plan de réorganisation de la production au service des besoins des populations et
respectueux des impératifs écologiques.

Toutes ces interventions ne sont évidemment pas séparées de la campagne politique que
nous voulons mener au travers des présidentielles. Notre profil général est plus que
jamais : il faut virer Sarkozy et sa majorité sans faire aucune confiance au PS et à ses
alliés qui annoncent une austérité de gauche, et préparer dès maintenant les luttes qui
devront être menées quel que soit le résultat des élections, une opposition de gauche en
cas de succès d’un gouvernement social-libéral du PS et de ses alliés

.
Nous développons nos propres réponses, nous défendons un plan de contre-mesures
anticapitalistes (salaires, santé, retraite, fiscalité…), les moyens pour empêcher la finance
de nuire (annulation de la dette, saisie des banques, lever du secret et mise sous
contrôle…). Mais nous ne nous contentons pas de la dénonciation des choix capitalistes
qui mènent le monde à sa perte, nous défendons un autre fonctionnement de la société,
une réorganisation de la production à la fois sociale et écologique inscrite dans une
perspective internationaliste.

 

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