Rififi à l’ « Université » Paris-Saclay

A propos du processus électoral en cours pour les conseils de l'"Université" Paris-Saclay. D'université, il s'agit en fait du regroupement d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche hétéroclites. Le but est de faire des partenariats avec les entreprises privées.

Et patatras ! La majorité toute nouvellement élue au conseil d’administration de la toute nouvelle construction institutionnelle dite « Université » Paris-Saclay rejette l’autre moitié du conseil.
C’est qu’à coté des 18 membres élus, le CA doit comporter 18 membres nommés proposés par les chefs des établissements formant ce cluster d’enseignement supérieur et de recherche

Bon, c’est pas vrai, ça n’a pas (encore ?) eu lieu. Mais ce qui est sûr, c’est que le législateur acrobate qui avait rédigé les statuts spéciaux du nouvel établissement « expérimental » n’avait pas prévu qu’une majorité contestataire CGT-FSU puisse émerger des élections au sein du regroupement forcé et hétéroclite d’établissements qui ont le Plateau de Saclay pour décor.

Plateau de Saclay Plateau de Saclay

Il s’agit de l’élection des trois conseils : conseil d’administration (CA), commission de la recherche (CR), commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU). La liste CGT-FSU a obtenu près de 6 000 voix contre 4 400 pour la liste portée par Sylvie Retailleau, la présidente sortante vue comme la favorite pour ré-entrer à l’issue du processus.

Le CA doit comporter 36 membres, une moitié d’élus, une moitié de nommés. Avec une particularité : le ou la président.e peut être choisi.e à l’extérieur du CA. C’est pratique car si tout se passe comme prévu, avec 3 représentants politiques locaux, 10 représentants économiques, 5 personnalités du monde académique, tou.te.s choisi.e.s par les chefs d’établissements eux-même nommés par le gouvernement, il n’y a plus de rififi à craindre. En effet la moitié plus un, ça donne une majorité absolue.

Dans l’université business créée à Saclay, celle de l’ « excellence » et du partenariat avec les « startups », où on ne garde que les bons bacheliers - les autres mis dans une entité annexe - on peut aller chercher ses contrats et financements privés et faire payer pour les études au niveau Master. Il paraît d’ailleurs que payer, cela rassure les bons étudiants étrangers. Gratuit ou quasi gratuit, ça attirerait les mauvais étudiants. Mais cette philosophie n’est pas celle des élu.e.s CGT-FSU.

Concernant la gouvernance, elle est bien ficelée par le décret n° 2019-1131 du 5 novembre 2019 définissant l’établissement expérimental Université Paris-Saclay.
Bien ficelée sauf l’article 13 qui détaille la composition du Conseil d’administration.
Car :

« une liste de quinze personnalités [les 10 représentants économiques plus les 5 personnalités du monde académique] du présent article est soumise aux membres élus du conseil d'administration [soumise par les chefs des institutions constituantes] »

Une liste soumise à quoi ? A vote, à consultation, à approbation tacite ? Le décret n’en dit pas plus, ne précise aucune modalité et surtout ne prévoit ni choix alternatif, ni rejet par les élu.e.s. Se voir proposer 15 noms pour 15 places et c’est tout, pour finir avec une majorité absolue choisie par ceux que le gouvernement a lui-même nommé, on comprend qu’il soit préférable de passer vite sur les détails.
Alors que se passera-t-il au CA, avec ses nombreux élus contestataires, quand on lui présentera une liste à nommer ?
C’est à suivre de près et voici le calendrier des opérations :

07/02 : transmission de la liste des nommés aux nouveaux élus du CA (qui ont été élus fin janvier)
13/02 : réunion des élus au CA pour la désignation des nommés
17/02 : clôture des candidatures à la présidence
02/03 : réunion du CA et choix du ou de la président.e (la favorite étant Sylvie Retailleau, la présidente sortante)

Ce qui est intéressant, c'est de constater que les gens des facs et labos connaissent eux-mêmes très mal ce processus, qui leur est trompeusement présenté comme un magnifique exemple de démocratie.

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