Ils étaient là, presque tous là (moins de vingt en fait, ceux qui restaient un 18 juillet). Quelques Verts, quelques crypto anarchistes ou communistes, on ne sait pas très bien, quelques citoyens en tout cas voulant contester gentiment la fuite en avant bétonnière et saccageuse de l’État sur le plateau du Moulon pour un projet appelé pompeusement « Paris-Saclay ». Ils voulaient « construire » une cabane sur un champ prêté par un agriculteur, un peu triste d'être bientôt exproprié d'une partie de ses terrains en vue de constructions inutiles (http://moulon2020.jimdo.com/decideurs/grand-paris/), de doublement de voies automobiles et autre émergence aérienne de rails de métro.
Il faut avouer que tout cela était assez amateur et improvisé. Monter une cabane branlante dont on peut prévoir la remise à plat par l'orage de la nuit suivante, à l'aide de palettes, planches, poutres récupérées ici ou là. Et aussi quelques pavés qu'un plus ambitieux que les autres projetait de mettre au sol, voire d'utiliser comme fondations.
Bref, les travaux n'étaient pas commencés depuis deux heures qu'un représentant isolé de la Maréchaussée en voiture vint s'enquérir du projet (genre. En fait il avait l'air au courant de tout. Eh oui, un malheureux troll de liste de diffusion avait dû malencontreusement écrire un mot comme ZAD dans un courriel, ce que les serveurs du Renseignement eurent vite fait de croiser, indexer, notifier).
Devant un dialogue non constructif avec les dangereux activistes (« nous sommes sur un terrain privé avec l'autorisation du propriétaire »), décidés manifestement à ne pas se laisser trop impressionner par des mots comme : interdit, procès verbal, juge administratif, outrage à agent, notre gendarme isolé, un capitaine paraît-il, se retire dans sa voiture et appelle en renfort la Maréchaussée en camionnette.
Car pour dépasser 2m², une construction, même branlante, en rase campagne, et destinée à être mise à bas par le premier souffle du premier orage, doit faire l'objet d'une autorisation administrative. Ce qui est fort dans cette « affaire » c'est que la Maréchaussée viendra bientôt en renfort et sans mandat autre que le bon jugement d'on ne sait quel supérieur hiérarchique, pour entraver et empêcher une «infraction», ni encore commise, constatée ou notifiée. On aimerait la même efficacité dans les affaires sérieuses. L'outrage à agent, c'est quand on répond : « le juge administratif n'a visiblement pas grand-chose à faire, il doit s'ennuyer ».
Voilà donc arrivée sur place une quinzaine d'autres gendarmes, armés et protégés de gilets pare-balles pour s'occuper de vingt amateurs de cabane du samedi après-midi. Les gendarmes étaient en petite minorité donc, mais visiblement mieux entraînés et équipés pour la « fight » que les de-moins-en- moins-dangereux activistes. De « fight », il n'y eut évidemment pas, les citoyens s’avérant genre pacifistes. Les gendarmes relevèrent les plaques d'immatriculation des véhicules et demandèrent l'identité et cartes du même nom des bâtisseurs. Ceux-ci refusèrent cependant pour la plupart et les gendarmes n’insistèrent pas. Sentirent-ils le ridicule de la situation ou renoncèrent-ils à user de la force publique sur un terrain privé sans plainte du propriétaire, j'ignore.
Les « militants », de plus en plus dociles et obéissants, allèrent jusqu'à exécuter les volontés de l'édile du coin (officier de police par attribution), dont la valeureuse épouse, infiltrée parmi les rebelles de moins en moins notoires, prétendait qu'il « soutenait la cause ». Les militants, démilités autant que délimités, renoncèrent à s'opposer plus avant au saccage environnemental, climatique, financier à venir et remballèrent outils et matériaux et il est fort probable que l' « affaire » en reste là.
Vive la République, vive la France, vivent les JO (comme à Athènes, à Sotchi ou ailleurs), vivent tous les Sepp Blatter et tous les Bernard Tapie de la terre et vivent tous les Sarkozy, ces littéraires et vivent les Hollande, ces ennemis de la finance.
Enfin vive la choucroute et vivent les cabanes qui ont des pavés sur un sol à niveau !