Achat de culture et culture d’acheter

Le non-essentiel est-il synonyme de non-marchand ?

Pour faire face à la pandémie de covid-19, les dirigeants des pays touchés par cette crise sanitaire ont dû acter des méthodes exceptionnelles pour endiguer la contamination.

Les solutions n’ont pas été révolutionnaires ni très offensives, notamment en France où la guerre annoncée par le Président de la République lors de son allocution du 16 mars 2020 s’est cantonnée à une politique de repli.

Une des conséquences de ce choix a été d’évaluer les lieux à garder ouverts, et ceux qu’il n’était pas nécessaire d’ouvrir, pour réduire les contacts entre les personnes.

La notion d’« essentiel », pour définir les lieux pouvant rester ouverts, a alors devancé d’autres notions qui auraient pu s’avérer plus pertinentes et moins stigmatisantes comme les lieux d’interactions à risque ou les lieux à forts niveaux de contamination.

C’est pourtant bien les lieux dits « non-essentiels » qui ont dû fermer, renvoyant ainsi aux visages de leurs salariés le caractère insignifiant de leurs emplois.

Parmi ces lieux « non-essentiels », une catégorie semble encore moins essentielle que d’autres : les lieux culturels.

La visite de ces lieux, notamment des musées, est dénuée de tout contact, puisque très souvent, « on touche avec les yeux ». On n’y parle pas très fort, on y danse rarement.

Malgré cela, il a été plus simple de découvrir des œuvres graphiques dans les rayons de décoration d’intérieur, plutôt que dans les allées d’un musée.

La différence entre une boutique qui propose des tableaux fabriqués en série à accrocher dans son salon et un lieu où les tableaux uniques restent accrochés au mur est simple : les musées ne vendent pas les décorations.

Les musées ne sont pas générateurs de profit, du moins pour la plupart, et l’équilibre de ces structures tient souvent à une difficile équation entre financements publics, financements privés et billetterie.

Les musées sont des lieux où le marchand n’a pas sa place, où l’essentiel n’est pas de vendre, où la croissance est d’abord celle de l’esprit avant d’être liée au PIB.

C’est aussi ce que témoigne les galeries d’art, fermées depuis peu mais restées ouvertes lorsque les musées fermaient. Il reste encore les maisons de vente aux enchères, qui pourraient s’apparenter à des lieux de culture, mais où la présentation de biens parfois culturels précède leur vente. Ici demeure leur caractère essentiel.

Et si les musées mettaient en vente leurs œuvres, devenant ainsi marchands, pourraient-ils devenir essentiels ?

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