Le cul entre deux tours

Si les primaires ne sont pas parvenues à désigner un candidat victorieux, la pression du "candidat normal" a à nouveau fait son effet face aux prétendus excès du candidat Mélenchon et au conservatisme d'un candidat LR dépassé sur sa droite. Après le mandat socialement désastreux de François Hollande, comment soutenir son ancien ministre de l'économie face à l'épouvantail de l'extrême-droite ?

Une promesse tenue

Le voici sorti du four, le résultat électoral d'une recette médiatique au goût amer. Comment pouvait-il en être autrement, alors que depuis l'année dernière déjà, le candidat Macron est vendu matin-midi-soir à des électeurs avides d'images télévisuelles et dont l'oreille a perdu tout filtre critique. Ainsi va la France, qui porte en tête le parti du narcissique Emmanuel Macron alors qu'elle avait l'occasion de renverser un régime dépassé, basé sur l'idée mythique de l'incarnation du pouvoir par un homme fort et providentiel. Alors que le candidat victorieux d'hier soir est parti de ses initiales pour fonder un « mouvement », la presse s'était unanimement unie ces dernières semaines pour dénoncer un culte de la personnalité soi-disant incarné par le candidat Jean-Luc Mélenchon. Où est le renouveau d'EM dans tout ça ? Certes l'antisocial-libéralisme a réussi à dépasser les clivages partisans habituels pour imposer un candidat-synthèse au second tour, mais si les partis traditionnels semblent aujourd'hui affaiblis, l'idéologie libérale qu'ils portaient est, elle, triomphante.

 

À ceux qui voteront pour

Je ne vous comprends toujours pas, ni pour la mise en concurrence que vous prônez d'un côté, ni pour la haine des peuples que vous défendez de l'autre. Les marcheurs, comme les frontistes, ne sont même pas des beaux parleurs tant leurs discours sont répugnants. La précarité que les uns vantent, comme le repli identitaire que les autres soutiennent, sont les causes de l'instabilité du monde qui nous conduiront inévitablement à un désastre humain surnaturel.

Aux soutiens de Macron, je vous souhaite d'être jeune pour (sur)vivre d'APL, de bourses, de chômage, de job étudiant. Je vous souhaite d'être chômeur pour connaître une radiation. Je vous souhaite une explosion pour connaître l'irradiation. Je vous souhaite la galère, les licenciements. Je vous souhaite le harcèlement moral et des accidents du travail. Je vous souhaite d'être chauffeur Uber la nuit, de travailler de jour, et même le dimanche. Je vous souhaite d'être vieux, de ne pas connaître la retraite, de la connaître incomplète, de (sur)vivre du minimum vieillesse. Je vous souhaite un accident de parcours, pour connaître l'intolérance. Je vous souhaite de voir la vie telle que la voient ceux qui subiront une nouvelle fois les lois de « votre projet ».

Aux soutiens de Le Pen, je vous souhaite la guerre, comme la connaissent ceux que vous haïssez. Je vous souhaite de fuir là où vous serez accueillis par des tirs de grenades lacrymogènes. Je vous souhaite de vivre dans des bidonvilles, dans des « camps », dans des « jungle de Calais » à des milliers de kilomètres de là où vous êtes nés. Je vous souhaite de vous prendre pour des résistants et de vous faire bombarder dans la nuit. Je vous souhaite d'avoir un fils et qu'il soit emprisonné. Je vous souhaite d'avoir une fille et qu'elle se fasse enlever. Je vous souhaite d'avoir une mère qu'on force à se dévoiler pour plaire aux porcs de l'assemblée. Je vous souhaite d'être confrontés à des dos tournés quand vous espérerez des mains tendues. J'espère un jour vous voir changer, lorsque vous vous trouverez à la place de ceux que, depuis bien avant 2002, vous vous êtes mis à blâmer.

 

À ceux qui voteront contre

Certains parviennent à trouver une différence entre celui qui, au mois d'août dernier, se présentait aux côtés du raciste Philippe de Villiers, après avoir imposé par deux fois une loi Macron et une loi El-Khomri à coup de 49-3, et celle qui représente un parti nationaliste d'un autre âge. Vous refusez de vous abstenir, de voter blanc, de voter nul en glissant un bulletin « Ni patron, ni patrie », puisque de toute façon ce scrutin vous imposera forcément l'un ou l'autre maître. Il y a toutefois l'option de laisser les pourris se départager entre eux, de nous organiser entre nous, de laisser les votants en minorité pour que la majorité silencieuse lors du second tour soit bruyante lors du troisième. Hier soir, déjà, les moins patients se sont faits entendre alors que la majorité des déçus se faisait encore attendre, probablement assommée par l'idée des coups que risquent encore de prendre nos conquêtes sociales. Il faut garder en tête le rendez-vous du 1er mai, qui sera l'occasion d'utiliser la démocratie autrement que par un bulletin de vote rendu insignifiant par un mode de scrutin inclus dans la Vème République. Il faudra également aller au-delà de ce 1er mai, lui aussi trop institutionnalisé dans le folklore démocratique, pour imposer le changement et l'évolution vers une société juste, que nous pensions rendre possible par le vote en faveur de la candidature de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise.

 

Nous tous, gardons notre force et continuons à affirmer notre volonté. Ils croient avoir enterré l'insoumission, comme ils avaient fini par rire de Nuit Debout, elle vient au contraire de naître et connaîtra probablement son paroxysme dans les prochaines années.  

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