Que faire ?

Les défis du 21ème siècle sont d'une ampleur ou d'une nature inédite. 

Comme depuis toujours, il existe des inégalités entre peuples ou catégories de population, causant des tensions nationales ou internationales telles que sécessions ou migrations. 

Les guerres pour une grande part sont une conséquence de l'inégalité, mais l'irrationel (avidité, peurs, ignorance ...) contribue à leur donner une place séparée; elles sont un fléau ancestral, sauf que les guerres ont atteint une échelle mondiale -- nous en avons déjà eu deux -- et des capacités de destruction inégalées par le passé. 

Le niveau de démographie aggravé par la surconsommation, le gaspillage et le mépris de l'environnement menace la planète par empoisonnement et appauvrissement.   

Dans tout cela, la science vient comme un facteur de progrès, pouvant jouer aussi bien comme amplificateur des problèmes que comme un frein ou une aide à les résoudre.  

Depuis peu et surtout, il y a la mondialisation. C'est le résultat d'une longue évolution mais depuis le siècle précédent cela touche concrètement et consciemment chaque individu de notre espèce. Il est maintenant banal de parcourir la planète par l'électricité, les ondes , les transports de personnes de marchandises, les déplacements de particules, déchets ou micro-organismes. La planète a cessé d'être une mosaïque de territoires vierges et de civilisations qui s'ignorent pour devenir un bocal où toutes les espèces se côtoient, ce qui a des implications dans les échanges, la culture, la science, la santé, la paix, la nature .... 

Ces problèmes interagissent entre eux, et cela est accéléré par les moyens technologiques issus de la science ainsi que par la mondialisation. Le 21ème siècle révèle ces problèmes de manière si aigüe que l'on peut légitimement s'inquiéter du futur de notre espèce, de son extinction au delà de son bien-être. 

Le rôle du capitalisme, maintenant mondialisé, dans cet inquiétant tableau est majeur. A première vue, on pourrait n'y voir qu'un facteur accélérateur (note 1) car, après tout, inégalités guerres et croissance démographique existaient ou sévissaient déjà avant le capitalisme. Idem pour la science et le processus de mondialisation. Toutefois, le capitalisme apporte une idéologie de l'individualisme qui est profondément destructrice pour toute forme de famille ou de société (note 2) ainsi que pour l'environnement. Or cette idéologie est puissante car elle est mondialisée elle aussi, et elle est dominante en Occident depuis au moins 2 siècles : elle s'opposera nécessairement à tous ceux qui voudraient entraver la logique d'évolution du capitalisme, même si cette logique conduit au chaos ou à l'anéantissement de la civilisation. 

Le rôle des nations est également à considérer, car si les nations peuvent se fondre dans la mondialisation économique, le nationalisme lui, s'oppose à la mondialisation et exacerbe les guerres comme l'histoire l'a trop souvent montré. La question nationale et les guerres qui vont avec ont sans doute existé avant le capitalisme, pourtant le capitalisme cherchera à réaliser l'unification par la voie impérialiste, c'est à dire l' annexion des nations faibles par les plus fortes, autrement dit par des guerres et des inégalités accrues entre peuples. En ce sens le capitalisme est antagoniste à la nation; c'est d'ailleurs l'objet d'un ouvrage célèbre: "l'impérialisme, stade suprême du capitalisme". 

Il est peu de domaines où la mondialisation n'existe pas, et l'exception notable est la gouvernance. C'est à l'évidence là que se situe notre salut et c'est une tâche qu'il incombe d'engager sans délai. Une autre évidence est qu'il est vain de compter sur les oligarchies qui ont confisqué le pouvoir et les richesses aux quatre coins de la planète et qui savent défendre leurs privilèges. Il en découle la nécessité pour les peuples de s'organiser pour rompre avec le capitalisme, à un niveau international.

 (1) 

le capitalisme est souvent présenté comme un puissant facteur de développement de l'économie et même comme un accélérateur de croissance auquel on doit une prospérité inégalée. En témoignerait par exemple la rapidité impressionnante des reconstructions d'après guerre. C'est faire fi d'autres facteurs externes réellement puissants :

  •  la science qui ne cesse jamais d'évoluer et qui peut (contrairement au capitalisme) capitaliser quasiment à l'infini, avait accumulé assez de connaissances (techniques, philosophiques, mathématiques) pour permettre l'essor industriel lorsque le capitalisme s'est développé vers le 17ème siècle.
  •  l'énergie : la domestication par la science de la vapeur, du charbon puis du pétrole a permi l'industrialisation et la mécanisation généralisée que nous connaissons (le muscle secondé ou remplacé par la machine dans les endroits les plus insignifiants et les plus inattendus). 

On pourrait soutenir que la prospérité prêtée au capitalisme n'est due en réalité qu'à l'énergie et à la science, ce qui poserait alors la question: "En quoi le capitalisme économique sert-il ou a-t-il servi ?".  On sait déjà hélas! ce qu'il en est du capitalisme financier.

En tout cas, on voit ici la propagande consistant à porter au crédit du capitalisme des éléments qui ne lui appartiennent pas. On en connait d'autres exemples : n'est-il pas convenu de dire ou faire croire que l'essor de la civilisation Occidentale doit tout au capitalisme -- comme si le Christianisme et Christophe Colomb par exemple n'avaient pas existé ? que le capitalisme est une économie de marché, comme s'il avait inventé l'économie ou le marché ? que le capitalisme est basé sur la loi de l'offre et de la demande, comme si celle ci n'ėtait pas ancestrale ? Après tout, un philosophe l'a dit : l'histoire est écrite par les vainqueurs. Il est alors juste de rendre à César ce qui appartient à César

(2) 

la glorification de l'individualisme qui caractérise le capitalisme n'est qu'un avilissement de l'individualisme des philosophes Grecs. Elle n'est que la justification d'un vol organisé des biens communs. Cette spoliation s'est mise en place vers le 17ème siècle pour les biens communaux, elle fût entérinée par l'Enclosure Act du 18ème siècle en Angleterre, puis étendue à tous les moyens de production, y compris intellectuels. 

Cette glorification de l'individualisme ou des libertés individuelles se mesure dans notre vie quotidienne par des pseudos libertés (consommation, enrichissement, jouissance égoïste, rituel électoral...) mais aussi par des libertés sociétales (âge de majorité, féminisme, divorce, mariage gay..) qui déstructurent sans proposer d'alternative, et surtout par des inégalités croissantes insupportables.

Ce que disait Karl Marx sur les valeurs humaines, avec la prose de son époque, était d'une étonnante clairvoyance:

La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire.

Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale.

La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu'on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages.

La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent.

Extrait du Manifeste du parti communiste (1848)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.