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Billet de blog 3 nov. 2014

Quel capitalisme ?

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Le défi du 21ème siècle étant de repenser notre monde, certains disent qu'il faudrait combattre le capitalisme financier car c'est celui qui impose sa dictature au monde.

On pourrait aussi prétendre que la finance capitalisme n'est qu'une tentacule de l'hydre et qu'il vaudrait mieux viser celle ci à la tête. La question posée mérite qu'on s'y attarde, et ce qui suit est une vision historique; elle met de coté la question de l'usure, qui ayant existé de tout temps ne peut être une caractéristique du capitalisme.

Le capitalisme originel est celui qui met fin au système féodal par un vol organisé dont l'acte fondateur est la privatisation des biens ancestraux : à l'époque, ce sont principalement les terres agricoles. Cette spoliation s'est vraisemblablement mise en place au 17ème siècle, elle a été entérinée par l'Enclosure Act du 18ème siècle en Angleterre, puis étendue de sorte que la propriété privée des moyens de production est ainsi proclamée légale. La propriété c'est le vol ! dira plus tard Proudhon à juste titre. Le premier effet de cette privatisation est d'appauvrir une masse paysanne tout en créant de grands propriétaires terriens. 

A notre époque Il reste de rares îlots du système ancestral, par exemple en Afrique où des terres agricoles sont encore la propriété d'une communauté gérée par un conseil qui choisit les paysans exploitants. Ce communisme a semble-t-il existé dans tous les systèmes ancestraux. 

Le capitalisme industriel, lui se met solidement en place au 19ème siècle et il montre des signes annonciateurs du capitalisme financier, comme l'a observé et analysé Marx à cette époque. Ce capitalisme industriel n'est pas fondamentalement différent du précédent ; il y a eu juste une transition du stade agricole au stade industriel, parfois dans la douleur (Cf. la guerre de sécession US), avec création d'un prolétariat.

Ce capitalisme industriel tire ses bénéfices de la réduction des coûts de production et cela fonctionne (on appelle cela la "croissance") tant que les capacités de consommation peuvent absorber ladite production. Lorsque l'on arrive en surproduction, cette mécanique économique ne fonctionne plus et l'on se tourne alors vers la finance pour maintenir le niveau de bénéfices. L'émergence ducapitalisme financier est aussi simple que ça.

Pour simplifier, ce capitalisme financier nait au 20ème siècle. C'est à la suite de la crise de 1929 (qui n'est pas que financière) que des verrous financiers sont mis en place partout dans le monde et notamment aux USA (Roosevelt - le New deal) pour corriger les dérives du système. On revient alors au capitalisme industriel tandis qu'une guerre mondiale survient "au bon moment" pour relancer le cycle production/consommation si nécessaire au capitalisme industriel. 

Le cycle reprend donc, et vers 1970 le capitalisme industriel atteint à nouveau son sommet. C'est le début du chômage en Occident et les mesures prises alors (fin des accords de Bretton Woods etc.) ne changent rien à l'affaire. On décide alors vers 1980 sous initiative politique USA (Reagan) de faire sauter les verrous mis en place après la crise de 29. On appelle cela la "dérégulation" ou le "néo-libéralisme".  Le système fonctionne peu ou prou jusqu'à la crise financière des sub-primes en 2007, qui ne fait qu'empirer la crise révélée 40 ans plus tôt.

Ainsi présenté, on comprend que mettre fin au capitalisme financier sans toucher au capitalisme industriel n'est pas suffisant; pareille entreprise exigerait une destruction de grande ampleur (une autre guerre mondiale) pour remettre le capitalisme industriel en position de redémarrer un Nième cycle production/consommation.

La conclusion est que la tête de l'hydre est bien logée dans le capitalisme originel. Quoi d'étonnant en définitive qu'il faille traiter le mal par là où il est arrivé ?

On voit dans cette histoire que le pouvoir politique prévaut sur le pouvoir économique, qu'il soit féodal, capitaliste industriel ou financier. C'est normal puisque c'est sa fonction. Il en résulte que le renversement du capitalisme passe nécessairement par une prise de pouvoir politique et qu'une des premières mesures à prendre sera l'abolition des privilèges, c'est à dire l'abolition de la propriété privée des moyens de production, rétablissant ainsi le communisme ancestral dans le contexte de notre siècle.

Liens:

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789)

Déclaration universelle des droits de l'homme (1948)

L'analyse de Robespierre sur la propriété privée

Robespierre présente à la Convention le 24 avril 1793 son projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen

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