Marcopol
Abonné·e de Mediapart

9 Billets

2 Éditions

Billet de blog 15 oct. 2014

A propos du "Suicide français"

Marcopol
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Après la publication du livre "Mélancolie française", le journaliste-essayiste Eric Zemmour vient d'écrire un nouveau livre "Le suicide français", expliquant sur les plateaux TV que ce "suicide français" serait l'enfant d'une pensée décadente issue d'une poignée d'intellectuels français des années 1950. 

Cette thèse mérite un rappel de faits historiques connus de tous.  

De fait le déclin français est réel mais il a exactement 100 ans plutôt que 40, car à cette époque la puissance nationale était à son apogée, étant un empire d'envergure mondiale (en compétition avec d'autres empires, ce qui a d'ailleurs été la cause de la première guerre mondiale.)

La France est sortie affaiblie de cette première guerre mondiale : dommages matériels et humains et --fait nouveau--  dette de guerre aux USA.  Ensuite la seconde guerre mondiale lui a été fatale pour les mêmes raisons, mais avec effet amplificateur et défaite militaire de surcroît. Il s'en est suivi une perte définitive des colonies qui a accentué un déclin aussi bien politique qu'économique. A cet égard, l'histoire de la Grande Bretagne n'est pas très différente puisque l'empire britannique a sombré en parallèle du notre, même s'il n'a pas connu une défaite militaire aussi rude.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, a existé une période de prospérité économique mondiale, les 30 glorieuses, qui a complètement occulté notre déclin, donnant l'illusion d'une puissance française retrouvée ou en voie de l'être. Cette illusion a été amplifiée par la politique Gaulliste, qui a glorifié la nation, pris ses distances avec les nouvelles puissances (USA, URSS) et cherché à constituer un bloc Européen. Ce positionnement politique constitue une vraie différence avec les britanniques, pouvant expliquer pourquoi les anglais ont pris conscience, plus tôt que nous, de leur propre déclin.

Au sortir des 30 glorieuses, caractérisées par la consommation, c'est la panne économique puisque les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, et c'est le début du chômage. Le phénomène est d'ampleur mondiale même si certaines nations en profitent mieux que d'autres. Il s'ensuit un second déclin pour la France, caractérisé par des phénomènes tels que immigration, crise financière, environnement, précarité ... qui n'ont rien de spécifiquement français, ni même de spécifiquement européen.

Le décor étant ainsi posé, quels peuvent être les problèmes spécifiquement français et quelle importance faut-il leur accorder, quand il existe des problèmes majeurs sinon vitaux et de portée mondiale ?

Faut-il se désoler de notre déclin et chercher à restaurer l'empire, ou militer pour une gouvernance à la mesure des défis posés, qui eux sont d'envergure mondiale ?

Pour moi, le livre de Zemmour, décrivant un déclin français datant de 1950 est restreint dans l'espace et dans le temps. Il serait plus juste de parler d'un déclin datant de 1914 pour la France et pour l'Europe, mais aussi d'un déclin plus récent pour d'autres puissances. Par ailleurs Zemmour explique le déclin par des causes essentiellement intellectuelles alors que les raisons économiques et politiques, à elles seules suffiraient.

La question qui se pose au fond est celle de l'existence même de la nation: faut-il défendre la nation ou chercher un idéal plus élevé ? Pour moi, la nation n'est qu'une étape dans l'histoire de l'humanité et non une fin. Dès lors la question n'est pas de savoir s'il faut abandonner l'idée de nation mais de savoir à quel moment il faudra le faire.

Ne vivons nous pas un tel moment ? Pouvons nous continuer à glorifier les nations qui, l'histoire l'a amplement montré, "portent en elles la guerre comme la nuée porte l'orage" (1) ?

Marcopol

(1) Citation de J.Jaurès 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Exécutif
Une seule surprise, Pap Ndiaye à l'Éducation
Après vingt-six jours d’attente, Emmanuel Macron a nommé les vingt-sept membres du premier gouvernement d’Élisabeth Borne. Un casting gouvernemental marqué par sa continuité et toujours ancré à droite. La nomination de l’historien Pap Ndiaye à l’Éducation nationale y fait presque figure d’anomalie.
par Ilyes Ramdani
Journal — Gauche(s)
Union de la gauche : un programme pour mettre fin au présidentialisme
Jean-Luc Mélenchon et ses alliés de gauche et écologistes ont présenté le 19 mai leur programme partagé pour les élections législatives, 650 mesures qui jettent les bases d’un hypothétique gouvernement, avec l’ambition de « revivifier le rôle du Parlement ». 
par Mathieu Dejean
Journal
Écologie politique : ce qui a changé en 2022
Les élections nationales ont mis à l’épreuve la stratégie d’autonomie des écologistes vis-à-vis de la « vieille gauche ». Quel dispositif pour la bifurcation écologique, comment convaincre l'électorat : un débat entre David Cormand, Maxime Combes et Claire Lejeune.  
par Mathieu Dejean et Fabien Escalona
Journal — France
À Romainville, un site industriel laissé à la spéculation par la Caisse des dépôts
Biocitech, site historique de l’industrie pharmaceutique, a été revendu avec une plus-value pharaonique dans des conditions étranges par un promoteur et la Caisse des dépôts. Et sans aucune concertation avec des élus locaux, qui avaient pourtant des projets de réindustrialisation. 
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Marche contre Monsanto-Bayer : face au système agrochimique, cultivons un autre monde !
« Un autre monde est possible, et il est déjà en germe. » Afin de continuer le combat contre les multinationales de l’agrochimie « qui empoisonnent nos terres et nos corps », un ensemble d'activistes et d'associations appellent à une dixième marche contre Monsanto le samedi 21 mai 2022, « déterminé·es à promouvoir un autre modèle agricole et alimentaire, écologique, respectueux du vivant et juste socialement pour les paysan·nes et l'ensemble de la population ». 
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Reculer les limites écologiques de la croissance… ou celles du déni ?
« À partir d’un exemple, vous montrerez que l’innovation peut aider à reculer les limites écologiques de la croissance ». L' Atécopol et Enseignant·es pour la planète analysent ce sujet du bac SES, qui montre l’inadéquation de l’enseignement des crises environnementales, et les biais de programmes empêchant de penser la sobriété et la sortie d’un modèle croissantiste et productiviste.
par Atelier d'Ecologie Politique de Toulouse
Billet de blog
L'effondrement de l'écologie de marché
Pourquoi ce hiatus entre la prise de conscience (trop lente mais réelle tout de même) de la nécessité d’une transformation écologique du modèle productif et consumériste et la perte de vitesse de l’écologie politique façon EELV ?
par jmharribey
Billet d’édition
Pour une alimentation simple et saine sans agro-industrie
Depuis plusieurs décennies, les industries agro-alimentaires devenues des multinationales qui se placent au-dessus des lois de chaque gouvernement, n’ont eu de cesse pour vendre leurs produits de lancer des campagnes de communication aux mensonges décomplexés au plus grand mépris de la santé et du bien-être de leurs consommateurs.
par Cédric Lépine