Préambule

La Syrie est en guerre depuis 5 ans. Il est inutile d'essayer de dire qui a provoqué qui, ou pire que tout, essayer de prétendre qu'un côté est moral et l'autre pas. C'est inutile - aussi inutile de dire que l'on ne souhaitait pas que l'armée rouge batte Hitler au motif que Staline était un meurtrier, car Staline était bien un meurtrier.

Les grands événements de l'histoire de l'humanité sont porteuses de tragédie, et parfois il faut faire des choix sur un autre critère que "quelqu'un de bien".

Il faut considérer l'issue possible, à savoir si la défaite de Daesh est plus importante que la défaite d'Assad. Mais il faut aussi regarder la situation générale : pourquoi l'empire veut-il le départ d'Assad ? Quel régime aurait-il imposé en Syrie ? L’Irak et la Lybie sont-ils l’exemple ?

2) Les acteurs

L’état Syrien est un état laïc et la population est multi-confessionnelle

Le régime de Bachar El Assad est une dictature où 15 à 20 000 personnes auraient disparu dans les prisons du régime, parfois torturées à mort. D’autres estimations parlent de bien davantage, jusqu’à 10 fois plus.

La guerre en Syrie a commencé en 2011. Il s’agit au départ d’une rébellion, à laquelle s’est jointe plus tard Daesh opérant en Irak.

Très vite, une coalition USA / OTAN, est intervenue militairement pour renverser El Assad en soutenant la rébellion, au nom des droits de l’homme. La France fait partie de cette coalition.

Cette intervention a pris la forme d’un soutien en armes aux rebelles et aussi d’un engagement militaire aérien sur le territoire Syrien. Le tout accompagné d’une campagne de propagande sur les crimes d’El Assad, afin de justifier cette ingérence (hors mandat de l’ONU). De plus, les Etats-Unis auraient oeuvré activement et secrètement au déclenchement des troubles initiaux (voir cette traduction d’un article de American Herald Tribune).

La Russie s’est tenue à l’écart de cette guerre pendant 4 ans, jusqu’à septembre 2015, date à laquelle le régime Syrien a demandé son aide. L’engagement russe est essentiellement aérien, mais des conseillers russes sont présents en Syrie.

La Turquie intervient militairement en 2016 pour occuper le nord du territoire Syrien, en zone Kurde. Elle est par ailleurs impliquée dans le soutien à Daesh, notamment en écoulant le pétrole exploité par Daesh

D’autres acteurs interviennent de manière plus ou moins marginale :

  • l’Arabie Saoudite et le Qatar en temps que financiers de Daesh et pourvoyeurs d’idéologie (école coraniques etc.)
  • le Hezbollah libanais et l’Iran qui soutiennent l’axe Russo-Syrie
  • Israël qui fait des incursions aériennes en Syrie contre le Hezbollah, et qui soutiendrait secrètement Daesh
  • les kurdes, au nord de la Syrie, qui ont proclamé leur indépendance et revendiquent un état Kurde à cheval sur Turquie-Syrie-Irak

3) Les raisons du conflit

Les Etats-Unis ont un but géopolitique.

  • 1. Dans cette vidéo, H. Clinton explique comment les USA ont utilisé l’arme religieuse Wahhabite avec les Saoudiens pour combattre la Russie en Afghanistan. Cette méthode sera réutilisée une seconde fois, créant la guerre Tchétchène sur le territoire russe. Puis elle sera utilisée une troisième fois dans un plan plus vaste, comprenant la Syrie, pour constituer une « ceinture Islamique » autour de la Russie et remodeler le moyen orient.

  • 2. Dans cette vidéo Wesley Clark, ex patron de l’OTAN, révèle ce plan, élaboré en 2001 sous l’administration Bush et prolongé par l’administration Obama. Il consiste à liquider l’Irak, la Lybie, le Soudan, la Syrie, la Somalie et l’Iran, qui sont autant de régimes réfractaires à l’hégémonie US. L’objectif est probablement d’instituer des états (éventuellement redécoupés), dociles et religieux, propres à menacer la Russie.

  • 3. Cette vidéo, montre que Daesh est une création US, confirmant les révélations wikileaks. Celui qui parle est le Général Flynn, ancien patron de l’espionnage militaire US (DIA) et maintenant conseiller de Trump.

Les russes craignent une nouvelle guerre Tchétchène chez eux; ils veulent donc contrecarrer le plan US de ceinture islamique, qu’ils considèrent comme une menace mortelle pour eux.

Enfin cette vidéo montre quels sont les intérêts commerciaux, liés aux gazoducs et oléoducs, impliquant notamment le Qatar et l’Iran.

La Turquie, qui mène une lutte de longue date contre les kurdes de son territoire, trouve dans ce conflit une occasion de frapper la partie kurde Syrienne, mais c’est une intervention d’opportunisme, étrangère au déclenchement de la guerre.

4) La bataille d’Alep

Seconde ville Syrienne et carrefour stratégique, Alep a été le théâtre du conflit dès le début, en 2012.

Il s’est constitué à l’Ouest une zone sous contrôle gouvernemental Syrien, tandis que la partie Est est sous contrôle rebelle.

Cette situation a perduré jusqu’à ce que la zone rebelle à l’Est soit encerclée, avec ses 100 000 ou 200 000 habitants, en septembre 2016, avant de tomber le 15 décembre 2016.

1. L’OTAN et nos médias nous disent que ce sont des “rebelles modérés” qui se battent contre Assad à l’EST. En fait c'est Al Nostra, proche de Daesh qui occupe cette partie de la ville. Al Nostra, la branche militaire d’Al Qaeda dont Fabius disait "qu'ils font du bon boulot". Ce sont des membres d’Al Nostra qui ont égorgé un gamin de 12 ans et publié cette ignominie sur le net. Ils ont pris le contrôle des rebelles et institué la charia à Alep EST. Ces gens là sont armés par les EU et l’UE.

2. Les civils qui sont à l'EST d'Alep sont pris en otage par les terroristes. Ils ne peuvent pas s'échapper pour la raison que si une personne s’échappe pour se réfugier à l'ouest, les terroristes usent de représailles contre leur famille ou amis. Le chantage les obligent à rester sur place. Ces civils sont coincés comme des rats prisonniers à Alep EST. C'est ce qu'on appelle les boucliers humains. Il a été rapporté des cas de civils abattus par les terroristes lors des trêves humanitaires, alors qu’ils utilisaient les corridors prévus pour leur évacuation. Aucune des trêves organisées, le plus souvent à la demande de la coalition, n’a permis l’évacuation des civils voulant fuir.

3. Assad et Poutine pour libérer Alep EST bombardent cette partie de la ville, qui abrite les terroristes et les otages civils innocents, qui sont entre les mains d’Al Nostra armés par les américains. Ils tuent donc au passage des gens qui non seulement sont martyrisés par les terroristes, mais qui subissent l'assaut sur la ville.

4. Les personnes tuées pendant ces bombardements servent d'alibi aux médias occidentaux pour dire que Assad et Poutine tuent des civils et sont des monstres, pendant que les américains protègent les preneurs d'otage terroristes. C'est d'une grande perversité, d’autant que les médias passent sous silence les bombardement effectués au mortier par les “rebelles” sur la partie OUEST, plus peuplée.

On peut aussi remarquer l’absence d'indignation médiatique sur les opérations de l’OTAN à Mossoul en Irak (où c’est une artillerie française qui bombarde et tue des civils), qui sont pourtant de même nature que celles d’Assad à Alep.

5. La reconquête d’Alep en novembre et décembre 2016 a été présentée par la propagande occidentale comme un massacre des civils. Il a même été question de génocide. De son coté l’ONU faisait état de 85 victimes... Cette propagande massive a mené au point que des manifestations de soutien à la population “massacrée” d’Alep ont eu lieu notamment en France, avec extinction de la tour Eiffel, le jour où Alep fêtait sa libération !

La fin de cette bataille et de ce siège est très importante au plan politique et militaire. Pour autant la fin du conflit n’est pas en vue, même si depuis l’intervention russe on voit Daesh et les autres bandes armées rebelles reculer sur tous les fronts.

5) Les syriens

On estime à 400 000 le nombre de morts de cette guerre, tandis que le nombre de syriens déplacés dépasse largement le million.

Les forces loyalistes au régime d’Assad, mènent cette guerre depuis maintenant 4 ans; pourtant ce régime ne s’est toujours pas effondré. La raison est que le peuple Syrien soutient Assad, parce qu’il représente la pérennité de l’Etat face au chaos que représente Daesh.

C’est donc davantage un soutien à l’Etat qu’un soutien au dirigeant, et c’est aussi un désaveu à l’ingérence extérieure.

6) La position de Mélenchon

Contrairement aux allégations de ses adversaires, Il ne soutient pas Poutine inconditionnellement.

En géopolitique la notion de soutien est relative. Ainsi, De Gaulle a pactisé avec Staline contre les américains et vice-versa, parfois dans le même temps !

À cause de Sarkozy et Hollande, la France se retrouve inféodée à l'impérialisme US.

Mélenchon considère qu'il faut rééquilibrer la balance pour revenir à l'état antérieur d'une France indépendante.

Il ne soutient pas Poutine bien au contraire car certains de ses amis - le président du front de gauche russe - sont en prison. Il considère que la Russie, en tant que pays, devrait être un partenaire incontournable dans l’intérêt de la France.

Mélenchon ne veut pas de rapport de force avec la russie et accuse l’europe de mener une politique de provocation envers la russie . Il agit de la sorte pour éviter une guerre qui pourrait se déclencher en Europe.

Voir cette vidéo où Mélenchon s’exprime sur la guerre, sur la Syrie et sur Alep

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