Tout d’abord, l’appel téléphonique du 12 février avec Vladimir Poutine, d’une durée d’une heure et demie, révèle les priorités de Donald Trump, qui accorde une place prépondérante à la Russie dans la résolution du conflit. Et ce, malgré les nombreuses marques d’attention de la part de Volodymyr Zelensky à l’égard de son homologue américain, parmi lesquelles la promesse d’un accès privilégié aux métaux rares d’Ukraine en échange de garanties de sécurité pour son pays.
Cet appel a été suivi, le 18 février, d’une rencontre à Riyad entre des représentants russes et américains, notamment le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État Marco Rubio. Les deux parties ont convenu d’une reprise des relations après trois ans d’isolement de la Russie. Volodymyr Zelensky a exprimé son mécontentement, dénonçant le fait que l’Ukraine n’avait pas été invitée à cette rencontre. Plusieurs responsables européens ont également manifesté leur frustration d’avoir été écartés des discussions sur l’avenir de l’Ukraine.
Le même jour, Donald Trump a poursuivi son rapprochement avec la Russie en reprenant des éléments de la propagande du Kremlin, décrivant Volodymyr Zelensky comme un dirigeant illégitime et imputant à l’Ukraine l’entière responsabilité du conflit, déclarant que le pays "n’aurait jamais dû déclencher cette guerre". Cette inversion des responsabilités illustre un schéma bien connu où l’agresseur parvient à faire porter à sa victime le poids de sa propre violence.
L’ancien ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a déclaré hier que cette séquence diplomatique représentait l’équivalent de la première semaine d’invasion en termes de gravité, marquant ainsi un tournant inquiétant dans le conflit. De son côté, le sénateur du Vermont et ancien candidat à la présidence américaine, Bernie Sanders, a qualifié ces événements de "moment triste dans l’histoire américaine" et rappelé que Volodymyr Zelensky avait plus de soutien populaire que Donald Trump, et surtout, bien plus de légitimité que Vladimir Poutine.
Face à cette évolution, il est temps pour l’Europe, et pour la France en particulier, de renforcer son autonomie stratégique et de s’affirmer comme garante du droit international. L’Union européenne doit jouer un rôle clé et incontournable dans le soutien à une Ukraine indépendante face à une Russie toujours plus agressive, voire terroriste, et face à l’imprévisibilité de Donald Trump. L’Ukraine appartient géographiquement à l’Europe et a clairement exprimé son orientation pro-européenne depuis la Révolution orange de 2004, et encore plus fortement depuis la Révolution de Maïdan en 2013-2014. Il est donc essentiel d’intensifier l’engagement européen en faveur de l’Ukraine, car un cessez-le-feu fondé sur les conditions russes ne ferait que reporter un conflit qui, tôt ou tard, serait relancé par le Kremlin.