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Billet de blog 26 juil. 2019

Le nord de la Russie ne veut pas être la poubelle de Moscou

Il y a un an jour pour jour les habitants de l'oblast d'Arkhangelsk dans le nord-ouest de la Russie ont découvert que Moscou a décidé d'envoyer des ordures ménagères non triées produites par la capitale dans la petite commune Chiess située à la frontière de l'oblast avec la République komie.

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Il y a un an jour pour jour les habitants de l'oblast d'Arkhangelsk dans le nord-ouest de la Russie ont découvert que Moscou a décidé d'envoyer des ordures ménagères non triées produites par la capitale dans la petite commune Chiess située à la frontière de l'oblast avec la République komie. Des chasseurs ont découvert d'abord la déforestation massive de cet endroit, ensuite la nouvelle de la construction du site de décharge a été dévoilée par des cheminots et des maçons. Le plus intéressant dans cela est le fait qu'aucune expertise préalable n'a été faite, aucun projet n'a été présenté, ni accordé avec les pouvoirs locaux.

L'information s'est répandue très vite grâce aux réseaux sociaux et a provoqué un soulèvement encore jamais vu dans la région. La raison pour cela sont les conséquences désastreuses pour l'écosystème et la santé des habitants. Des experts de plusieurs ministères et organisations écologiques et sanitaires ont démontré le danger de ce site. Alexeï Iarochenko, écologue et responsable de la section forestière de Greenpeace en Russie, considère que ce site deviendra une des plus grandes déchetteries du monde. Le site de décharge peut devenir comparable à Chernobyl au niveau des conséquences. Moscou planifie d'emmener 2,3 millions de tonnes de déchets solides municipaux non triées par an pour une durée totale de 20 ans pour les enterrer tout simplement dans la terre. Le problème s'aggrave encore à cause de la proximité des rivières et des ruisseaux par rapport au site de décharge. Les déchets contamineront les rivières qui sont au nombre de 71 776 dans l'oblast d'Arkahngelsk. L'utilisation de ce site créera des risques élevés pour la santé et la vie de centaines de milliers d'habitants. Selon Iarochenko, il n'y aura pas de possibilité de restaurer le territoire. 

La fin des travaux de construction est prévue pour 2020. Les habitants de l'oblast d'Arkhangelsk et de la République komie manifestent activement contre la déchetterie et sont, en retour, oppressés par le gouvernement en différentes formes. A Chiess même, un camp de manifestants existe depuis un an où les gens de tout le pays viennent pour bloquer les travaux. Ils sont régulièrement tabassés et arrêtés par la police et par d'autres forces gouvernementales. Les manifestants demandent aux responsables du site de montrer les documents permettant la construction. Un an après le début des travaux, ces documents n'existent toujours pas.

Dans la ville d'Arkhangelsk, chef-lieu de l'oblast, un groupe de manifestants est toujours présent sur la place Lénine dans le centre de la ville. Ces initiatives ou l'activité sur les réseaux sociaux ne sont pas sans conséquences pour ceux qui osent se prononcer contre le gouvernement. Ainsi, Vladimir Fedorovtsev, chef d'orchestre de la philarmonie de la ville, a été contacté par la police qui l'a menacé de perte de travail s'il ne supprimait pas les postes anti-déchetterie de sa page VK (réseau social russe). Le 7 avril, une marche contre la déchetterie a eu lieu à Arkhangelsk. Le couloir de policiers a été créé, toutes les personnes passant dans le couloir ont été prises en photo par les policiers qui exigeaient également d'enlever des lunettes à ceux qui en avaient.

Autre fait caractéristique du pays: toute activité d'opposition politique n'est jamais éclairée par les médias gouvernementaux. Lorsqu'on trouve des reportages sur ce projet et des manifestations qui ont suivi dans tous les autres pays, la télévision russe n'en parle pas. Par contre, il y a eu plusieurs reportages avec des acteurs qui étaient filmés sur le site en montrant leur joie et leur enthousiasme concernant la déchetterie et tous les nouveaux postes de travail qu'elle créera.

Il y a deux jours, le président s'est prononcé la première fois ouvertement sur la question en disant "qu'il faut prendre en considération l'avis de la population". Le mécontement général et durable semble être la seule recette pour se faire entendre. 

Affaire à suivre.

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