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Billet de blog 8 mai 2021

Parlons du vote blanc

À chaque élection, les médias sont surpris par la nette augmentation de l'abstention. À quelques mois de la Présidentielle de 2022, on s'interroge : à quoi sert le vote blanc ? Serait-ce une alternative à l'abstention ?

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Pour la première fois, je pourrai voter en 2022 pour une élection présidentielle. J'ai eu l'occasion de découvrir l'ambiance assez "intimiste" des bureaux de vote (de par leur très faible fréquentation) lors des dernières élections européennes, mais rien n'égale une élection présidentielle. Les bureaux de vote seront-ils toujours aussi vides ? Il est difficile de ne pas s'interroger sur le nombre d'abstentionnistes qu'il y aura l'année prochaine. En 2017, en plus d'avoir élu pour la première fois un président aussi jeune, c'était également la première fois que pour un second tour autant de personnes boudaient les urnes. 
En effet, d'après un sondage réalisé par l'institut Ipsos, la France n'avait jamais atteint un chiffre aussi conséquent d'abstention depuis 1969. Lors du premier tour, 12 % des sondés par Le Monde indiquaient s'être abstenus pour envoyer "un message de mécontentement à la classe politique", mais n'avaient-ils pas une autre option ? C'est légitimement que l'on s'interroge sur l'intérêt du vote blanc. 

Le vote blanc a toujours dérangé

C'est juste après la Révolution Française qu'il est arrivé dans nos vies. 1789, c'est sa date de naissance en France. Pourtant, il n'apparaît dans aucun texte officiel légiférant les suffrages universels. C'est seulement en 1848 que la législation va changer et pas avant, peu étonnant compte tenu du passage de Napoléon Bonaparte au pouvoir. Selon le sociologue Yves Déloye, il y aurait une "méfiance historique" (de la part des politiciens) par rapport au bulletin de vote blanc. Toujours dans la famille "Napoléon contre le vote blanc", je demande Louis-Napoléon, ou Napoléon III pour les intimes. Au pouvoir depuis seulement trois ans, il se nomme président à vie en 1852 et... supprime le vote blanc des résultats électoraux.

Une certaine hypocrisie démocratique

Si quelques siècles plutôt, des dirigeants peu attachés à la Constitution ont éradiqué rapidement le concept du vote blanc, c'est parce qu'il il avait tout son intérêt à l'origine. Exprimer un désaccord avec le choix offert de candidats tout en utilisant un de ses (rares) pouvoirs politiques en tant que citoyen, c'était une idée intéressante. Mais pourquoi donc a-t-elle été réduite à un simple vote non comptabilisé ? Car oui, en 2014, on a décidé de compter les votes blancs sans pour autant les intégrer aux résultats des suffrages exprimés. Grâce à la loi de 2014, ces derniers sont différenciés des bulletins nuls. Une avancée pour certains, mais qui témoigne néanmoins d'un malaise. Aux yeux de la loi, avant 2014, quelqu'un qui écrivait Mickey Mouse sur son bulletin et quelqu'un qui votait blanc, c'était la même chose. Et maintenant, même si par son vote blanc, cette personne veut exprimer son manque de confiance pour le paysage politique présent, autrement que par l'abstention, elle subira un élu alors qu'elle a essayé de crier à l'aide. On offre donc une possibilité aux citoyens de s'exprimer dans les urnes, on les laisse parler, sans pour autant les écouter.
 

Si l'intérêt du vote blanc tel qu'il existe aujourd'hui reste flou, il est pourtant très clair que le besoin d'exprimer un refus de choisir croît en France. Selon le ministère de l'Intérieur, au second tour de l'élection présidentielle de 2017, il y avait plus de 3 millions de votes blancs et 12 millions d'abstentionnistes.

Marcus BELLONNE

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