Affaire Duhamel : le malaise de la prescription

L'information vient de tomber : l'enquête pour "viols sur mineur" est classée sans suites pour "cause de prescription". Nous sommes de nouveau confronter à ce malaise, avec un accusé qui a avoué les faits et qui pourtant, n'ira pas en prison.

Ne sentez-vous pas le malaise ? Il y a quelques semaines, Olivier Duhamel, pro de la constitution, avouait les faits d'incestes qu'il fit subir à son beau-fils, "Victor". La vérité tombe dans le livre La familia grande de Camille Kouchner, fait l'effet d'une bombe, mais désormais, la justice nous fait défaut. 

Je ne dis pas que le concept de la prescription ne sert à rien, qu'il n'a pas servi la justice dans d'autres situations, mais pourquoi laisser un criminel qui assume ses actions, à l'air libre ? Pourquoi le laisser profiter de l'été qui arrive sur la capitale, de la réouverture des terrasses, alors qu'il devrait profiter du froid de la prison ? 

Le pire, c'est qu'on pouvait s'y attendre. Cette affaire se déroule comme un grand nombre d'affaires de viols et d'incestes. On le sait tous, que la victime, fréquemment enfant, ne peut pas prendre la parole plus tôt. Son cerveau et sa mémoire lui font défaut, pour sa survie, pour garder un semblant de vie normale, pour tant de raisons, les victimes n'arrivent pas à prendre la parole avant des décennies. On le sait tous, mais la prescription continue de laisser des pédophiles un peu partout, dans nos rues. 

Qu'ils soient croulants et d'aspects inoffensifs, rappelons-nous que nous vivons dans un monde où l'image prédomine. Encore une fois, on conforte ces criminels dans l'idée qu'ils pourront s'en sortir. L'affaire Duhamel continue donc de mettre en lumière une réalité bien trop connue de tous. Malgré la médiatisation de l'affaire, le fait qu'on parle des Kouchner et des Duhamel, la prescription reste un frein dans ce genre de cas. En février dernier, le garde des Sceaux évoquait la possibilité de mettre en place une prescription "échelonnée" pour certaines victimes. Cette "mise à jour" de la loi permettrait aux victimes de saisir la justice malgré les trente ans, si d'autres victimes prenaient la parole et auraient subi ce genre d'actions. 

Si la promulgation de la loi du 21 avril 2021 représentait une avancée appréciable, ou du moins qui avait le mérite d'exister et de protéger un peu plus les enfants, il faut désormais s'attarder sur l'étape de la reconstruction. Pour aider les victimes, ce compte à rebours ne peut plus peser et faire disparaître la justice, surtout dans un cas où l'accusé s'est lui-même proclamé coupable. 

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