Atteinte inadmissible du maire de l'Haÿ-les-Roses à la liberté d'expression

« Le premier qui dit la vérité sera exécuté » (Guy Béart) Le 6 février 2020, a lieu une réunion du conseil municipal à la mairie de l’Haÿ-les-Roses.

« Le premier qui dit la vérité sera exécuté » (Guy Béart)

 

Le 6 février 2020, a lieu une réunion du conseil municipal à la mairie de l’Haÿ-les-Roses.

Dans les deux premières délibérations, le maire va demander la participation financière de la commune pour attaquer en justice mon billet de blog du 8 janvier 2020 dans Médiapart « Le manque d’intelligence des LBD ».

Dans ce billet, je révèle la publicité mensongère d’un LBD dit « intelligent » dont la police municipale de l’Hay-les-Roses serait la première équipée en France, en montrant que ce LBD n’a aucune intelligence et que son usage est interdit par le ministère de l’Intérieur pour les polices municipales.

Ce billet est très scrupuleusement documenté.

Depuis, un article de Christophe Labbé, paru dans le Canard enchaîné du 22 janvier 2020 , intitulé Dix mille caméras anti-bavures au placard nous apprend que cette petite société bretonne a fourni la police nationale de 10 000 caméras-piétons pour 2,3millions d’euros, caméras gadgets totalement inutilisables et que la « fabrication française » dont elle se targue, signifie en réalité « made in China » par un fabricant qui est sur une liste noire parce que son matériel a servi aux Chinois à réprimer les Ouïgours.

 

Toutes les informations apportées dans mon billet attaqué en diffamation sont des vérités qui dérangent le maire, surtout en période électorale, c’est pourquoi le maire l’attaque. La petite liste de pièces à conviction que j’ai dressée pour montrer la véracité de ces informations peut intéresser tous les citoyens électeurs et intéressera bien-sûr les juges.

 Il ne faut pas oublier que nous sommes en période de campagne électorale. Le maire ne répond pas aux question précises que je pose, et procède, à mon sens, à un abus de pouvoir à des fins politiques.

 

  Première attaque contre Margot Ginek pour « diffamation » envers la police municipale de l’Haÿ

 

« les assertions contenues dans cet article-empreinte de mauvaise foi-mettent en cause la compétence des policiers municipaux et insinuent que les policiers municipaux de L’Haÿ-les-Roses seraient peu à même de remplir leur fonction, étant mauvais tireurs et gauche »

 

Les phrases de l’article incriminé :

Les policiers ne sont pas vraiment ce qu’on appelle des tireurs d’élite

Le maire et les policiers municipaux aiment jouer au cow-boy

Les tirs de LBD sont-ils réservés aux Noirs d’environ 1,80m ?

 

Les pièces à conviction

Le blog est l’article le plus documenté sur les LBD dits intelligents, dont s’est équipée la police de l’Hay-les-Roses. Il utilise tous les documents disponibles à une citoyenne : les vidéo-démos de la société Redcore, les vidéos des télés (BFM, FR3) , les articles de journaux (Le parisien, le canard enchainé , les articles sur les systèmes développés par des scientifiques et ingénieurs sur la reconnaissance automatique des visages).

 

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Première pièce à conviction : l’entrainement des policiers municipaux avec le LBD de Redcore.

Tout le monde peut constater sur les vidéos de FR3 et BFMTV qu’un policier qui vient de tirer est à terre à cause du recul du LBD, et que lorsqu’un policier tire, deux autres derrière retiennent son épaule pour limiter le recul. Ce sont ces images qui sont incriminées contre moi, alors que je ne fais que les constater.

 

 

 

 

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Deuxième pièce à conviction : les deux seules démo de « l’intelligence » du LBD

Tout le monde peut constater que les deux seuls vidéos fournies par la société Redcore font la démo de leur LBD uniquement sur un homme tout habillé de noir, le visage caché par une cagoule noire, et sur un buste de femme rouge et nue : tous les spécialistes en intelligence artificielle diront que ce sont donc les deux seules utilisations admissibles de la soi-disant intelligence du LBD : être noir de la tête au pied, ou rouge et immobile.

 

Troisième pièce à conviction : Le LBD dit intelligent de la société Redcore est classé en catégorie A2 (arme de guerre) par le ministère de l’intérieur .

Il n’est donc pas utilisable par les polices municipales. Ce n’est donc pas correct pour le maire d’en faire la publicité. Tout le monde peut constater que M Jeanbrun , maire, et M Langlin, responsable de la police municipale, cité nommément dans l’article, font la publicité d’une arme interdite aux policiers municipaux  De plus ils sont nommés explicitement sur le site de la société Redcore (voir document )comme responsables d’un programme PM2.0 , pour justifier l’usage des LBD dits intelligents (2.0) par les polices municipales (PM). Ce texte m’est incriminé alors qu’il vient du site de la société Redcore.

 

Une interprétation erronée des propos d’une citoyenne

Les attaques pour diffamation, en changeant mes doutes sur l’intelligence du LBD en attaque de la police municipale, ce que je ne permettrais pas, font plus que déformer mes propos et sont des contresens absolus par rapport à ce qui est écrit. Tout l’article porte sur le fait de démonter une « fake news » sur l’intelligence du LBD, jamais de remettre en cause la police municipale.

 

Première déformation: l’insinuation de critiques de la police municipale dans son rôle

Tirer avec des LBD ne fait précisément pas partie des fonctions des policiers municipaux de l’Haÿ.

L’article ne porte que sur leur difficulté à utiliser des LBD. On retrouve d’ailleurs dans l’article les mêmes conclusions que dans les témoignages des policiers autorisés à utiliser les LBD : ils évoquent tous le manque de précision et le recul. C’est le problème du LBD, pas celui de la police municipale.

Pour information, il y a le très documenté livre blanc sur les polices municipales de Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID au moment du Bataclan, député LREM , venu en janvier à L’Haÿ décrire les évolutions souhaitées des polices municipales. Chacun son rôle : La police municipale s’entraîne au tir avec ses armes autorisées (pas le LBD) ; les forces de l’ordre, autorisées à utiliser le LBD, doivent passer un examen LBD. Le RAID ou la BRI ont des tireurs d’ élite bien identifiés, et personne ne demande aux policiers municipaux de prendre la place du RAID ou de la BRI. Il faut savoir que dans l’armée française il n’y a que 200 tireurs d’élite.

Décrire les difficultés d’usage des LBD n’est donc absolument pas une remise en question de la police municipale de l’Haÿ-les-Roses, ni de son éthique. Au contraire, les policiers municipaux sont bien plus à même d’évaluer la distance et la position de la tête d’un assaillant qui court vers eux, que le boitier « intelligent » de la société Redcore. Le mot « LBD intelligent » devrait interpeller les policiers municipaux sur une difficulté qu’on leur impose de façon abusive.

J’utilise l’expression « le maire aime jouer au cow-boy , et les policiers municipaux aussi » parce que les vidéos les montrent en train de jouer avec des LBD qu’ils n’ont pas le droit d’utiliser dans leur fonction. Jouer au cow-boy, c’ est très précisément faire semblant d’avoir une arme et de pouvoir tirer, sans pouvoir l’utiliser « pour de vrai ». C’est exactement le cas ici. Certains enfants adorent jouer au cow-boy. On a le droit d 'être inquiet si c’est un maire qui s’en vante : voir son déguisement en cow-boy au dernier carnaval de l’Haÿ en 2019, après son déguisement en Napoléon en 2018.

 

Deuxième déformation : l’insinuation de racisme de la police municipale. En regardant la démo de Redcore, il est légitime de se poser la question suivante : Sait-on ce qu’il peut nous arriver si l’on ne correspond à l’apparence physique du cobaye qui est montré ? En effet, le calcul de distance et de hauteur de la tête exige un contraste maximal de couleur par rapport au fond (noir sur fond clair) . Il est aberrant de prétendre que cette interrogation sur l’intelligence du LBD insinue que les policiers sont racistes. Ce ne sont pas les policiers municipaux de l’Haÿ qui ont fait la démo de Redcore. De même, la deuxième démo montre un buste de femme nue, peint en rouge, avec les éclats de tir de LBD sur la poitrine. Cela ne veut pas dire évidemment que les policiers de L’Hay sont sexistes, c’est ridicule. Ce que cela démontre, c’est l’indigence de la démo de l’intelligence du LBD. De plus, en tant que femme, cette deuxième démo me pose question et je me demande vraiment quelle application pourrait en être faite…

 

Les 4 vérités qui dérangent M. Jeanbrun

 

Première vérité, C’est la nullité de l’intelligence du LBD, très précisément le sujet de l’article. Personne n’avait poussé aussi loin l’analyse.

Deuxième vérité C’est le fait que le LBD sur lequel le maire fait sa publicité est classé par le ministère en arme de guerre et interdit pour les polices municipalesLe LBD dit intelligent de la société Redcore est classé en catégorie A2 (arme de guerre). Il n’est donc pas utilisable par les polices municipales. Ce n’est donc pas correct pour le maire d’en faire la publicité.

Troisième vérité La vérité qui dérange est l’instrumentalisation de la police municipale à des fins politiques d’un candidat. J’ai donné un autre exemple d’instrumentalisation de la police municipale évoqué dans le billet du 21 janvier, brimer des opposantes du 3ème âge.   Il est plus que probable que M Langlin n’aurait pas participé à la publicité mensongère du LBD dans un autre contexte, avec un autre maire.

Quatrième vérité C’est le grand malaise à la police municipale de l’Haÿ-les-Roses, lié pour bonne part aux exigences du maire. Un tiers des effectifs (6 sur 18) a démissionné.


 

Deuxième attaque contre Margot Ginek pour « agression, menace, outrage  » envers le maire de l’Hay

 

Le maire utilise l’article L2123-35 du CGCT pour demander à la commune de le protéger le maire contre les « Violences, menace , ou outrages » de Margot Ginek

 

Les phrases de l’article incriminé :

« le maire est complaisant envers la société Redcore (et Mr Guillerm, le PDG) étant même jusqu’à initier le programme 2.0 pour assurer le succès commercial et financier à cette entreprise sur le marché de l’équipement des polices municipales . Le maire est installé en bateleur de foire du marché des maires , battant l’estrade tous les jours pour vendre tous les gadgets possibles, en utilisant son piédestal de vice-président de la Région »

 

Précisions le sens exact du mot bateleur (Wikipédia) : le bateleur désigne un personnage qui fait des tours d’adresse et d’escamotage.

Escamoter veut dire faire disparaître habilement à la vue des spectateurs.

Ce n’est pas un terme injurieux ni un outrage. Nous avons déposé un recours pour faire annuler un permis de construire accordé par le maire dans le cadre de la défense du patrimoine et de l’environnement et nous avons fourni au tribunal une liste de très nombreuses informations trompeuses ou manquantes, reprises de façon complaisante par le maire lui-même dans toutes ses présentations. Le mot escamotage dans ce cas n’est pas un outrage, c’est le mot le plus neutre que propose la langue française, et les documents disponibles montrent que c’es une litote (qui atténue l’expression de la pensée).

 

Les pièces à conviction :

 

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Première pièce à conviction : les articles sur les équipements de la police municipale de l’Hay .

Les articles des journaux et les émissions télés insistent sur l’expression : le commissariat de l’Hay-les-Roses est le premier en France « équipé » de LBD intelligent, et le premier équipé de drones. Ce sont les deux vedettes du catalogue de la société ISDE-Tactic (même société que Redcore) qui se présente comme pionnière pour la fourniture des polices municipales

Le problème que l’on soulève est que le LBD intelligent, « création » de Redcore, ne peut pas être utilisé par les polices municipales, à cause de son classement comme arme de guerre. Ensuite les policiers municipaux de L’Hay sont aussi équipés d’un drone de chez ISDE-tactic, montré par l’article du Parisien avec le titre « la première police municipale équipée de drone ». Or, l’usage du drone n’est pas possible dans les actions opérationnelles de la police municipale. Et puis on trouve aussi les caméras-piétons et gants spéciaux d’ISDE-tactic, qui, eux, sont autorisés.

M Guillerm a des difficultés majeures pour vendre ses LBD intelligents et ses drones, sur le marché des polices municipales, compte tenu du classement par le ministère de l’intérieur. Pour gagner ce marché, il lui faut débloquer la situation. La publicité faite autour de l’équipement de la police municipale de L’Hay-les-Roses , complaisante, est évidement très importante pour lui. De plus, M Guillerm fait signer une pétition pour son LBD intelligent qui doit être portée au sénat par Mr Christian Cambon, président de la commission des forces armées, et surtout grand allié et ami de M. Jeanbrun. Si l’intervention de Christian Cambon réussit, c’est un gain majeur pour M Guillerm, et ce sera grâce à M Jeanbrun.

Ce sera aussi grâce au talent de bateleur pour escamoter les problèmes : jamais M. Jeanbrun ne soulève le problème qu’il connaît bien, que le LBD est interdit aux polices municipales, que le drone n’est pas utilisable, que ces matériels sont inutiles, que l’entrainement de la police municipale avec les LBD est inutile alors qu’il est financé par les impôts des contribuables.

 

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Deuxième pièce à conviction : la publicité par M Jeanbrun d’intérêts privés

Comment un contribuable attentif de l’Haÿ peut-il éviter le mot bateleur quand il regarde le compte Twitter de M Jeanbrun où l’on voit essentiellement un très grand nombre de photos de lui , un micro à la main (365 photos sur un an, une par jour en moyenne), cumulant les fonctions de vice-président et de président de coquilles politico-administratives du Grand Paris, et cumulant les salaires que nous payons en tant que contribuables. En plus de la promotion des LBD de Redcore, j’ai pris l’exemple de la promotion immobilière où l’activité du maire-bateleur est frappante. Le maire a fait une intense promotion d’un projet dit « Cœur de ville » (distributions répétées de plaquettes luxueuses dans toutes les boîtes aux lettres , grands panneaux publicitaires dans la ville, à l’Hôtel de ville, présentation du projet en réalité virtuelle 3D à l’Hôtel de ville et à la bibliothèque), alors que ce projet concerne surtout la construction d’une grande résidence privée.

Dans cette promotion, le maire escamote des problèmes majeurs, résultats de la construction de cette résidence surplombant la Roseraie : la dégradation de la Roseraie, chef d’œuvre du patrimoine, et la probable destruction des collections historiques de rosiers.

Les documents du PC contiennent de très nombreux escamotages  (plus de soixante) qui vont tous dans l’intérêt de l’aménageur Citallios et du promoteur Emerige et qui sont transmis dans les dossiers de recours contre le PC Emerige-Roseraie actuellement au Tribunal administratif de Melun: des informations trompeuses et manquantes, des images truquées. Comble de l’escamotage, celui d’un square arboré de 7000 m2 , conçu pour être le bouclier protecteur de la Roseraie, cédé gratuitement à l’aménageur Citallios, sans contrepartie, pour être détruit et remplacé par la résidence qui va menacer la Roseraie, en le décrivant dans le contrat comme « un certain nombre de biens »

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La déformation par M Jeanbrun de l’appellation « bateleur » comme « une agression, une menace, ou un outrage »

 

L’expression maire-bateleur est justifiée non seulement par sa promotion des LBD de chez Redcore, où il escamote les interdictions du ministère de l’intérieur, mais aussi par ses autres actions de promotion des intérêts privés, comme ceux de Citallios et d’Emerige.

On a le droit en période électorale de faire des bilans comparatifs du maire avec les maires précédents sans que ce soit un outrage au maire. J’ai analysé tous les comptes rendus des Conseils Municipaux depuis 1936. J’y ai découvert des maires qui ont sauvé la Roseraie, qui ont acheté une grande parcelle boisée pour la protéger, qui ont tous eu à cœur de créer des espaces verts et de les entretenir avec soin, qui ont construit des crèches, des écoles maternelles et élémentaires, deux collèges, des stades, des gymnases, etc. Et lui M Jeanbrun ??? Il met en danger la Roseraie, il détruit ces squares arborés et encore d’autres espaces verts, il cède gratuitement sans contrepartie ces terrains à l’aménageur. Est ce un outrage de le dire et de dire que ces informations, jamais dites dans toutes les multiples présentations du projet, sont des escamotages ?  

 

Les vérités qui dérangent M. Jeanbrun

 

Première vérité, la défense d’intérêts privés, ceux de Redcore, ceux de Citallios et d’Emerige

 Deuxième vérité, l’escamotage de tout ce que ces intérêts privés présentent de problématique : l’interdiction du LBD pour que Redcore puisse prendre le marché des polices municipales, mais aussi les destructions écologiques et dégradations patrimoniales des projets Citallios et Emerige.

 Troisième vérité, les attaques systématiques en diffamation contre tous ceux qui parlent de ces escamotages. De plus, le maire produit des arrêtés qu’on ne voit nulle part ailleurs et qu’on a jamais vus avant à L’Haÿ-les-Roses dans le cadre d’une campagne électorale, qui ne respectent pas l’équilibre entre les candidats (voir mon billet de blog du 21 janvier)).

Il résume lui-même son état d’esprit dans une vidéo lors d’un meeting électoral en 2016  où il déclare « la France étouffe, elle a besoin d’être libérée de ses lois, de ses normes, de ses textes »…

A-t-on vraiment le droit de se débarrasser des lois qui dérangent, les adapter à son profit lorsque cela arrange pour attaquer celles et ceux qui dérangent ?  

 

 

 

 

 

 

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