Les LBD de l’Haÿ-les-Roses: un manque d’intelligence qui inquiète les l’Haÿssiens

La police de l'Haÿ-les-Roses est la première à avoir été équipée de LBD «intelligents». A cette occasion, le maire Vincent Jeanbrun a monté le programme PM2.0 dont il est très fier. En juillet 2019, le Ministère de l'Intérieur a classé ces LBD en catégorie A2 (armes de guerre). Le dirigeant de Redcore a porté son dossier jusqu'au Conseil d'Etat qui va se prononcer courant janvier 2020.

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En février 2019, nous apprenons par FR3, puis BFM-TV, qu’à l’Haÿ-les-Roses, la police municipale est la première de France à s’équiper de LBD dits « intelligents ». Les l’Haÿssiens ont, de source autorisée, payé 6 mois d’entrainement  aux 18 policiers municipaux de la ville. Six mois vraisemblablement nécessaires pour permettre à la start up Redcore, fabricante de ce LBD, de monter le dossier de demande de classement de son Kann 44, en catégorie B (utilisables par les policiers municipaux) alors que les LBD d’une façon générale sont classés en catégorie A2 (armes de guerre comme le lance-roquettes).

L’idée de la start up Redcore, installée près de Lorient, est manifestement de se placer sur le marché des LBD destinés aux policiers municipaux (le dirigeant de Redcore, Gaël Guillerm est un ancien policier). La société qui produit actuellement les LBD pour les forces de l’ordre est florissante. Etre le premier à prendre le marché des LBD pour les polices municipales, ça doit faire rêver.

M.Guillerm avait donc besoin d’un maire et de sa police municipale pour démontrer l’efficacité de son LBD ,destiné à « neutraliser » des individus dangereux. M.Guillerm a trouvé un maire complaisant, prêt à aller dans son sens : c’est Vincent Jeanbrun, maire de l’Haÿ-les-Roses. Pour l’occasion, Vincent Jeanbrun a monté le programme PM2.0, Police Municipale 2.0…

Quel marché juteux pour Redcore  s’il était possible de démontrer l’efficacité du LBD ! Le Ministère de l’Intérieur, conquis, donnerait, les yeux fermés, l’autorisation de mettre le joujou si intelligent et si inoffensif entre les mains de tous les policiers municipaux de France et de Navarre. Imaginons qu’un petit millier de municipalités achètent chacune 10 LBD, grâce au programme PM 2.0 initié par Vincent Jeanbrun… La dangerosité de l’engin ? Vous n’avez rien compris.

Mais surtout, c’est une tromperie.

Le LBD, catégorie A2,  utilisé par les forces de l’ordre s’est révélé, on ne le sait que trop bien, extrêmement dangereux. Le bilan des victimes est accablant et s’alourdit de semaine en semaine. Certaines personnes garderont des infirmités à vie, perte d’une main ou d’un œil. D’autres s’en tireront avec des reconstructions faciales pour un visage fracturé ou enfoncé, le nez explosé, l’ oreille et la lèvre arrachée, la joue déchirée, les dents cassées, la mâchoire fracturée. D’autres auront été victimes de fractures de tibias ou de mains, d’arrachage de tendons, de la perte des testicules, d’hémorragies internes.

 Selon son fabricant, le « boitier intelligent » sur les LBD testés par  la police municipale de l’Haÿ-les-Roses, est censé réduire le risque de blessures

  Les LBD pour la police municipale de L’Haÿ-les-Roses sont soit-disant équipés d’un boitier, dit « intelligent ».

Si l’on écoute Gaël Guillerm, le directeur de Redcore, ancien gendarme : « Ce boitier aide en fait le tireur à mieux viser. Il analyse la distance, la hauteur et la stabilité de l’arme. Et surtout il reconnait les formes et notamment un visage » 

Nicolas Langlin, le responsable de la police municipale de L'Haÿ-les-Roses, répète la publicité et ajoute « Ça oblige les policiers à devoir utiliser leurs armes en respectant complètement la doctrine d’emploi. Véritablement d’apporter une sécurité pour le policier quand il en fait usage, mais également de garantir aux usagers un bon usage »

Que les usagers l’Haÿssiens soient donc rassurés.

 Ou encore:« L’utilisation d’une arme non létale est soumise à des règles. Le tireur doit être à plus de cinq mètres de distance de la personne ciblée et il ne doit viser que le bas du corps, le torse et les membres supérieurs ou inférieurs. Si je vise la tête, une LED rouge s’allume »

Derrière ces « belles » paroles, regardons les preuves « d’intelligence » du boitier. Pour cela, nous avons demandé l'avis de 2 spécialistes de la reconnaissance automatique des visages, experts reconnus  en intelligence artificielle.

Il existe sur le site de la micro société Redcore qui fabrique les LBD, une vidéo censée démontrer l’intelligence du boitier. On y voit une « demo » avec l’image vue par le tireur, barrée d’une ligne horizontale qui est censée signaler la hauteur au-dessus de laquelle il ne faut pas tirer pour ne pas atteindre le visage.

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Sur la vidéo, on voit la cible, un homme tout en noir, visage compris, qui marche très lentement sur un fond blanc. C’est lui dont le boitier magique est censé reconnaitre le visage.

Sur une autre vidéo de démonstration, c’est le buste tout rouge d’un mannequin féminin qui sert de cible. Les gars à l’entraînement lui font éclater le cou, la clavicule, une partie de la poitrine. Les éclats jaillissent comme du sang…

Pourquoi avoir choisi un homme tout en noir et un buste de femme dénudé pour l’entraînement ??? Les tirs de LBD à l’Haÿ-les-Roses sont ils réservés aux Noirs d’environ 1m80, tout habillés de noir, ou à des individus, type féminin, tout rouges, torse nu et de grande taille également, immobiles ou se déplaçant lentement sur un arrière plan tout blanc, sans personne ni rien d’autre  alentour?

 Les chercheurs et ingénieurs travaillant sérieusement sur les systèmes de vision artificielle qui reconnaissent les visages, savent qu’ils doivent faire la preuve de leur savoir-faire en variant les couleurs, les mouvements, les fonds, l’ombre et la lumière, la taille des personnes, etc.. Non sur un seul personnage aux contrastes maximum et au mouvements minimum !

Nulle part, Gaël Guillerm ne dit avoir testé le boitier et ses capacités de reconnaissance des visages, indépendamment de l’arme, simplement pour contrôler comment il fonctionne, sans avoir à prendre le risque de blesser !

Nulle part, la société Redcore ne prouve que le boitier reconnaît les visages. L’affirmer sans preuve, cela s’appelle de la publicité mensongère.

Le boitier contient vraisemblablement un télémètre laser et une mini camera enregistreuse, rien que du banal.

Il est difficile de croire que depuis, 2013, date de fabrication de ce boitier, les gendarmes n’aient pas eu à le tester. Or, on apprend par le patron même de Redcore que la gendarmerie n’en a justement pas voulu de ce boitier « intelligent » ! Mais le maire de l’Hay les Roses, Vincent Jeanbrun, lui, en a armé ses 18 policiers municipaux pour en tester l’intelligence…

 Le boitier intelligent montre surtout l’imprécision des trajectoires de tir avec LBD et le risque d’erreur permanent, même pour de bons tireurs

 La vidéo de la société qui vend le boitier « intelligent » est très instructive aussi sur le manque terrible de précision des tirs de LBD. Elle montre, par la ligne verte, l’angle autorisé afin de ne pas atteindre la tête en fonction de la distance du délinquant.

La ligne verte est très fluctuante, et l’angle entre cette ligne limite et la tête descend en dessous de 3 degrés pour des distances de l’ordre de 10 mètres. Or les tirs avec LBD ont un recul important (dû à la masse de la balle) qui s’accompagne du relèvement du canon. On peut voir sur des vidéos de la gendarmerie que le relèvement du canon du LBD, pour un instructeur tireur d’élite, dépasse les 3 degrés. La simple mécanique du LBD le rend dangereux, même pour un très bon tireur. « On sait bien que si la personne bouge, elle va se prendre le projectile en pleine tête » reconnaît Axel Ronde, secrétaire général de Vigi Police IDF dans une émission sur Arrêt sur Image.

Les policiers municipaux ne sont pas vraiment ce qu’on appelle des tireurs d’élite.

Sur la vidéo de BFM-TV, nous voyons que, lors de l’entraînement, les policiers municipaux de l’Haÿ-les-Roses sont obligés de s’agglutiner à trois pour ne pas tomber, les deux collègues, derrière, retenant comme ils peuvent l’épaule du tireur. On remarque d’ailleurs, en arrière-plan, un policier municipal, tombé à genou, sonné par le recul de l’arme et secouru par un collègue.

Nicolas Langlin, le responsable de la police municipale de L’Haÿ-les-Roses reconnaît le problème: « Il est différent de tirer sur un champ de tir, sur une cible qui ne bouge pas, que de se mettre en condition réelles, avec un bruit ambiant , avec un stress, avec une peur et une réaction immédiate sur une cible qui bouge. »

Alors bonjour les dégâts ! Et puis, un avertissement, si vous êtes petits, vous êtes particulièrement menacés: le relèvement du canon du LBD, avec un même écart d’angle, provoque un plus grand risque d’atteindre la tête !!

 

Le boitier intelligent, en enregistrant la scène avec la LED verte,   déresponsabilise le policier municipal  

 Que les circonstances du tir soient conformes ou non, le tir n’est en aucun cas verrouillé.

 Nicolas Langlin : En police municipale, l’utilisation de l’arme se fait toujours en légitime défense. Mon souhait c’était véritablement d’apporter une sécurité pour le policier quand il en fait usage, mais également de garantir aux usagers un bon usage. L’appareil fera aussi office de boite noire. On va pouvoir démontrer que quand il y a un tir, il y a une intention, et que cette intention n’est pas forcément le résultat .

On éborgne le délinquant, la camera enregistre. Si l’on montre la vidéo au tribunal, le policier va dire : « j’avais le droit de tirer, le boitier « intelligent » me l’avait autorisé, c’est la faute du délinquant qui a baissé la tête alors qu’il devait se tenir bien droit »

On fait croire qu’un boitier « intelligent «  va rendre le LBD moins dangereux. Le fait de faire croire aux policiers municipaux qu’il est intelligent, va, au contraire, avoir pour effet d’augmenter leur confiance, d’atténuer leur acuité, leur vigilance, de diminuer leurs réflexes. Il est donc inévitable que cela donne aux « usagers », les L’Haÿssiens, potentiels cobayes, un fort sentiment d’insécurité.

Cet équipement est apparu comme un danger à bon nombre d’habitants de l’Haÿ-les-Roses. Des gants détecteurs de métaux, des manchettes anti coupure, des bâtons télescopiques, des tasers, des casques et des boucliers anti-émeutes, une brigade canine, un drone et maintenant des LBD, d’autant plus dangereux qu’on est assez idiot pour les croire intelligents ! Mais Vincent Jeanbrun aime jouer au cowboy et les policiers municipaux derrière Nicolas Langlin, aussi.

 Nouvelles récentes

J’apprends le 6 janvier 2020, dans un article de 20 Minutes, intitulé  « Plus précis mais interdit. Un fabricant de LBD en colère saisit le Conseil d’Etat », que le Ministère de l’Intérieur a classé, en juillet 2019, le LBD de Gaël Guillerm en catégorie 2, assimilée aux armes de guerre comme le lance-roquette. En conséquence, la police municipale l’Haÿ-les-Roses n’est pas autorisée à garder son stock de LBD.

Gaël Guillerm qui voit un marché juteux lui échapper, est très en colère. Vincent Jeanbrun et Nicolas Langlin  se sont bien gardé d’en parler aux l’Haÿssiens. G.Guillerm porte son dossier au Conseil d’Etat  qui va statuer, courant janvier 2020, sur la pertinence du classement A2.

G.Guillerm espère également contourner l’appréciation très négative du Ministère en lançant une pétition. Il voudrait 500000 signatures pour faire évoluer favorablement la législation sur les LBD Redcore . Cette pétition est adressée à Christian Cambon, président au Sénat de la commission Affaires étrangères, défense et forces armées, grand ami et protecteur de Vincent Jeanbrun… Pour l’instant, le fabricant n’a recueilli que 700signatures. La plupart des pétitionnaires demandent, en réalité, l’interdiction des LBD…

 

 Un événement tragique est survenu vendredi 3 janvier 2020. Il s’agit de l’attaque au couteau de Nathan Chiasson dans le parc des Hautes Bruyères, sur la commune de Villejuif, à la lisière de l’Haÿ-les-Roses,  qui a fait d'innocentes victimes, un mort et deux blessées. Certains ont dû penser que si les policiers municipaux avaient été autorisés à  utiliser leurs LBD, ils auraient pu vraisemblablement "neutraliser l'individu" en attendant l'arrivée de la BAC. Ce 3 janvier 2020, la BAC du Kremlin Bicêtre est arrivée très vite sur les lieux, avant nos policiers municipaux et a tué le forcené. Nous avons été fort surpris de la prise de parole imprudente et indiscrète de Vincent Jeanbrun devant les caméras de télévision malgré les consignes de prudence que Mme Laure Beccuau, Procureure de Créteil, venait sagement de donner.

 Le maire-camelot

La clé des LBD « intelligents » Redcore à l’Hay-les-Roses: il suffit d’aller sur la page d’accueil de la société ISDE-Tactic , dirigeant, Gaël Guillerm ( !) qui vend en ligne un tas d’autres gadgets pour les polices municipales (un marché à prendre où il faut trouver des maires vendeurs-bateleurs pour prospérer). La page d’accueil d’IDSE-Tactic met en avant la pétition lancée par le PDG de Redcore (évidemment, c’est le même) pour faire la promo de son  LBD « intelligent », contrairement aux LBD « idiots » dont sont équipés les forces de l’ordre.

Gaël Guillerm a de la chance. Il a trouvé le maire camelot Vincent Jeanbrun. Son catalogue d’ISDE -Tactic avec tous ses derniers gadgets pour maires-cowboys sont présentés dans la boutique appelée le « Poste de police municipale Arnaud Beltrame de l’Haÿ-les-Roses »: les LBD Redcore bien-sûr, le drone pour la police (avec formation de télé pilote) , les gants détecteurs de métaux, les boucliers invincibles etc… L’inauguration en grande pompe du poste de police municipale s’est faite façon promo «ouverture d’un nouveau  supermarché » , avec un nom héroïque, Arnaud Beltrame, et  la présence « exceptionnelle » de la starlette de téléréalité bien connue des plateaux de télévision, Valérie Pécresse en personne, une vraie marque « vue à la télé ».

 Vincent Jeanbrun s’est installé en bateleur de foire du marché des maires, battant l’estrade tous les jours pour vendre tous les gadgets possibles. Pour prendre le marché des municipalités, riche de l’argent des contribuables, il faut un piédestal (c’est facile, grâce à Valérie) et un micro, comme on peut le constater sur le twitter de Vincent Jeanbrun avec ses selfies quotidiens dans les salons professionnels et les multiples réunions des maires du mille-feuilles du Grand Paris.

Le maire-racoleur a pris le piédestal de vice-président sécurité de la Région pour vendre les gadgets pour la police municipale du catalogue ISDE, le piédestal de vice-président chargé de la formation pour placer les applis smartphone d’apprentissage des langues « offerts par la région » (alors que c’est payé par le contribuable) , le piédestal de président du Forum métropolitain du Grand Paris pour prendre le marché des routes du futur, et puis bien-sûr, le piédestal de maire pour faire accepter la promotion immobilière Emerige sur la Roseraie, plus que contestable, sous prétexte d’opération Cœur de Ville (avec l’aménageur Citallios, le préféré des LR du 92) , à grand renfort de réunions publiques, plaquettes luxueuses dans toutes les boites aux lettres, grandes affiches permanentes et racoleuses sur les palissades des chantiers (tout ça bien évidemment payé par le contribuable ).

Et si l’on arrêtait de nous faire tondre la laine sur le dos par un bonimenteur qui revend, en plus de la laine, des tondeuses 2.0 sur le grand marché des municipalités ?

 

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