La Roseraie de l’Haÿ-les Roses, un émerveillement pour les sens et pour l’esprit

La Roseraie est un chef-d’œuvre exceptionnel né de la rencontre de Jules Gravereaux et d'Edouard André

1 La Roseraie de l’Haÿ-les Roses, un émerveillement pour les sens et pour l’esprit

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La Roseraie est un chef-d’œuvre exceptionnel né de la rencontre de deux hommes à la fin du 19eme siècle, Jules Gravereaux, collectionneur génial, créateur de la première grande collection de roses anciennes, et Edouard André, architecte paysagiste de renom.
En 1892, Jules Gravereaux  acquit à l’Haÿ-les Roses, un  domaine surplombant la vallée de la Bièvre. Il s’intéressa alors aux roses et commença à les collectionner. En 1899, souhaitant présenter sa collection dans un jardin d’un style totalement nouveau, original, dédié exclusivement à la «reine des fleurs », il demanda à Edouard André de lui dessiner la roseraie. Ce fut la première roseraie. A la mort de Gravereaux, on y admirait 8000 variétés de roses.
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En 1937, le département de la Seine acquit le domaine Gravereaux pour éviter la destruction du site et pérenniser la précieuse Roseraie. De son côté, la municipalité de l’Haÿ s’engagea durablement pour la Roseraie et acheta pour la protéger, côté ville, une parcelle boisée de 7000m2, devenue square Watel (en hommage à Albert Watel, maire-adjoint communiste mort en déportation), rebaptisé square Allende dans les années 70.

Aujourd’hui, la roseraie compte environ 3000 variétés de roses et 10 000 rosiers. Cette œuvre d’art est homologuée «Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées » et inscrite à l’inventaire des Monuments historiques depuis août 2005. Pour son Centenaire, la Fédération Internationale des Sociétés de Roses lui a décerné son premier trophée de «Jardin d’Excellence ». La Roseraie été également labellisée depuis 2011 « Jardin remarquable »

 

 L’architecture de la Roseraie est inspirée de celle des cathédrales.

La Roseraie, symbole d’ unité, est organisée autour d’un bassin en forme de calice, clos par une abside, telle la nef qui organise les parcours des visiteurs, à travers les lieux et l’histoire des roses.

Les grands arbres tout autour, ceux du Parc et ceux du Square, sont les colonnes de la cathédrale qui rejoignent le ciel.

Les parterres symbolisent les chapelles. Les collections sont disposées en rosaces dont les nervures dessinent les chemins multiples invitant à d’infinies promenades.

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Les roses sont comme les personnages des vitraux. Le visiteur peut se focaliser sur chacune d'entre elles, son identité, sa personnalité, ses teintes, son parfum, le plaisir unique qu’elle procure.

L’œuvre d’art Roseraie nait de l’équilibre subtil entre la richesse infinie des détails et l’unité architecturale de la composition. Elle est un organisme harmonieux, une cathédrale vivante, unifiant dans un lieu unique et original les multiples facettes de la biodiversité créée par la nature et par l’homme. Elle est un monde avec sa géographie qui devient familière. Kiosque, berceaux, tonnelles, arceaux, treillages, le temple de l’Amour, la baigneuse de Falconet, le Faune moqueur, le Satyre, sont autant de repères et d’appels au voyage, au parcours, dans l’univers des roses.

La lumière apportée par les arbres du Parc et du Square magnifie la gamme des couleurs

Cette harmonie multi-échelle est magnifiée par la lumière et les couleurs.
Le visiteur est en immersion dans la palette des couleurs des milliers de variétés de roses.

Le vert des arbres est essentiel. C’est la couleur complémentaire de la palette des couleurs des roses, qui amplifie la sensibilité des récepteurs de notre rétine, nous permettant d’apprécier au mieux la subtilité des teintes, des blancs, crème, abricoté, saumoné, jusqu’au pourpre et au rouge cramoisi.

Aucune lumière crue ne vient perturber les sens focalisés sur les subtilités de cette palette. Seule la lumière naturelle du ciel à travers les arbres diffuse une luminosité qui magnifie la délicatesse des nuances. André Theuriet, romancier et maire de Bourg-la-Reine au moment de la création de la Roseraie écrivait: Je contemplais ce vaste jardin de roses dont les teintes blanches ou cramoisies ressortaient mieux encore sur le vert profond des futaies.

L’harmonie des couleurs entre les roses et le vert du square est inspirée des lois universelles de Chevreul, figure célèbre de l’Haÿ, qui a eu une influence déterminante sur les peintres impressionnistes

Michel-Eugène Chevreul ( 31août1786-9 avril 1889), chimiste et théoricien des couleurs avait installé son laboratoire à l’Haÿ-les-Roses et y fut maire de 1851 à 1864.    

Chevreul, directeur des teintures aux Manufactures royales de tapisseries et de tapis des Gobelins, découvre un grand principe qu’il formule comme une loi universelle en 1839: « De la loi du contraste simultané des couleurs et de l’assortiment des objets colorés considéré d’après cette loi dans ses rapports avec la peinture, les tapisseries des Gobelins, les tapisseries de Beauvais, pour meubles, les tapis, la mosaïque, les vitraux colorés, l’impression des étoffes, l’imprimerie, l’enluminure, la décoration des édifices, l’habillement et l’horticulture »

Lorsque nous juxtaposons deux objets colorés, ou lorsque nous les regardons successivement, chacun influence la perception que nous avons de la nuance et du ton de l’autre. « [...] dans le cas où l’œil voit en même temps deux couleurs qui se touchent, il les voit les plus dissemblables possibles ». La perception est relative car elle dépend de son contexte coloré. C’est en variant la juxtaposition des couleurs que nous changeons notre perception de celles-ci. L’idée d’harmonie entre les roses et le fond vert arboré s’impose. Chevreul a établi également la « Loi du mélange des couleurs » et inventé les cercles chromatiques.

Les lois de Chevreul sur la couleur, la loi des contrastes simultanés influenceront le travail de nombreux peintres. Delacroix s’adressa à lui très tôt afin que Chevreul éclaire son art grâce aux théories sur la couleur. Les lois de Chevreul ont eu une énorme influence sur les peintres impressionnistes. Georges Seurat, Paul Signac extraient « dans les lois de Chevreul des fondements scientifiques rigoureux de la peinture ». En parlant des impressionnistes tels que Monet et Pissaro, Signac montre que « la loi sur les contrastes simultanés de Chevreul devient la référence sur le sujet. C’est cette science du contraste qui forme la base solide de l’impressionnisme. » Chevreul a eu une influence déterminante sur Edouard André lorsque celui-ci créa la Roseraie et réfléchit aux rapports entre les couleurs, celles des roses et celles de la végétation environnante.

 

La Roseraie, son square et le parc : une composition digne des grands maîtres

La superficie très concentrée de la Roseraie (1,4ha) est remarquable. Cette maîtrise de l’espace, un défi proposé par Jules Gravereaux, est le catalyseur de l’œuvre : disposer un très grand nombre de rosiers dans un petit espace tout en valorisant la personnalité de chacun, son originalité, sa fantaisie.

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Le premier plan de la toile fascine le visiteur par la sophistication des motifs floraux sur le thème de la Rose et de leurs subtiles variations. Le regard plonge dans une infinité de détails, se délecte des variations chromatiques. L’arrière-plan et ses grands arbres tutélaires laissant passer la lumière et l’air, parachèvent la toile. L’unité dans la diversité est créée. La respiration permanente du regard passe de l’inspiration de chaque rose à une grande expiration d’ensemble grâce aux arbres du Square et du parc.

Cet arrière-plan de verdure est indissociable du premier. Il est créé pour lui, dessiné pour lui. Il participe à l’équilibre, à la mise en valeur, à la préservation de la Roseraie, microcosme fin, délicat, en perpétuelle inventivité.

 

 

 

 

 

 

 

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