Il était une fois La Roseraie de l'Haÿ-les-Roses 1

Voici l'avant-propos d'André Theuriet, écrivain et maire de Bourg la Reine( 1894-1900) au livre de Jules Gravereaux: la Roseraie de l'Haÿ, essai de classement, paru en 1902

Les roses cultivées à l’Haÿ en 1902 : essai de classement/ par Jules Gravereaux 

Avant-Propos d'André Theuriet

Cette roseraie, dont le propriétaire et le créateur, M. Gravereaux, raconte 
ici l'histoire illustrée, cette roseraie est une des merveilles de la banlieue pari- 
sienne. Enfouie dans les antiques frondaisons d'un grand parc dont les murs 
bordent la route de l'Hay, elle ressemble à l'admirable princesse du conte de la 
Belle au bois dormant. Il faut franchir une épaisse ceinture de verdoyantes 
futaies pour pénétrer jusqu'au domaine où elle repose dans sa prestigieuse 
beauté. Mais aussi, lorsqu'on a percé les fourrés pleins d'ombre, traversé les 
pelouses encloses dans les taillis, et qu'on arrive au seuil du plateau ensoleillé, 
quel enchantement! 

La généreuse floraison des roses étale ses chatoyantes couleurs au ras du sol ; 
elle s'élance en guirlandes, en arcades et en portiques le long des armatures de 
fer ; elle décore à perte de vue la voûte des spacieuses et profondes tonnelles. 

banksiaeflora-avec-le-gende
Toutes les blancheurs s'y épanouissent depuis la molle neige des Banks jusqu'à 
la pâleur carnée des Souvenirs de la Malmaison ; tous les jaunes aussi : les 
nuances saumonées des Gloires de Dijon,
gloire-de-dijon-avec-le-gende
les pétales soufrés du Maréchal Niel,
mare-chal-niel-avec-le-gende
 
le safran foncé des Rêves d'or,
re-ve-dor-avec-le-gende
l'or mat des Chromatelles
chromatella-avec-le-gende-1
. Le rose tendre et chif- 
fonné de la France
la-france-avec-le-gende
y voisine avec le rouge cramoisi de la Gloire de Bourg-la- 
Reine, le rouge cerise des Marie-Henriette, le rose vif de la Coupe d'Hébé
coupe-dhe-be-avec-le-gende
, la 
pourpre foncée du Lion des Batailles et de l'Empereur du Maroc
empereur-du-maroc-avec-le-gende
. De toutes ces 
corolles à demi ouvertes ou pleinement écloses s'exhalent des parfums aussi 
variés que les formes et les tonalités de chaque espèce : odeurs musquées qui 
rappellent l'Orient, odeurs mourantes et alanguies, haleines suaves comme celle de la vigne en fleurs, voluptueuses comme des baisers, légères comme le pre- 
mier souffle du printemps. L'œil et l'odorat sont grisés ; et dans la vibrante 
clarté estivale, un confus murmure d'abeilles, de bourdons et de cétoines dorées 
fait un harmonieux accompagnement à la musique chantante des aromes et des 
couleurs. 

En ce vaste terrain admirablement approprié à la culture des roses, chaque 
série est artistement groupée. D'abord, à fleur du sol, les espèces rampantes, 
puis les buissons, les rosiers à hautes tiges et enfin sur les arceaux prolongés 
des tonnelles toute la tribu des roses grimpantes. Il y a le coin des roses-thé, 
celui des roses remontantes, celui des rosiers de l'Inde, du Japon ou de la 
Chine, et aussi la plate-bande réservée pieusement aux rosiers aimés de nos 
pères et maintenant presque démodés : — roses à cent feuilles, roses moussues, 
roses de Damas ou de Provins. Enfin tout un espace est consacré aux églantiers 
destinés aux greffes et dont les espèces indigènes ou exotiques offrent une infinie 
variété de formes, de feuillages et de fleurs. A côté de la collection horticole, il 
y a la collection botanique, infiniment curieuse et riche, aménagée en vue des 
études de croisements et d'hybridations. 

Le propriétaire de ce paradis des roses, M. Gravereaux, est un sage. Après 
s'être retiré des affaires, il a voulu utiliser royalement ses loisirs et s'est voué 
au culte de la reine des fleurs. Sur le tard, il s'est mis à piocher sérieusement la 
botanique et à grands frais il a créé cette roseraie, maintenant en pleine prospé- 
rité, où il a rassemblé plus de 6000 espèces provenant de toutes les parties du 
globe. 
Chargé en 1901 par le ministre de l'Agriculture d'une mission ayant pour objet 
l'étude des roses des Balkans, M. Gravereaux a parcouru la Serbie, la Bulgarie, 
les environs de Constantinople et une partie de l'Asie Mineure. Dans ces régions 
où depuis un temps immémorial on s'est livré à la culture des rosiers à parfum

et à la production de l'essence de roses, il a recueilli une importante collection 
des plantes sauvages du genre Rosa et il a rapporté de précieux documents sur 
les procédés employés dans les Balkans pour la distillation de l'essence...

Après tant de généreux efforts, suivis de si féconds résultats, M. Gravereaux 
a voulu aujourd'hui mettre sous les yeux des collectionneurs et des horticulteurs 
les résultats de ses études et de ses recherches ainsi qu'un catalogue détaillé de 
ses magnifiques collections. L'ouvrage, enrichi de fraîches aquarelles, de lavis, 
et de dessins à la plume, se divise en trois parties. La première comprend 
la description et la nomenclature des rosiers sauvages; — la seconde contient le 
catalogue raisonné de la collection horticole des roses de jardin; — la troisième 
enfin a trait aux rosiers sarmenteux (sauvages et horticoles). L'auteur a bien 
voulu me charger de présenter au public ce précieux et intéressant florilège de 
roses. Cette mission m'est d'autant plus douce qu'elle me donne l'occasion d'ac- 
quitter un devoir de gratitude. Si, comme on l'a dit, celui qui plante un arbre est 
un bienfaiteur de l'humanité, il nous faut placer au même rang celui qui crée une 
rose, car il nous donne la sensation rare de la Beauté. M. Gravereaux est un de 
ces créateurs et de ces initiateurs, et à ce titre je suis heureux de lui témoigner 
ici la reconnaissance des poètes et des artistes. 

15 octobre 1901. 

ANDRÉ THEURIET 
de l'Académie Française. 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.