Il était une fois la Roseraie de l'Haÿ-les-Roses 5

La ROSERAIE DE L’HAY-LES-ROSES, LE JOYAU DU VAL DE MARNE, EST AUJOURD’HUI EN PERIL

 

La Roseraie est l’emblème de l’Haÿ-les-Roses depuis plus de 120 ans. C’est pour l’immortaliser que l’Haÿ est devenu l’Haÿ-les-Roses en 1914.

 

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Cette roseraie exceptionnelle, œuvre d’art vivante et fragile, initiatrice de toutes les roseraies du monde se trouve aujourd’hui dans une situation extrêmement difficile et risque de disparaître si l’on continue de s’attaquer à son environnement immédiat, celui dans lequel elle s’est épanouie depuis plus d’un siècle.

Le maire de l’Haÿ-les-Roses et le promoteur Emerige ont répété en boucle qu’ils ne voyaient pas où était le problème, refusant de considérer la Roseraie pour ce qu’elle est réellement : un chef d’œuvre inscrit au patrimoine historique, reconnu « jardin remarquable » par le ministère de la Culture en 2011, labellisée par le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées « Collection Nationale CCVS », c’est à dire reconnue comme une collection d’intérêt national qui a satisfait à des critères d’excellence lors de son évaluation. Aux inquiétudes légitimes de l’autorité environnementale (la MRAe) et les 10 points fondamentaux qu’elle soulève, le promoteur a répondu dans un épais addendum, plein de documents inappropriés, cherchant à chaque page, à faire passer pour sérieux et appliqué ce qui n’est qu’une vaste galéjade.

Ce qui compte, on le voit, c’est le business que l’on va faire aux dépens de la Roseraie, tant qu’elle existe encore. Il faut faire vite…

La Cour d'Appel Administrative de Paris  a considéré que l’implantation de 3 barres d’immeubles en aplomb de la Roseraie et l’installation d’un Monoprix à l’entrée du site historique étaient de belles choses à encourager.

Le destin de la Roseraie, oeuvre d'art et précieux conservatoire de biodiversité est à présent entre les mains du Conseil d'Etat.

 

Rappel historique

 La responsabilité de l’Haÿ-les-Roses à l’égard de la Roseraie a été remarquablement comprise par M. Raymond Baudin, qui, au cours de son premier mandat de maire (1935-1940), a sauvé la Roseraie de la promotion immobilière, déjà…

 Dans les années 1930, les héritiers de M et Mme Gravereaux décident de vendre le domaine de l’Haÿ-les-Roses (maison Empire, parc de 12 ha et la Roseraie)

 Le Département de la Seine est inquiet de voir ce domaine être possiblement livré à la promotion immobilière.

 Le Conservateur en chef des promenades de Paris écrit dans un rapport de juin 1930 : En raison de la situation de ce domaine, des vues et des perspectives qu’il comporte, il serait désastreux de voir livrer cette propriété à des marchands de biens, pour un lotissement ultérieur, qui ferait disparaître du Département de la Seine, un espace libre, intéressant, tant au point de vue des collections qu’il contient, qu’au point de vue esthétique et que but de promenade pour Paris.

 Le 26 décembre 1932, le maire de l’Haÿ-les-Roses, par délibération du Conseil municipal, demande l’inscription du domaine comme emplacement réservé pour espace libre public, précisément pour empêcher  toute promotion immobilière.

 

En 1936, il semble que les héritiers Gravereaux souhaitent  finalement que le domaine soit racheté par le Département. Voici ce qu’écrit Henri Gravereaux au Préfet de la Seine, le 10 février 1936:

La propriété comprend( …)une Roseraie célèbre, ancêtre et inspiratrice de toutes les Roseraies qui fleurissent actuellement sur le sol de France et de l’étranger, la Roseraie la plus riche aussi puisque, véritable « Conservatoire de la Rose », elle réunit près de 6000 espèces ou variétés. (…) Œuvre de science et œuvre d’art, véritable joyau de la région parisienne, la Roseraie de l’Haÿ-les-Roses » paraît digne d’entrer dans le beau domaine du département de la Seine…

Par un vœu voté par le Conseil Municipal du 30 mai 1936, la commune de l’Haÿ-les-Roses demande au Conseil général d’acheter le domaine Gravereaux pour éviter un scandale.

 En juin 1937, les héritiers Gravereaux cèdent, « à titre d’utilité publique, au département de la Seine », la propriété dénommée « le Domaine de la Roseraie » au prix de 6 millions de francs.

 Par cette acquisition, la puissance publique a conservé et préservé ce domaine de l’appétit des promoteurs.

A l’époque, tout le monde a salué cette transaction qui « dotait Paris et la France entière d’une merveille à proprement parler, d’une chose unique au monde, une œuvre d’art dont l’extrême raffinement se renouvelle tous les ans » (le Journal, 1937)

 Il est écrit dans l’acte notarié de juin 1937, la servitude suivante :

Résultant de la loi du 14 mai 1932, article 10, Le parc de la propriété ne peut être défriché sans autorisation…le Conseil Municipal de l’Haÿ-les-Roses, ayant demandé l’inscription du domaine comme emplacement réservé pour un espace libre public

 A la même époque, le maire de l’Haÿ-les-Roses, Raymond Baudin, fait acheter par la commune à la Société Immobilière de l’Haÿ-les-Tournelles, un parc de 7200m2 dépendant d’une propriété 8, rue des Tournelles, parc en mitoyenneté avec la Roseraie, comprenant terrain, plantations, arbres, moyennant un emprunt sur de nombreuses années.

 Par délibération du Conseil Municipal du 19 septembre 1936, Raymond Baudin fait inscrire ce parc comme emplacement réservé pour espace public libre ! C’est dire combien ce maire voulait assurer la pérennité de cet espace boisé en mitoyenneté avec la Roseraie. Il savait que cette parcelle de 7200 m2 qu’il venait de faire acheter par la commune, devait rester indissociable de la Roseraie.

 Ainsi, à l’abri de tous côtés des turbulences de la ville, la Roseraie est restée sauve jusqu’au 7 décembre 2020, jour où le maire Vincent Jeanbrun, ignorant l'histoire, insensible à la Nature, à sa biodiversité et hermétique au principe de précaution, a fait détruire intégralement cette parcelle boisée pour l'offrir à son aménageur Citallios. Tout  cela n'est pas à son honneur.

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