A l'Haÿ-les-Roses, la nature est décimée et l'opposition démocratique muselée

Au Conseil municipal du 17 décembre 2020, le maire VJeanbrun a refusé aux conseillers municipaux d'opposition de s'exprimer tout en brandissant la menace de la diffamation. Parce qu'il faut faire vivre la démocratie locale, je publie ici ce qu'ils avaient prévu de dire

Pour que vive la démocratie locale à l'Haÿ-les-Roses, je publie ici  la déclaration  de  Sophian Moualhi,  conseiller municipal d'opposition, liste L'Haÿ en Commun et celle d'Olivier Lafaye  conseiller municipal d'opposition, liste Réveillons l'Haÿ-les-Roses, déclarations qu'ils n'ont pu faire en Conseil Municipal, 10 jours après le sacrifice du square protecteur et écrin arboré de la Roseraie, en étant empêchés par le maire VJeanbrun. On constate qu'il y a unanimité des oppositions au projet dit "Coeur de ville" qui se fait sur un saccage écologique

Sophian Moualhi:

Monsieur le maire, chers membres du conseil municipal,

Le 7 décembre dernier, à l’aube, vous avez décidé honteusement de mener une véritable opération commando pour faire abattre en moins d’une journée les 48 arbres du square Allende.

 Si votre décision est fidèle aux engagements que vous avez pu prendre, elle n’est en rien fidèle aux engagements démocratiques et républicains qui nous incombent et qui incombent encore davantage aux élus de la République Française.

 Vous avez dissimulé vos intentions aux L’Haÿssiennes et aux L’Haÿssiens.

 Vous avez dissimulé vos intentions en ne partageant aucune information préalable aux habitants, ce qui vous a obligé à faire déplacer les véhicules stationnés aux frais du contribuable, en prenant un arrêté mensonger parlant d’élagage, arrêté que vous n’avez pas eu le courage de signer vous-même, arrêté affiché le jour même pour empêcher quelque opposant que ce soit de pouvoir faire usage de ses droits.Vous êtes même allé jusqu’à réquisitionner un car municipal afin de bloquer la rue Watel !

Ainsi, après la Maison du roman populaire, après le square Léon Jouhaux, vous avez fait une nouvelle fois le choix de la politique de la terre brûlée, peut-être pour décourager l’expression des oppositions à vos projets après l’échec de vos tentatives d’intimidation.

 Vous avez fait le choix d’abattre des arbres centenaires, des arbres remarquables, sans certitude que le projet aille à son terme puisque des recours courent toujours et qu’il est peu probable que l’aménageur décide de débuter ses travaux sans attendre les jugements. Vous avez même fait abattre des arbres qui devaient être conservés…Vous avez donc délibérément décidé de piétiner le patrimoine de notre ville, en privant notre Roseraie, classée monument historique, de son bouclier protecteur, le square Allende.

Vous avez délibérément décidé d’offenser l’avenir, le nôtre mais surtout celui de nos enfants et des générations à venir, en vous asseyant sur toute considération environnementale et climatique.

 Vous avez délibérément décidé de bafouer la démocratie locale.

 Vous vous comportez comme un monarque pourtant L’Haÿ n’est en rien votre royaume.

 Vos actes marquent une rupture de confiance à l’égard des élus de cette assemblée mais surtout à l’égard des L’Haÿssiennes et des L’Haÿssiens, qui au-delà de l’émotion, au-delà de l’immense tristesse et du désarroi provoqués par l’abattage de ces arbres, attendent que la démocratie soit respectée.

 A la lâcheté de vos actes, nous n’avons d’autre choix que d’opposer le courage de nous retirer de ce conseil municipal après avoir voté la charte de la laïcité. Cette décision est un acte fort, particulièrement le soir du vote d’un budget municipal sur lequel nous aurions beaucoup à dire. Mais à vos actes, nous ne pouvons qu’apporter une réponse forte, pour réaffirmer notre attachement au respect de la démocratie locale et notre détermination à la faire respecter.

Olivier Lafaye

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les membres de la majorité municipale,

Nous avons décidé de nous retirer de la suite de la séance du conseil municipal, après avoir voté en faveur de la charte de la laïcité, action que nous appelions de nos vœux.

Quitter cette séance est un acte grave. Nous y sommes conduits par votre gestion calamiteuse du dossier Cœur de ville qui vous a amené à détruire en catimini le square Allende, au mépris des recours engagés par l’opposition et le département, sans attendre le jugement du Conseil d’Etat. Vous avez bafoué la démocratie et les règles de droit.

Tout aussi grave, alors que le Président de la République a proposé un référendum pour inscrire dans l’article 1 de la Constitution la préservation de l’environnement et de la biodiversité, vous avez détruit l’écrin de protection de la Roseraie, patrimoine naturel des L’Haÿssiens et des Val-de-Marnais, fierté de la ville. L’un de vos prédécesseurs en 1936 avait bien pris soin de préciser que ce square avait pour vocation la protection de la Roseraie. Le Préfet l’avait suivi qui avait classé cette zone en utilité publique. Cette préservation de la nature et cet héritage, vous les avez ignorés, voire méprisés en faisant actionner les tronçonneuses dès potron-minet, au grand dam des riverains et de la population qui a fortement réagi.

Vous n’aviez déjà pas respecté les arbres du square Léon-Jouhaux et le cèdre magnifique dont on voit en quel piteux état il est désormais, non plus que l’arbre de Judée ; vous avez récidivé. Quel problème avez-vous avec les arbres et la nature ?

Préférez-vous ce béton que les habitants de la région parisienne détestent de plus en plus car il rend la vie infernale en ces temps de changement climatique ?

Qu’est-ce qui vous conduit à conduire avec acharnement cette politique d’un autre temps ?

En tout cas, nous ne pouvions pas ne pas réagir de façon forte et nous devions prendre à témoin nos concitoyens, de la ville, du département et de la région, pour qu’ils sachent ce qui se passe à L’Haÿ qui est en train de perdre ses roses.

 

 

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