Il était une fois la Roseraie de l'Haÿ-les-Roses 4

En 1899, Jules Gravereaux et Edouard André imaginèrent une roseraie d'un genre nouveau.


En1899, à l’Haÿ, Jules Gravereaux et Edouard André imaginèrent une roseraie d’un genre nouveau, lieu de collection et d’études, Roseraie-Conservatoire mais également jardin d’agrément, lieu de promenade.

Concevant ses jardins tels des toiles de maître, Edouard André recherchait un lieu naturel, une « scène paysagère » si possible plantée déjà de grands arbres- une futaie, des bosquets- qui devenait l’arrière plan arboré de son jardin « à la française ». Édouard André écrit : il est indispensable que le site soit déjà pourvu d’arbres déjà bien venants. L’artiste choisit un paysage naturel qui va se prêter à ses embellissements.

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A l’Haÿ, André découvrit le cadre naturel idéal à la création de la Roseraie. Les frondaisons des grands arbres du domaine attenant à celui de Gravereaux, devenu quelques décennies plus tard le square public dit square Allende, habillèrent ainsi de multiples verts l’arrière-plan de sa composition dédiée aux roses de son ami, le rosomane Gravereaux. Comme les impressionnistes de cette époque, E.André appliquait dans sa création, la loi des contrastes du grand maître des couleurs, Eugène Chevreul. Ainsi, les tonalités des milliers de variétés de roses horticoles et d’espèces botaniques purent être perceptibles par les nombreux visiteurs, dans leurs infinies nuances et reflets, changeant chaque jour et à chaque heure de la journée et au gré de l’épanouissement et de la déclinaison des roses. Henri Dauthenay a créé le Répertoire de couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, en nommant chacune des milliers de couleurs du cercle chromatique d’Eugène Chevreul. C’est Dauthenay lui-même qui aida Jules Gravereaux à décrire les couleurs et nuances de chacune des variétés des premiers Catalogues de roses de la Roseraie de l’Haÿ (1900 et 1902).

Aujourd’hui, avec l’implantation de trois d’immeubles à la limite de la Roseraie et la disparition des arbres au riche feuillage, la perception des tonalités, de leurs nuances, de leurs dégradés, de leur changement dans le temps va s’atténuer considérablement. Là où le promeneur pouvait percevoir toutes les couleurs de la gamme des blancs, de celle des jaunes, ou de celle des roses, ou des rouges, accompagnées de leurs panachures ( bords, raies, taches) et leurs reflets (satiné, velouté, mat), il ne percevra plus que des couleurs appauvries, voire factices. Le tableau vivant créé par Gravereaux et André est déjà amputé de son square arboré depuis le 7 décembre 2020,  mutilé, meurtri. Avec la réalisation immobilière en arrière-plan, il sera comme affadi, délavé, terne. 

La perception des parfums va subir une semblable dégradation avec la concurrence des terrasses si proches.

Quant à l’intemporalité de la Roseraie, elle ne sera plus qu’un souvenir.

 

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