Le médecin et les abus

Une consultation chez le médecin qui se termine par un "j'ai envie de te faire l'amour, juste pour essayer" et la question "qu'ai-je fait pour mériter ça?" Chronique du sexisme ordinaire

L'année dernière, j'avais un problème au genou. Mon médecin traitant, que je vois depuis plusieurs années, et en qui j'ai confiance, me demande de retirer mon pantalon afin d'examiner mon genou. Lorsque je suis en sous-vêtements devant lui, il me dit, sans gêne, "tu as de sacrées belles fesses Margot." Je ne dis rien, je suis gênée. Je reviens le voir, plusieurs jours après, prenant mon courage à deux mains, lui expliquant à quel point sa remarque déplacée m'avait mise mal à l'aise. Il s'excuse, il comprend. 

"Mais tout de même, j'ai le droit de te dire que tu es belle si tu l'es merde alors. Toi aussi tu fais partie de ce mouvement de merde #metoo et tu vas me mettre un hashtag sur le dos et me dénoncer?"   J'acquiesce silencieusement éhontée. 

Depuis plusieurs mois, suite à la pandémie et à ses conséquences, je suis suivie pour dépression. Mon médecin, que j'ai malgré tout gardé, par habitude, confiance et confort, me fait des arrêts maladie, je consulte régulièrement. 

La semaine dernière, en pleine consultation, il me dit "enlève ton masque, que je puisse voir le bas de ton visage comme tu es belle" 

En fin de consultation, il me prend dans ses bras et me dit "j'aimerai bien te faire l'amour Margot, juste pour essayer" 

Je dois manquer de caractère, d'éducation, mais la seule chose dont je suis capable, à ce moment là, c'est de partir. Pas de claque, pas de cris, pas de vague. Juste partir. 

Je n'ose pas en parler, je me sens bête, coupable, de n'avoir pas su réagir à temps. Et je me demande, qu'est ce que j'ai fait pour qu'il me dise ça? 

L'année dernière, lors de l'épisode du genou, lorsque j'en parlé, les réactions dans mon entourage étaient "quel filou, il aime trop les femmes. Bon, et puis c'est une autre génération, n'en tiens pas compte. Prends ça comme un compliment." 

Cette fois-ci, je décide d'en parler à mon copain, sa première question est "qu'est ce que tu as fait pour provoquer ça? Et de toute façon, pourquoi tu y es retournée après ce qu'il s'est passé l'année dernière? Une fille normale aurait réagit en se défendant. Tu as du le chercher." 

Je m'endors avec ça et je suis en colère. Triste et déçue. Je me considère plutôt bien éduquée, avec une conscience de l'actualité, du monde. Pourquoi un homme peut-il utiliser sa position ascendante, sur une patiente, pour lui glisser de tels mots à l'oreille? Pourquoi le sexisme est-il encore justifié par la majorité de mon entourage? 

Heureusement, j'ai quelques ami(e)s qui se sont indignés. Et enfin, j'ai pu être écoutée. Et donc j'écris. Parce que les dénonciations doivent se multiplier. Parce-que tout sonne faux dans les mots patriarcat et sexisme.

Et que tout sonne juste dans ceux de sororité, bienveillance et égalité. 

 

 

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