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Billet de blog 17 nov. 2022

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« On ne peut plus rien dire »

Aujourd’hui, « on ne peut plus rien dire » et tant mieux. C’est terminé, les blagues racistes, sexistes, les rabaissements, les humiliations, les intimidations, les violences.C’est terminé, les excuses, les « oh mais c’est juste une autre génération », les « c’est juste un dragueur il est comme ça », les « profites de ces compliments, dans quelques années plus personne ne t’en fera. »

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En mars 2021, j’envoyais une plainte à l’Ordre des Médecins. Demain, cette plainte, à l’encontre de mon médecin traitant de l’époque, sera jugée. L’Ordre des Médecins a décidé de s’associer à ma plainte. Ils la considèrent assez grave pour y apposer leur soutien. Cela en soi est une victoire.

Si demain, cette affaire passe en jugement, c’est grâce à toutes les luttes, tous les essais, tous les échecs, toutes les conversations, tous les articles et les livres ; qui font qu’aujourd’hui, ce n’est plus entendable, qu’un médecin agresse sa patiente en toute impunité. Aujourd’hui, ce n’est plus entendable, qu’un homme utilise son ascendant professionnel, physique ou financier, sur une femme afin de lui faire faire des choses ou de lui dire des choses à caractères sexuels et/ou sexistes.

Aujourd’hui, « on ne peut plus rien dire » et tant mieux. C’est terminé, les blagues racistes, sexistes, les rabaissements, les humiliations, les intimidations, les violences.

C’est terminé, les excuses, les « oh mais c’est juste une autre génération », les « c’est juste un dragueur il est comme ça », les « profites de ces compliments, dans quelques années plus personne ne t’en fera. »

Mon médecin ne l’avait pas compris. En dénigrant le mouvement MeToo, se plaindre qu’on n’avait plus le droit à rien, que les féministes exagèrent, il a cru bon de me draguer, de me « complimenter » sur mes fesses, sur mon visage, de rêver à haute voix le sexe avec moi. Et moi, à l’époque, dans un état de sensibilité et de fragilité émotionnelle tel que tout ce que j’ai trouvé à faire c’est partir ; et essayer de me tuer quelques jours plus tard. Pas à cause de lui non, pas JUSTE à cause de cela. C’était une boule de plus, qui a contribué à l’avalanche de mon existence.

Parce-que j’étais dépassée. Dépassée par le passé, dépassée par le présent covidé et confiné, dépassée par ma situation de mère célibataire, dépassée par un corps qui appartenait plus aux autres qu’à moi-même. Engluée dans un présent qui m’empêchait de bouger.

Toutes ces phrases que des hommes m’avaient dites me tournaient en tête, les « mais tu as bien dû faire quelque chose pour provoquer ça », les « je ne comprends pas pourquoi tu es triste, si les femmes, c’est fait pour garder des enfants, vous êtes programmées pour ça » (merde, alors je dois être cassée), ou, en parlant d’un viol, un ami me dit « mais t’es sûre que c’était un viol ? » (Non, je dois être débile, j’ai du mal comprendre le truc en fait !).

Le féminisme, avant, je pensais que c’était un combat pour d’autres pays, pas ici. Ici, on est bien loties, ici on peut travailler, conduire, voter… Je ne voyais pas le problème. Je ne le voyais pas car je n’ai pas été éduquée pour le voir. Jusqu’à ce que je devienne mère, et que je me questionne sur mon rôle, l’éducation de ma fille, mes relations, mes choix. Aujourd’hui, je le vois, je le lis, je le constate, tous les jours ou presque.

Demain, je serai capable d’aller à un procès, contre un homme qui a tenu des propos sexuels et sexistes, grâce au féminisme. Il y a quelques années encore, on aurait dit que ce n’était pas si grave que ça, après tout, un homme est un homme, il a ses instincts, et c’est plutôt positif de plaire.

Le féminisme, c’est comme apprendre une nouvelle langue, c’est un regard porté sur le monde qui m’a rendue puissante, forte, et qui m’enseigne que la normalité n’est pas celle du patriarcat. Qu’on peut changer les choses, qu’on peut parler, crier ; qu’on a le droit « de se lever et de se casser » quand on n’est pas d’accord.

Demain, je ne vais pas me lever et partir. Demain, je vais être intimidée, par un tribunal, par ma méconnaissance du déroulé d’une audience, par ma solitude face à ces avocats, ces juges, magistrats. Mais je serai présente.

Mais demain, j’aurai la chance d’être entendue, la chance de pouvoir parler, pour toutes celles qui n’ont pas osé, pas pu le faire. Si demain ce procès a lieu, c’est bien grâce à toutes les luttes féministes, qui chaque jour relève la barre du respect que nous méritons toutes.

Changer les donnes, les us, les coutumes, les blagues, les comportements, les mentalités, ça dure plus d’une vie, mais nous n’arrêterons pas, jusqu’à l’égalité la plus complète, et au respect sans équivoque.

Merci à toutes les féministes, et à tous les alliés.

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