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Billet de blog 6 mai 2020

Inégalités sociales vis-à-vis du Covid-19?

Le Covid-19 reste encore mal connus des médecins et des scientifiques. Néanmoins, les études montrent que les personnes âgées, de sexe masculin, obèses ou ayant une maladie telle que le diabète, semblent plus à risque de développer une maladie sévère. Mais que sait-on des inégalités sociales vis-à-vis de l’infection à Covid-19 ?

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A ce jour, étonnamment peu, particulièrement en France. Or en cas d’épidémie – que ce soit la peste au XVIIème siècle, la grippe dite ‘espagnole’ en 1918, ou Zika plus récemment - les inégalités sociales en matière de mortalité sont majeures, les populations les plus pauvres étant celles qui souvent n’ont pas les moyens de se protéger, se soigner, ou de limiter les conséquences de la maladie.

Dans le cas du COVID-19, les données venant de Chine montrent que les personnes les plus défavorisées ont, dans un premier temps, eu des difficultés à assumer les frais médicaux liés à la maladie, avant que ceux-ci ne soient entièrement pris en charge par le système de santé. Par ailleurs, il semble que les personnes isolées et vulnérables socialement aient eu un risque accru de décéder en cas de maladie, comme cela a été observé lors d’autres crises sanitaires (notamment la canicule de 2003).
Plusieurs pays surveillent de près les données relatives aux inégalités sociales vis-à-vis du COVID-19. Aux Etats-Unis, le Center for Disease Control and Prevention (CDCP) a publié des données recueillies dans 14 états américains montrant une surreprésentation de personnes noires parmi les malades hospitalisés du fait du COVID-19 (33% vs. 18% dans les communautés d’où étaient issues les données).
A New York, le taux de décès pour 100 000 chez les personnes noires est de 92, par rapport à 74 chez les personnes identifiées comme étant de descendance hispanique, 45 chez les personnes blanches, et 35 chez les personnes asiatiques. En Grande-Bretagne, les personnes appartenant à des minorités ethniques visibles sont surreprésentées parmi les soignants décédés du COVID-19.
Les explications possibles incluent en premier lieu les conditions de vie des personnes, étroitement liées à l’appartenance à un groupe ethnique minoritaire. Les personnes dont la situation sociale est défavorisée ont, par rapport à celles qui ont une situation plus favorisée, plus de problèmes de santé pouvant rendre leur système immunitaire fragile, un risque plus élevé de vivre dans un logement sur occupé et présentant des qualités moindres (air intérieur, équipements, …) d’être éloignées du système de santé, et d’avoir des difficultés à appliquer le confinement – en particulier pour celles qui travaillent dans des emplois instables, ne se prêtant pas au télétravail et qu’elles ne peuvent pas suspendre sans risque de grandes difficultés financières.
En France, seuls les chiffres de mortalité publiés par l’INSEE permettent d’approcher l’estimation des inégalités sociales vis-à-vis du COVID-19.
Ces données suggèrent que le nombre de décès serait particulièrement élevé en Seine-Saint-Denis, le département de France métropolitaine où le taux de pauvreté est le plus élevé (environ une personne sur quatre y vit avec un revenu inférieur au taux de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian au sein de la population, c’est-à-dire environ 1000 euros/mois pour une personne seule, 2000 euros pour un couple, et 2600 euros pour un couple avec deux enfants).

Mais à ce jour, impossible de savoir si ce chiffre reflète une incidence particulièrement élevée du COVID-19, la présence d’autres facteurs de risque – notamment médicaux, des difficultés dans l’accès au système de santé retardant les soins, la surexposition à d’autres facteurs de risque tels que la pollution de l’air ou peut-être un cumul de l’ensemble de ces facteurs ?
Les inégalités sociales de santé – c’est-à-dire le surrisque de maladie et de mortalité des populations les plus pauvres par rapport aux plus riches – sont documentées depuis le 19ème siècle et les travaux de Louis-René Villermé, qui avait alors montré que la mortalité dans les quartiers pauvres de l’Est parisien était bien supérieure à celle observée dans les quartiers chics de l’Ouest.

Bien que très présente dans les discours politiques et sanitaires depuis plusieurs années, cette notion est encore loin d’être intégrée dans la surveillance de la santé de la population, comme on le voit dans le contexte de l’épidémie liée au COVID-19.

Or la description des inégalités sociales, en fonction du lieu où vivent les personnes, mais aussi en fonction de leurs caractéristiques propres – niveau de diplôme, situation d’emploi, appartenance à un groupe minoritaire ou statut migratoire – est nécessaire pour mieux comprendre les déterminants de la maladie et les leviers pour l’endiguer.

Dans le cas du COVID-19, cela pourrait être d’autant plus important que les populations les plus défavorisées seront aussi celles qui seront les plus impactées par la crise économique et sociale qui fera suite à l’épidémie et dont il sera essentiel d’évaluer les impacts sur la santé. Il n’est pas trop tard pour commencer à renseigner de manière systématique les caractéristiques sociales des personnes diagnostiquées positives, hospitalisées, ou décédant du COVID-19, mais ça devient urgent.

Maria Melchior, Directeure de Recherche Inserm
Sèverine Deguen, Professeure à l’EHESP
Cécile Vuillermoz, post-doctorante en épidémiologie sociale

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