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Billet de blog 20 nov. 2019

ALSACE : UNE NOUVELLE FEMME FUIT LA VIOLENCE DE SON CONJOINT...

Une jeune mère de 3 enfants, enceinte, réussit à s'échapper du domicile familial de Strasbourg après 10 ans de calvaire. Cloîtrée, battue, abusée sexuellement et insultée, quotidiennement humiliée et interdite de tout contact, elle trouve un abri temporaire auprès d'une association d'aide aux victimes, puis change de ville avec ses enfants.

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Réclamer l'écoute de la parole des femmes victimes de violences, c'est bien. Mais ce qui se trame au- delà des grandes indignations et mises en scène reste inaudible.

Les centaines de millions articulés en haut lieu peineront à combler des lourdeurs de la police et de la justice qui restent un écueil majeur et bien décrit par M. Luc Frémiot, ancien procureur de Douais lors d'une entrevue du 3 septembre sur France-Inter.

Une jeune mère de 3 enfants, enceinte, réussit à s'échapper du domicile familial de Strasbourg après 10 ans de calvaire. Cloîtrée, battue, abusée sexuellement et insultée, quotidiennement humiliée et interdite de tout contact avec sa seule proche parente qui est en Suisse. elle trouve un abri auprès d'une association d'aide aux victimes.

Elle a déposé 2 plaintes pour violences conjugales, puis maltraitance d'enfants. Ce vécu hors norme a cependant rendu impossible des plaintes antérieures, ainsi que la constatation physique des violences, ce que la défense du mari invoque à tour de bras. Des rapports des services sociaux et de la protection de la jeunesse seront dès lors les éléments les plus solides qui corroborent les dires de cette femme.

Dès lors, c'est le parcours du combattant. Son époux, déjà condamné pour violences conjugales en 2002 lors d'un mariage antérieur, puis à nouveau pour agression à l'arme blanche sur un voisin en 2016 et sujet de nombreuses plaintes du voisinage, nie évidemment toutes les allégations exprimées, malgré l'information « préoccupante » et « instructive » qui a suivi l'enquête administrative de la Protection de l'enfance. Le Juge des enfants est saisi.

S'ensuit pourtant un refus d'ordonnance de protection. Bien que reconnaissant « comme vraisemblable la commission des faits de violence allégués », ce refus dit que, « étant prise en charge par une association d'aide aux victimes de violence, elle n'est désormais plus exposée à un réel danger », se fondant aussi sur une affirmation du mari que la juge prend curieusement à son compte, à savoir qu'il n'a « jamais cherché à joindre sa femme, ni même les enfants ». Or cette affirmation ne repose absolument sur rien. Des appels téléphoniques qu'il a passés tendent à prouver au contraire qu'il la recherchait activement, ce dont elle est absolument convaincue, mais sans pouvoir la localiser, parce que la protection a bien été assurée.

Recluse alors durant 2 mois dans un immeuble gardé du centre de Strasbourg, sans possibilité de sortir, il est clair que la situation n'était cependant pas acceptable sur la durée, notamment pour les enfants, et à plus forte raison à l'approche de la rentrée scolaire. Et elle devait quitter la région de Strasbourg où elle se savait activement recherchée par son mari.

Déplacée à Grenoble, elle habite un deux pièces dans un immeuble non gardé et bénéficie du suivi d'une association locale, mais est autonome au quotidien.

Le mari a introduit une procédure de divorce qui conduit à une tentative de conciliation fin septembre. Au terme de la non conciliation qui en résulte, maintien de l'autorité parentale partagée, aucune contribution financière du mari « impécunieux », enfants interdits de sortie du territoire, etc.

Plus grave est la révélation du lieu de refuge de cette jeune femme et les reproches adressés à l’association qui a pris en charge cette famille et a pris unilatéralement l’initiative « regrettable, voire choquante » (sic) d’éloigner géographiquement les enfants de leur père.

En prime, et bien que connaissant parfaitement ses difficultés à écrire en français, le Juge croit utile de relever qu'il reçoit de sa part des courriers “qui ne semblaient pas avoir été rédigés par elle”, et donc suggère qu'elle n'est pas capable d'exprimer des attentes légitimes et/ou est manipulée par des esprits malfaisants (dans quel but, Ciel?). Une humiliation de plus!

Le 4 décembre 2019 est la date butoir du dépôt des conclusions de l'avocate qui doit plaider l'appel de la protection à Colmar.

Aujourd'hui terrorisée de voir surgir son mari, elle rencontre de nombreuses femmes dans des cas similaires. C'est dans ce lot que se trouvent beaucoup de celles qui ne sont plus que des chiffres statistiques morbides.

Il y a cinq ans, dans mon voisinage immédiat de la Suisse si tranquille, un mari interdit d'approcher sa femme est venu la tuer de 16 coups de couteau...!

Où la jeune femme dont j'ai tenté d'évoquer le calvaire indescriptible trouvera-t-elle une aide digne de ce nom, sachant l'investissement chronophage qui est demandé à une défense la plupart du temps réduite aux honoraires plus que limités accordés par l'aide juridictionnelle?

Et enfin quand les médias, la justice, la police, le gouvernement, accorderont-ils vraiment de l'attention à ces cas de l'ombre?

Pour cette femme-là, l'enfer prendra-t-il fin le 4 décembre ? Ou ne sera-ce qu'un nouvel épisode terrible de plus ?

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