Sommes-nous prêts pour le revenu universel?

Le revenu universel s'est invité dans la présidentielle. Il fut un marqueur de distinction pour Nathalie Kosciusko-Morizet lors de la primaire de la droite et il revient comme le principal sujet de friction entre Benoît Hamon et Manuel Valls.

Perçu comme un positionnement de gauche, il incarne pour certains l'illusion d'une gauche idéaliste et défaitiste, quand certains de ses partisans répliquent qu'on ne peut s'en tenir au déni d'une gauche coincée dans des carcans passéistes. Au delà de la caricature, il semble que ce soit le prétexte idéal pour honorer une fracture durable entre deux gauches irréconciliables.

 Manuel Valls pourrait-il faire un pas de plus puisqu'il y a encore quelques mois il disait réfléchir à cette mesure pour finalement s'engouffrer vers l'idée d'un revenu décent ( vision pragmatique de la société) ? Hamon a déjà reculer en proposant un revenu proche du RSA amélioré de 10% et pour les jeunes de 18 à 25 ans sans condition de ressources.

Mais n'oublions pas une nouvelle fois les petits candidats comme ce le fut le cas de JL Bennahmais: le revenu universel était la pensée maîtresse de son programme, idée éclipsée par l'envolée médiatique de Benoît Hamon. C'est regrettable car si le revenu universel peut paraître aujourd'hui extrêmement clivant, c'est qu'il participe aussi à un projet politique de destruction massive. Tandis que le projet ambitieux de Jean Luc Bennahmias était celui d'une vision nouvelle : un revenu universel comme modèle de développement s'appuyant sur un arc progressiste capable de remettre en état le modèle républicain et social face au défi de l'automatisation, de la numérisation

Toutefois si le revenu universel semble une utopie, c'est qu'il le porte en son sein depuis sa création au 16e siècle. Et il faut bien reconnaître que c'est en raison de l'un des enjeux, éradiquer la pauvreté. Pourtant, il ne me semble pas plus l'incroyable de penser que notre récente longévité, encore inconcevable il y a quelques années, ne puisse s'accompagner du respect de nos existences. Et c'est bien là la difficulté de la mise en place du revenu universel, que sommes-nous prêts à abandonner pour retrouver notre indépendance, notre autonomie, notre dignité ?

 La question est légitime, le coût :

Déjà pour rentrer dans l'enveloppe proposer par Hamon et rien que pour la première étape, soit 50 milliard d'euros, il faut supprimer le RSA, de l'aide au logement, les allocations familiales. Lorsqu'il s'agit de le rendre universel et inconditionnel, c'est un chiffrage autour de 18% du PIB pour rendre ce projet réalisable, réunir toutes les aides réunies (minimum vieillesse, prestations maternité-famille, aides pour la lutte contre la pauvreté, prime d'activité ou toutes allocations spécifiques) ne suffiraient pas garantir la survie de ce modèle. C'est sans doute à long terme une autonomie totale qui nous attend, dans le domaine de la santé, de l'éducation, des transports, des logements. Toutefois,il me semble audacieux et courageux de prendre ce risque car le revenu garanti modifierait considérablement notre rapport au travail mais aussi au temps, à la consommation et à nos rapports aux autres.

Il ne s'agit pas d'une nouvelle aide mais bien de la conception d'une réforme sociétale, celle de notre rapport entre le droit et le devoir, notre proportion à être nous et la société. Un revenu universel versé à tous sans distinction, individuel car il ne tient pas compte de la situation des personnes qui la perçoivent et inconditionnel c'est à dire que l’État ne doit rien exiger en contrepartie de son versement.

La vraie question est, sommes nous enfin prêt pour ce revenu universel?

La première conséquence du revenu universel serait de faire disparaître le problème du chômage comme question de société mais aussi comme qu'angoisse individuelle. Il faudrait donc renoncer au plein emploi, reconnaître des temps morts dans un parcours professionnel, le travail partagé ou fractionné et même reconsidérer le statut du travailleur bénévole. Cependant la véritable économie viendrait que plus rien ne viendrait justifier les cadeaux fait aux entreprises pour les inciter à embaucher, ou les politiques d'exonérations ou de réductions des cotisations avoisinant les 2 milliard en 1992 à 30 milliard en 2008 pour atteindre 40 milliards avec le pacte de compétitivité sous la mandature de François Hollande. C'est encore le cas de Daewoo qui a perçu plus 35 milliards pour bâtir en Lorraine trois usines qui allaient fermer quelques années plus tard et des milliers d'employés sans travail. Les exemples sont multiples.

Face à l'automatisation de la société, le plein emploi devient pour certains la vraie utopie, il me semble que l'une des véritables plus-values du revenu universel est de permettre de sortir la masse salariale de l'aliénation du travail. La devise «travaillé plus pour gagner» plus n'a pas fait ses preuves et loin des sons de cloches qui prédisent la fin du travail et une société de l'inertie, le revenu universel est paradoxalement le moyen de stimuler l'activité, tel a été le cas dans les pays en développement comme en Inde qui l'a expérimenté en 2004

 Le revenu universel vise à fournir à tous le minimum vital. On estime qu'il aurait pour effet de stimuler l'activité. Dans les société occidentales, il offrirait la possibilité d'échapper au chômage, à la précarité, au mal-logement, ou pour certains salariés à la souffrance physique et psychique subie au travail. Il n'est pas là pour supprimer les inégalités. C'est un changement qui implique de faire confiance aux individus, il apporterait à la fois une reconnaissance et un encouragement aux activités hors marché, il laisserai le choix à l'individu. Le fait de ne plus jouer de sa survie pourrait donner un plus grand pouvoir de négociation face à l'employeur. Nous sommes peut-être à un moment historique où la société serait le cœur de la création de valeurs

C'est pourquoi, je défends le revenu universel et soutient le candidat qui portera ce projet au plus haut, c'est à dire Benoît Hamon

 

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