Sondage sur les législatives 2017 : la gauche laminée, un nouvel attrait pour la proportionnelle ?

Le résultat explosif d'un sondage CSA vient de paraître dans le Figaro (voir ici version intégrale pour les abonnés) : la gauche serait laminée à l'Assemblée nationale. Le PS, les Verts et le Front de gauche ne sauvant que 56 à 66 sièges, alors que la droite et le centre remporteraient entre 485 et 505 sièges sur un total de 577 sièges , un record jamais atteint. Quelle leçon en tirer ?

Le résultat explosif d'un sondage CSA vient de paraître dans le Figaro (voir ici version intégrale pour les abonnés) : la gauche serait laminée à l'Assemblée nationale. Le PS, les Verts et le Front de gauche ne sauvant que 56 à 66 sièges, alors que la droite et le centre remporteraient entre 485 et 505 sièges sur un total de 577 sièges , un record jamais atteint. Quelle leçon en tirer ?

Il est intéressant de regarder à la fois le résultat en nombre de voix (proportionnel) et le résultat en nombre de sièges, issu de l'actuel mode de scrutin majoritaire à deux tour , qui bénéficie d'un effet amplificateur de la déception constatée à l'égard de la potilique du gouvernement et du PS.

Tout d'abord méfions-nous des sondages deux ans et demi avant une élection.

Ensuite méfions-nous aussi de l'interprêtation des sondages : le FN, qui récolterait 23% des voix, confortant actuellement son score des élections européennes, est-il vraiment à regrouper avec la droite UMP et avec le Centre ? Sa politique n'est en rien convergente avec ces autres partis, ce regroupement est purement théorique. Pour être plus honnête, il aurait fallu présenter séparément sans regroupement le Front national (23%), l'UMP (24%), le Centre (12%), la gauche (voire laisser séparés le PS d'un côté (18%) et EELV (7%) + le FdG (8%).

La première leçon qui s'impose comme une fulgurance, c'est l'effet de ce mode de scrutin, dans un contexte d'affaiblissement d'un des deux partis majoritaires et en particulier de la remontée du Front national. Les sensibilités des partis n'y sont pas représentées à la hauteur des voix, donnant une énorme prime aux partis majoritaires, avec la frustration des partis minoritaires, Front National comme UDI ou MoDem ou EELV, à moins de pactiser avant avec un parti majoritaire comme l'ont fait l'UDI et EELV, voire le FdG.

La meilleure façon pour la gauche et surtout le PS de limiter les dégâts est de proposer un changement de scrutin, en passant à la proportionnelle. La proportionnelle intégrale lui garantissant 1/4 des sièges au lieu de 4%. Ce qui est possible avec une loi votée à majorité au parlement sans nécessiter une modification de la Constitution. François Hollande y pense sérieusement depuis quelque temps... Ce serait donc une décision tactique de sauve-qui-peut et non une réponse démocratique à un mode de scrutin injuste qui jusqu'ici était favorable au PS comme à l'UMP.

Le Figaro en tire la conclusion suivante : "L'alliance de l'UMP (151 à 171 députés) et de l'UDI (62 à 72 députés) serait insuffisante pour dégager une majorité absolue puisque le Front national obtiendrait environ un quart des sièges (entre 138 et 158). Le blocage de l'Assemblée serait évident. À moins d'alliances nouvelles, de recompositions ou de ralliements qui paraissent aujourd'hui improbables."

Cette conclusion mérite d'être nuancée. A la limite, même si on regroupait UMP et le Centre, ce qui est logique pour l'UDI et beaucoup moins évident pour le MoDem, on obtiendrait 36% des voix, alors que les voix de gauche comptent 34% des voix, face à un FN à 23%. Il n'y a pas de majorité absolue mais il y a une majorité relative et même si le FN est représenté à hauteur de ses voix, il est encore minoritaire. Il n'y a pas forcément  blocage de l'Assemblée mais cette situation va forcer à une coalition autour d'idées fortes, d'un projet de redressement. Une chose est sûre, le centre, UDI+Modem, avec 12%, est un véritable arbitre et c'est ce dernier qui fait le poids pour peser sur la majorité. En particulier le MoDem qui n'est pas inféodé à la droite.

Le temps est-il venu pour le Centre, voire pour une coalition majoritaire autour d'un projet de redressement du pays commun à différentes sensibilités ?

Ce rassemblement que François Bayrou appelait de ses voeux pourrait bien devenir réalité, si ce n'est par un souhait démocratique, ce le serait par une impérieuse nécessité pour le PS de sauver les meubles en passant au scrutin proportionnel !

Une autre conséquence d'un changement de type de scrutin au mode proportionnel (qui pourrait en même temps s'accompagner d'une réduction du nombre de députés) serait une politisation plus forte des investitures avec la main mise plus importante des appareils des partis. En effet, un scrutin proportionnel ne peut être appliqué que sur base de listes de candidats, élus dans l'ordre proportionnellement aux résultats obtenus. Reste à définir les circonscriptions pour les listes (départementales ? régionales ?). Or ceci signifie qu'il faut une organisation politique déjà importante, avec un maillage sur le territoire, ce qui sera défavorable aux petits partis qui ne sont pas implantés partout même s'ils ont quelques candidats sortants réconnus, de même qu'aux candidats non affiliés ou "dissidents" car n'ayant pas reçu leur investiture par leur parti. Les candidats seraient ainsi moins libres de leur vote s'ils subissent un chantage de la direction de leur parti. Les frondeurs du PS n'ont qu'à bien se tenir... ou changer de camp.

Notons qu'il peut exister un système mixte, avec une part de proportionnelle. C'est le cas en Allemagne, qui réserve 50% des sièges selon le scrutin majoritaire uninominal à deux tours et 50% des sièges à la proportionnelle sur scrutin de liste, pour opérer une correction. Ce qui assure une prime aux partis majoritaires tout en garantissant une représentation des partis minoritaires au moins à 50% des voix obtenus. C'est ce mode de scrutin mixte que François Bayrou avait proposé e mettre en place.

Notons aussi qu'aujourd'hui en Union européenne seuls la France et le Royaume Uni ont un mode de scrutin législatif majoritaire sans proportionnelle. Au Royaume Uni il est pire car uninominal majoritaire à un tour, ce qui ne permet pas les alliances de second tour.

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