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Le Club de Mediapart mer. 28 sept. 2016 28/9/2016 Dernière édition

Rapport Gallois sur la compétitivité des entreprises : qu'en penser ?

Des réactions contrastées suite à la remise du rapport Gallois, mais pas gauche contre droite. Il s'agit plutôt d'un enthousiasme au milieu et d'un rejet par les extrêmes : un enthousiasme convergent venant des rangs de l'UMP et de l'UDI, du PS et du MoDem d'un côté, et un rejet de la part des partis plus extrêmes, au Front de Gauche gauche Jean-Luc Mélenchon exprimant que "tout est à jeter dans ce rapport" qui vise à avantager le capital et les entreprises aux détriment des ménages, à l'extrême droite le Front National fustigeant un rapport qui n'aborde pas les méfaits de la mondialisation et de l'Europe, en appelant au protectionnisme.

Des réactions contrastées suite à la remise du rapport Gallois, mais pas gauche contre droite. Il s'agit plutôt d'un enthousiasme au milieu et d'un rejet par les extrêmes : un enthousiasme convergent venant des rangs de l'UMP et de l'UDI, du PS et du MoDem d'un côté, et un rejet de la part des partis plus extrêmes, au Front de Gauche gauche Jean-Luc Mélenchon exprimant que "tout est à jeter dans ce rapport" qui vise à avantager le capital et les entreprises aux détriment des ménages, à l'extrême droite le Front National fustigeant un rapport qui n'aborde pas les méfaits de la mondialisation et de l'Europe, en appelant au protectionnisme.

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Laurent Mauduit prend le parti de Jean-Luc Mélenchon dans un article très virulent de Mediapart intitulé "Compétitivité : Gallois plagie le patronat avec l'aide de l'UMP". Je ne suis pas d'accord avec cette vision paranoïaque des entreprises, comme s'il s'agissait d'un complot des capitalistes pour asservir le pauvre peuple. Je regrette que l'article de laurent Mauduit ait pris cette posture d'attaque personnelle de Louis Gallois et même d'un de ses collaborateurs étiqueté UMP, de même que désignant un plagiat de propositions déjà faites par des patrons, des "officines". Il aurait été plus constructif de réfléchir vraiment au diagnostic exprimé sur la dégradation de notre industrie et sur les mesures à prendre, ainsi que leur financement, sans nier l'effort à faire par tous.

Il faut être plus nuancé et regarder la réalité dans faire de déni, de même qu'il ne faut pas gober de faux arguments visant à nous faire avaler des couleuvres.

J'ai lu le rapport et le trouve de très bonne qualité, clairement exprimé, avec un bon diagnostic, des chiffres clés, parlant de "coopération" (en visant le bien commun, l'intérêt du pays, de nos emplois et non simplement de compétition, bien que manquant de quelques arguments pédagogiques et de quelques chiffres en annexe, pour expliquer :

- que le coût du travail est de même niveau qu'en Allemagne et n'explique pas la dégradation de compétitivité, qui s'explique plus par les facteurs hors-coût ;

- qu'il y a bien néanmoins un problème de faiblesse des marges de nos entreprises françaises (le rapport rappelle bien p.10 qu'elles ont baissé, passant de 30% à 21% en 11 ans tandis qu'en Allemagne elles ont augmenté de 7 points, se répercutant sur la capacité d'autofinancement des entreprises (passant de 85% à 64% en France contre près de 100% en moyenne en zone euro et même légèrement plus en Allemagne).

- Or l'investissement en R&D et en appareil productif dépend de cette capacité d'autofinancement, donc la France prend du retard et a plus de mal à monter en gamme, en qualité supérieure, en produits innovants. Par ailleurs les entreprises dépendent plus des banques pour se financer à une période où il y a des restriction de crédit, où les normes de Bâle sont plus contraignantes pour les banques, leur demandant plus de fonds propres et plus d'exigence en liquidité, ce qui fragilise nos entreprises.

- à coût du travail égal, les Allemand fabriquent du plus haut de gamme et des produits à plus forte spécialité, notamment en machines-outils qui équipent les pays émergents. Grâce à cela, ces produits sont vendus plus chers que les nôtres, d'où les meilleures marges. Ils ont une meilleure stratégie, n'ont pas hésité à délocaliser de productions simples notamment dans l'Europe de l'Est (qui parle allemand, ce qui facilite la sous-traitance) tout en gardant chez eux l'assemblage et le travail spécialisé à valeur ajouté et le savoir-faire. Ils ont un meilleur dialogue social, les syndicats arrivent mieux à discuter avec les patrons en coopérant, alors que les nôtres restent sur des postures politiques face à des patrons aussi moins conciliants. Ainsi les Allemands ont rapidement décidé des mesures de chômage partiel pour passer la crise de 2009 puis ont repris leur production en ayant gardé les compétences, alors que des entreprises françaises ont dû fermer ou n'ont pas pu reconstituer leurs compétences une fois la crise passée.

- ainsi, la proposition de Gallois de quand-même baisser le coût du travail dans ces conditions pour que les entreprises puissent reconstituer leurs marges  ou baisser leur prix à l'export, est une solution de court terme, en attendant de pouvoir plus investir en innovation pour monter en gamme, ce qui prend quelques années. Mais irrémédiablement, ce transfert vers la CSG (2 points) touche le pouvoir d'achat des salariés, des retraités, des épargnants. Si on augmente les salaires pour compenser la perte tout en imposant plus les retraités et les épargnants, cela veut dire que les retraités et les épargnants subissent le coût de ces dispositions (il faut alors réhausser le minimum vieillesse, les petites retraites). Si le transfert se fait vers la TVA, ce sont les consommateurs ... On peut éviter la TVA à taux réduits (alimentaire notamment) mais cela touchera forcément les populations fragiles, défavorisées, les pauvres et aussi les classes moyennes.

- le gouvernement est gêné par cette proposition et a proposé de la contourner avec l'idée du crédit d'impôt de 20 mds, mais tout cela est toujours du transfert de charge qui in fine se traduira par une dégradation du pouvoir d'achat des ménages, ou alors une réduction complémentaire de la dépenses publique. De plus il s'agit encore d'une "usine à gaz", d'une sorte de niche fiscale, ce qui complique les choses, comme l'ont critiqué François Bayrou et Gilles Carrez de même que Thomas Piketty. Il aurait fallu à mon avis comme l'a proposé A.Montebourg concentrer ces mesures en ciblant des secteurs d'activité et des types d'entreprises (PME innovantes et ETI exportatrices) en exigeant une contrepartie (investissement de l'entreprise et préservation des emplois). 

- la population acceptera mieux cet effort, ce sacrifice, si en même temps on agit positivement sur son pouvoir d'achat, par exemple sur le logement. A coût du travail égal et donc à revenus en moyenne égaux, avec même niveau de prestations sociales (même si la part des assurances privées est plus forte en Allemagne), les Allemands vivent mieux car leur logement (en location ou à l'achat) est 2 à 3 fois moins cher ! Du fait de la cherté du foncier en France et d'une moindre répartition de l'urbanisation sur le territoire français.

- la population accepterait aussi mieux l'effort si les grands patrons montraient l'exemple, au lieu de s'augmenter de 38% comme l'an dernier. Celà donne une mauvaise image des patrons et des entreprises, alors que la plupart des entreprises sont des PME avec des patrons qui n'ont pas ces revenus là.

Remarquons que beaucoup de propositions de ce rapport avaient été déjà faites par François Bayrou dans sa campagne présidentielle et dans son livre "Etat d'urgence", propositions auxquelles j'adhère (Small Business Act, plus de souplesse dans le droit du travail, le contrat CDI et la durée légale du temps de travail , mise en réseau des entreprises, stabilité fiscale et maintien du crédit impôt-recherche,doublement des postes en apprentissage,accord de chômage partiel en cas de baisse d'activité momentanée, rapprochement des entreprises et des organismes de formation et universités, salariés au CA des entreprises, ...).

Ajout le 7 novembre 2012 :

Il manque un autre éclairage au rapport Gallois, que nous rappelle Guillaume Balas, président du groupe PS à la région Île-de-France, dans un article publié sur Mediapart, "Compétitivité: ce n’est pas le coût du travail qui est élevé, mais le coût du capital !".

Il dit : "L’idée que les entreprises ne sont plus en mesure d’investir en raison d’un coût du travail trop élevé ne résiste pas à l’analyse : dans la même période, c’est la rémunération des actionnaires qui a bondi. Les dividendes ont atteint leur niveau le plus élevé depuis l’après-guerre, avec 9% de la valeur ajoutée contre 2.5% au début des années 1990 !"

Même si le diagnostic du rapport Gallois est juste et que les marges des entreprises se sont réduites fortement, ainsi que la capacité d'autofinancement et donc d'innovation, d'investissement en R&D, il manque l'éclairage sur la décomposition de l'EBE et la part distribuée aux actionnaires (en distinguant aussi les grandes entreprises et les PME). 

C'est aussi rappelé dans un autre article de Mediapart :

[si le coût du travail est un thème récurrent, en revanche le coût du capital n’est jamais évoqué. Pourtant, la part dévolue aux actionnaires a crû dans des proportions considérables en France ces douze dernières années : les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 9 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières, niveau historique record depuis la Seconde Guerre mondiale, contre 5,6 % en 1999. Dans un avis rendu en 2011, le Conseil économique, social et environnemental notait que les dividendes étaient en France « plus élevés que la moyenne européenne » : « Pour la période 2006-2009, si le résultat après impôt de nos sociétés non financières se trouve – avec 37,5 % de l’excédent brut d’exploitation (EBE) en 2009 – sensiblement dans la moyenne des autres pays européens, les ‘dividendes et autres revenus distribués’ (24,7 % en 2009) sont parmi les plus élevés de l’Union européenne »[5]. L’autofinancement disponible pour les investissements productifs s’en est trouvé réduit d’autant : il se situe en France parmi les plus bas d’Europe. La complainte patronale sur le coût du travail passe sous silence le fait que la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires du capital affaiblit leur capacité à faire face à tous les aspects de la compétitivité, notamment la modernisation et l’intégration des nouvelles technologies.]

Mais au delà de cet éclairage sur la Valeur Ajoutée, il faut regarder l'EBE (l'Exécent Brut d'Exploitation) qui est après paiement des salaires et des impôts : L'EBE permet à la fois de rémunérer sur le court terme les apporteurs de capitaux (banquiers et actionnaires), en leur versant les dividendes et les intérêts bancaires de l'année, et aussi de développer l'entreprise en investissant.

J'ajouterai que l'évolution des dividendes en valeur absolue et aussi en part de la valeur ajoutée ne veut rien dire si on ne rapporte pas ces dernier aux fonds propres de l'entreprise. Si les dividendes doublent à fonds propres constants, la rentabilité de l'action double. En revanche si l'entreprise s'est recapitalisée, à doublé ses fonds propres pour faire face à la croissance ou pour solidifier l'entreprise, pour maintenir une rentabilité constante pour l'actionnaire elle devra verser deux fois plus de dividendes en valeur absolue. Ce peut être l'explication de cette augmentation de la part de la rémunération du capital dans la valeur ajoutée, surtout si l'entreprise s'est désendettée et a préféré faire appel aux capitaux.

Le rapport aurait dû aussi parler de l'attrait de la France pour les investisseurs étrangers (notre coût du travail ne les effraie pas) : voir cet article : 
Compétitivité: Ces entreprises étrangères qui choisissent la France"
"En 2011, les étrangers ont décidé 700 nouveaux projets en France, selon l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII). L’Hexagone est même le pays d’Europe qui attire le plus d’implantations industrielles. " 

Voir cette intéressante analyse : http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2010/10/dividendes.html

Screenshot - 21_10_2010 , 20_50_16

Source : INSEE

Screenshot - 23_10_2010 , 13_24_43

 Source : INSEE ; part des dividendes, des intérêts et de l'impôt sur les sociétés dans la valeur ajoutée des sociétés françaises.

On observe que la part des dividendes dans la Valeur Ajoutée a augmenté en même temps que la part des intérêts a fortement chuté. En revanche la part des salaires dans la Valeur Ajoutée est restée stable depuis 1984. En valeur absolue, les versements annuels de dividendes en France sont passés de 55 Mds€ annuels en 1990 à 120 Mds€ en 2000 puis 230 Mds€ environ sur 2007/2008/2009. En même temps les entreprises se sont désendettées après s'être fortement endettées à taux élevés à partir du choc pétrolier jusqu'en 1983 (pic d'endettement).

2volution du partage de la Valeur Ajoutée

 Valeur-ajoutee-international.jpg

 

Screenshot - 23_10_2010 , 17_53_10

Source : INSEE 

Graphique associé

Voir Taux de marge et taux d'investissement des sociétés non financières en 2011 (INSEE)

Voir Principaux ratios des entreprises non financières en 2010

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Voir également :

 Pacte Ayrault: ces mesures qui sont passées inaperçues (La Tribune)

 Le crédit d’impôt aux entreprises, une usine à gaz ? (Libération)

 Crédit d'impôt, TVA..., la nouvelle donne fiscale pour les entreprises (L'Express)

""En contrepartie du crédit d'impôt accordé, le gouvernement souhaite que les entreprises s'engagent à utiliser ce bonus fiscal pour investir, former, améliorer la qualité de leurs produits et services, embaucher et augmenter leurs dépenses de R & D. Un suivi de l'utilisation de ces fonds sera assuré par les représentants des salariés dans les conseils d'administration et par les comités d'entreprise qui rendront un avis."

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Tous les commentaires

Bonsoir Marie-Anne Kraft,

Je suis venu voir votre billet par curiosité pour connaître la position d'une personne du centre de l"échiquier politique... Je veux avoir une approche sans a priori donc...! Mais pardon d'être brusque dans le commentaire qui suit..., car il vient d'un sentiment d'incompréhension devant de fausses évidences que soulève ce rapport Gallois et que vous défendez quand même.

21 % de marge et il faudrait les plaindre...? rappelez tout de même que ce chiffre est une moyenne. De fait en temps que moyenne, il doit y avoir de sacré distorsion entre les valeurs supérieures n'embauchant pas et les valeurs inférieures ne pouvant embaucher

Après le sauvetage des banques et autres institutes financières de leurs pertes aussi folles qu'irresponsables..., laissons les tranquille pour qu'elles continuent à s'engraisser copieusement...? Dans les propositions 17, 18 et 19 de ce rapport, ou sont les chiffres de leurs santés financières qui vous permettent de dire cela..? Nul part dans ce rapport "parfait" selon vous n’apparaît une telle mise en perspective pour mesurer l'ampleur des distorsions entre les crédits avant et après crise. Est ce honnête intellectuellement de prétendre sans preuve de telle vérités d'opinions...?

L'irresponsabilité de ces financiers n'est elle pas dans le fait que les même personnes et pratiques sont encore bien en place dans certaines institutions sans qu'aucune enquêtes ou remise en cause soit proféré de la part des politiques se devant de défendre l'intérêt général du peuple devant payer les 1700 milliards de dettes publiques....? N'est ce pas ce silence gravitant autour de cette affaire de la "compétitivité" qui est révélateur d'une certaine omerta intellectuelle sur tous les facteurs économiques de cette problématiques...?

Et que pensez vous du trou de plus de 15 milliards dans le financement paritaire de l'UNEDIC, devant verser les prestations chômage aux demandeurs d'emploi croissant..., tant dans ce climat de crise ou l'on demande des sacrifices à des gens qui aimeraient avoir quand à eux-elles ces 21% ou 38% de leur revenus dans leurs poches, que dans ce climat ou l'argent paye et légitime tout les lobbying même les plus grossier et grotesque...?

 

 

 

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