Partis européens : pourquoi pas directement ouverts aux citoyens ?

L'Europe mal-aimée, insuffisamment démocratique, éloignée des citoyens, bouc émissaire des dirigeants des Etats qui l'accusent de décisions qu'ils ont eux-mêmes approuvées, ... Que faire pour rapprocher les citoyens européens de l'idéal européen et leur permettre de s'impliquer sans les décisions ? Et si on commençait par leur permettre une adhésion directe à des partis européens et instaurer une plate-forme collaborative leur proposant avec méthode de contribuer et de réagir aux décisions ?

L'Europe mal-aimée, insuffisamment démocratique, éloignée des citoyens, bouc émissaire des dirigeants des Etats qui l'accusent de décisions qu'ils ont eux-mêmes approuvées, ... Que faire pour rapprocher les citoyens européens de l'idéal européen et leur permettre de s'impliquer sans les décisions ? Et si on commençait par leur permettre une adhésion directe à des partis européens et instaurer une plate-forme collaborative leur proposant avec méthode de contribuer et de réagir aux décisions ?

Il faut d'abord rappeler le fonctionnement de l'Europe. Certes, il paraît complexe : la législation s'articule autour des trois instances que sont la Commission européenne (28 commissaires représentant l'intérêt général), le Conseil de l'UE (28 ministres représentant les Etats membres) et le Parlement européen (766 députés représentant les citoyens européens) :

- la Commission européenne a l'initiative des lois et doit également se charger de leur bonne application (pouvoir exécutif)

- le Parlement européen et le Conseil européen se partagent le pouvoir législatif (vote des lois) avec des navettes entre eux en 1ère, 2ème et 3ème lecture.

L'UE a un fonctionnement démocratique et diffuse sur internet tous les documents ainsi que les vidéos des séances parlementaires et des commissions de travail. Peu de gens le savent et il est difficile de suivre tous les sujets sans synthèse appropriée. Le problème étant que la synthèse que les citoyens sont en droit d'attendre dans les médias nationaux est rare, pauvre et confuse. On ne sait pas toujours où en est une loi : proposée, en cours de discussion ? Votée mais pas appliquée ? Même les journalistes s'y perdent et utilisent évasivement le terme générique de "Bruxelles", entendu comme "La Commission européenne". Il faudrait un minimum d'information dans la presse nationale, par exemple une page par semaine qui décrive l'actualité européenne, l'agenda, les futures discussions, les enjeux, les décisions prises et où elles en sont. En attendant le citoyen peut aller chercher l'information, s'abonner à des Newsletters comme Euractiv.fr ou Contexte, ou à des pages de journalistes spécialisés comme "Les coulisses de Bruxelles" par Jean Quatremer ou encore suivre l'activité de certains députés européens sur leur site officiel.

Les députés siègent en groupes politiques; ils se regroupent non par nationalité mais en fonction de leurs affinités politiques. Il y a actuellement 7 groupes politiques au Parlement européen. Pour composer un groupe politique, le nombre de députés nécessaire est de 25, élus dans au moins un quart des Etats membres de l’Union Européenne. Il est interdit d'adhérer à plusieurs groupes politiques. Certains députés n'appartiennent à aucun groupe politique et dans ce cas, ils font partie des non-inscrits.

politicalgroups.jpg

Ces groupes sont à distinguer des partis politiques européens, qui portent des valeurs communes et suivent un programme politique commun, dont les membres sont des partis nationaux et des députés représentés dans plusieurs États membres. Il n'y a pas aujourd'hui d'adhésion directe des citoyens européens aux partis européens. Ces partis reçoivent une subvention de l'UE.

Résumons : pour s'engager sur la politique européenne, un citoyen européen est donc invité à le faire via les partis nationaux et donc déléguer les actions et décisions aux parlementaires de ces partis. Ce qui fait beaucoup d'intermédiaires. Sa parole n'est pas forcément entendue et relayée. Les choix du groupe parlementaire européen soutenu par son parti national ne lui convient pas forcément ou du moins partiellement. Et s'il n'a pas envie d'adhérer à un parti national mais souhaite quand même s'engager sur la politique européenne ?

Sinon, il peut aussi s'engager dans des associations comme le Mouvement européen, qui a des antennes nationales et des sections locales (Jean-Marie Cavada vient d'être réélu président pour trois ans pour la France).

Ce serait donc peut-être une bonne idée de proposer que les citoyens européens puissent directement adhérer aux partis européens et donner leurs avis ou contributions, pourquoi pas même directement sur le site de l'Union européenne, grâce à une plate-forme collaborative et des forums thématiques suivant l'actualité (par exemple en ce moment sur l'accord transatlantique de libre échange). Bien sûr le risque est que ces forums soient envahis pas les eurosceptiques et même anti-européens, ce qui donnerait une vision très orientée de la parole citoyenne. Alors que faire ? D'abord il faut non seulement des outils, avec l'utilisation d'internet, mais aussi une méthode. Le bureau d'étude ODIS (Observatoire du Dialogue et de l'Itelligence Sociale), qui va bientôt sortir une actualisation de son étude sur "l'état social de l'Europe", propose une méthode collaborative innovante, que j'ai déjà expérimentée dans des forums organisés par l'Odissée. Il faut s'en inspirer.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.