Comment faire une union nationale sans les partis ou en les transcendant ?

Le pays paraît bloqué. Les partis sont en crise et ne sont plus majoritaires même avec leurs alliés habituels. Pour affronter les grands problèmes du pays, il faut l'adhésion du peuple et sortir de la politique habituelle de la compétition des partis, se recentrer sur les idées, les grandes lignes de priorités. Mais comment faire ?

Le pays paraît bloqué. Les partis sont en crise et ne sont plus majoritaires même avec leurs alliés habituels. Pour affronter les grands problèmes du pays, il faut l'adhésion du peuple et sortir de la politique habituelle de la compétition des partis, se recentrer sur les idées, les grandes lignes de priorités. Mais comment faire ?

L'idée de l'Union Nationale revient, comme en temps de grande crise, époques du Front Populaire ou de de Gaulle en 1958, ou du New Deal de Roosevelt. Certains prônent une "maison commune", d'autres une dissolution de l'Assemblée nationale. Mais en quoi une ré-élection serait-elle une solution et permettrait d'obtenir une majorité d'idées ? La Vème république avec son scrutin majoritaire favorisant la bipolarité et n'étant pas propice à une coalition pluraliste.

Au sein des deux partis majoritaires, l'UMP et le PS, des lignes opposées s'affrontent sur des idées de fond, notamment sur l'Europe, sur le rôle de l'Etat, sur la liberté des échanges commerciaux. Ces partis continuent de vouloir montrer une façade d'unité mais c'est artificiel. Ils pensent même à changer le nom de leur parti, mais à quoi cela servirait-il de ripoliner la façade si le sujet de fond n'est pas traité, si les citoyens ont perdu confiance, notamment du fait des promesses non tenues ?

Il y a risque de scission et en même temps la forte montée du Front National conduit à souhaiter un rassemblement pour ne pas diviser les voix, à gauche comme à droite, pour assurer la victoire. Mais si le Front National monte encore, il y a un risque potentiel qu'il l'emporte même au second tour si le parti arrivé en 2ème ne rassemble pas assez ou si son leader (par exemple N.Sarkozy ou F.Hollande) est si contesté que les détracteurs préfèrent encore s'abstenir.

Dissoudre l'Assemblée dans ces mêmes conditions institutionnelles ne servirait à rien.

Changer préalablement les institutions, notamment en introduisant une forte dose de proportionnelle (disons 50%) préalablement paraît difficile. Il faudrait le décider par référendum car les parlementaires actuels n'accepteraient pas de le décider puisque cela va à l'encontre de leur propre intérêt de renouvellement de leur mandat. Et il faudrait une majorité qualifiée des 2/3 du Parlement. François Bayrou l'avait proposé en 2012 en même temps que le premier tour des législatives, c'était en effet la seule solution. Faire un référendum en cours de mandat est plus difficile, car en général utilisé par les citoyens pour manifester une désapprobation au gouvernement. Donc impasse. Notons aussi qu'instaurer de la proportionnelle revient à élire des parlementaires sur liste, donc à nouveau accepter un pouvoir des partis de placer les personnalités ayant déjà le pouvoir dans les partis et pas forcément les plus compétents ou ceux que les citoyens préfèrent, ce n'est pas propice au renouvellement.

François Bayrou avait également averti sur l'importance de dire la vérité aux Français, ne pas leur raconter d'histoires ou leur faire de fausses promesses sur la courbe du chômage ou des envolées démagogiques comme "Mon ennemi, c'est la finance !". François Hollande savait qu'il ne disait pas la vérité et qu'il appliquerait un politique différente une fois au pouvoir. Bien des réformes engagées ont fait l'objet de renoncement ou d'affadissement (non cumul des mandats, réforme territoriale, réforme de l'éducation focalisée sur les rythmes scolaires et le recrutement de postes sans résoudre l'illettrisme...). Il avait confié à des proches « On ne conduit pas un enfant chez le dentiste en commençant par lui dire qu’il va avoir mal » (Voir article intitulé "Déni(s) de réalité", par Laurent Neumann, dans le Marianne n°795 du 13-20 juillet 2012 page 6). C’était entretenir volontairement l’illusion pour gagner l’élection, quitte à s’exposer ensuite à des désillusions une fois l’élection passée, à la déception des Français face aux promesses non tenues, donc à une perte de confiance des citoyens, aboutissant à la désertion des urnes et à l’impuissance du gouvernement. 

Partagé entre les promesses intenables de l'un et la vision intolérable d'une France divisée et xénophobe de l'autre, entre la peste et le choléra, François Bayrou avait choisi le premier à ses risques et périls (perte de son mandat de député). Constatons qu'à nouveau il avait raison sur les défauts de l'un et de l'autre, de même que sur la néccesité de la moralisation politique et d'évolution des institutions.

Mais quel paradoxe de s'opposer à ces partis tout en prônant un rassemblement, la faculté de travailler ensemble ? Manifestant bienveillance à l'égard d'Alain Juppé d'un côté, à l'égard de Manuel Valls de l'autre, donc à des personnalités politique du même parti que Nicolas Sarkozy pour l'un, que François Hollande pour l'autre, François Bayrou n'est pas toujours compris. Certains et y voient un rassemblement de personnes plutôt que d'idées, de projet. Pourtant, ces personnalités politiques paraissent d'accord sur des priorités essentielles du pays, sur des réformes à faire pour redresser les finances publiques, libérer les créations d'emplois par une politique de l'offre favorable aux entreprises, rendre l'Europe plus forte et plus cohérente, tout en maintenant le pacte social, préserver notre protection sociale tout en responsabilisant les bénéficiaires. Les Français le sentent bien, il faut se mobiliser sur l'essentiel et une majorité existe potentiellement pour mener une politique et défendre des actions qui transcendent les partis. Mais on ne sait pas comment s'y prendre.

Le journaliste Christophe Barbier lançait récemment un appel à réaliser le "Rassemblement des Républicains Réformateurs Raisonnables" :
"Il est grand temps de réaliser les quatre "r" pour changer celui, irrespirable, qui étouffe la France. Ils forment une alliance qui va d'Alain Juppé à Manuel Valls, en passant par Jean-Louis Borloo, François Bayrou et quelques écologistes, tous d'accord sur l'essentiel. "

Lors de la rencontre à Pau avec Manuel Valls, François Bayrou a déclaré : "Désormais aucun parti ne pourra gouverner seul". Mais ce rassemblement de plusieurs partis ne peut pas se faire par une coalition d'appareils, par un accord entre dirigeants de ces partis. François Bayrou dit qu'il est indispensable d'avoir l'adhésion du peuple pour gouverner.

Comment résoudre cette quadrature du cercle ?

Serait-il envisageable d'organiser un référendum directement sur quelques points fondamentaux de ligne politique ? Ces points porteraient sur l'Europe et l'euro, sur le rôle de l'Etat et des collectivités locales, sur la préservation du pacte social et sur ses conditions de fonctionnement, sur le principe de bonne gestion des finances publiques et la responsabilisation vis à vis des générations futures, sur le financement de notre dette publique, sur des réformes (retraites, sécu, chômage, droit du travail), sur le réchauffement climatique et la nécessité de respect environnemental, sur la lutte contre les paradis fiscaux et pour l'harmonisation fiscale européenne, sur la refondation de l'école, sur le contrôle de l'immigration et l'intégration, sans oublier des points de moralisation politique ... restent les points sociétaux qui sont sources de division (euthanasie, procréation assistée...).

Une fois une majorité d'idée se dégageant de ce questionnaire, pour marquer le soutien de la population à des priorités, il s'agirait de voter pour des personnes qui incarnent les points ayant obtenu une majorité, pour choisir les gouvernants appliquant cette politique.

Est-ce possible ? Pas facile de l'organiser, ni de se mettre d'accord sur les questions posées, ni de garantir une cohérence entre les questions posées...

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