Les faux comptes de l'UMP pourraient mettre le parti en faillite

Même si l'enquête se poursuit afin d'établir toutes les responsabilités et répondre à toutes les questions notamment celles de "à qui profite le crime", il est maintenant certain que l'UMP a établi une fausse comptabilité, a organisé des conventions bidons, payé des prestations inexistantes ou surfacturées, de même que des formations fantômes également bidons ou surfacturées.

Même si l'enquête se poursuit afin d'établir toutes les responsabilités et répondre à toutes les questions notamment celles de "à qui profite le crime", il est maintenant certain que l'UMP a établi une fausse comptabilité, a organisé des conventions bidons, payé des prestations inexistantes ou surfacturées, de même que des formations fantômes également bidons ou surfacturées.

(Article mis à jour le 18 juin 2014 et le 23 juin 2014)

Au total, les malversations présumées de Bygmalion qui auraient bénéficié au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 se monteraient à 17 millions d'euros d'après un document révélé par Mediapart.

On parle du risque encouru par les protagonistes : le parquet de Paris a ouvert le 5 mars une enquête préliminaire pour établir d’éventuelles infractions d’abus de biens sociaux ou d’abus de confiance. Les créateurs de Bygmalion, Bastien Millot et Guy Alvès, sont concernés, Jérôme Lavrilleux (fraichement élu député européen il bénéficie d'une immunité parlementaire), mais aussi toute personne mise au courant de l’équipe de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2012. Si l’enquête va à son terme, la peine maximale est de cinq ans de prison et de 375 000 euros d’amende pour abus de bien social. Il est probable que la justice ouvre des enquêtes supplémentaires sur d'autres délits présumés. Dans ce cas, M. Copé, voire M. Sarkozy, pourraient être inquiétés – ainsi que ceux qui ont participé à la campagne.

Mais on parle moins du risque financier que peut également courir l'UMP, si l'Etat demande au parti de rembourser l'argent public directement versé à l'UMP ainsi que les 60% de déduction fiscale octroyés aux donateurs rapportés au montant des (au moins) 17 millions visés, ceci sans compter de pénalités qui pourraient également être réclamées. Certains essaient de contrer cet argument, évoquant l'incertitude du nombre de donateurs de l’UMP qui ont réellement déduit leur don de leur déclaration de revenus, et osant prétendre que s'ils n'avaient pas fait ce don à l'UMP, ils auraient pu le faire à une autre cause, elle aussi déductible fiscalement (don à une association caritative, par exemple). Enfin, si la campagne de Nicolas Sarkozy n’avait pas vu son remboursement invalidé, le candidat aurait touché 11 millions d’euros de remboursement (l'équivalent du montant chiffré des malversations). Cela ne tient assurément pas !

A combien se chiffre le montant d'argent public ayant financé ces dépenses illicites, que l'UMP devrait rembourser ?

D'après cet article qui reprend les chiffres des comptes 2012 de l'UMP publié au Journal officiel? l'UMP bénéficie en 2012 de 30,1 millions d'euros de financement public direct représentant 52% des recettes de l'UMP (donc sur 57,9 M € de recettes totales) et par ailleurs de 9,4 M de dons direct de personnes physiques  (qui bénéficient d'une déduction fiscale de 60%, soit 5,64 millions d'euros de manque à gagner de l'Etat), de 5,6 M € de cotisations des adhérents bénéficiant aussi de cette déduction fiscale pour les adhérents payant l'impôt, et par ailleurs de 1,5 M € de contribution des élus (3% de leurs indemnités, passé à 5% en 2013). Ce qui donne un total d'au moins 35,7 millions d'euros de dépenses publiques (directes et indirectes) et donc une véritable part du financement public de 61,66% du montant total des recettes de l'UMP. Si on applique à ces 17 millions le prorata de financement public de 61,66%, on arrive à. 10,3 millions

Au delà des poursuites pénales qu'encourent les personnes responsables de ces malversations financières, il serait logique que l'Etat réclame à la personne "morale" UMP le remboursement de ces deniers publics. Les citoyens ne comprendraient pas qu'il renonce à cette exigence, alors qu'il leur demande à tous des efforts, des économies et des hausses d'impôt pour réduire le déficit public. C'est également une exigence morale pour une république exemplaire. Si les parlementaires, censés contrôler la dépense publique, ne l'exigent pas, une pétition citoyenne d'envergure serait à envisager.

Un redressement de ce montant, ajouté à un déficit record et à une dette cumulée abyssale, risquerait de précipiter le parti vers la faillite. Les adhérents et sympathisants donateurs qui avaient accepté de débourser 11 millions déjà pour le Sarkothon, ne seront pas enclins à se saigner à nouveau pour financer des déficits dus à des malversations et vont même être nombreux à rendre leur carte, rendant de plus en plus improbable la capacité du parti à rembourser ses dettes. Selon l'UMP, la dette de l'UMP s'élèvait fin 2013 à 72 millions d'euros, soit 44 millions de dette courante et 28 millions de dette immobilière.

Toujours selon l’UMP, la valeur de l’immeuble du siège se chiffre aujourd’hui à 45,3 millions d’euros. Le coût de l’opération immobilière a tourné autour de 40 millions d’euros, à parts égales entre l’acquisition et les travaux (financé par un emprunt de 32 millions d'euros contracté sur une période de 13,5 années) donc sa vente ne suffirait pas à combler ses dettes. La vente du siège permettrait de rembourser les principaux créanciers bancaires (Banque Populaire et BNP) à qui l'UMP doit 44 millions sur un prêt initial de 55 millions mais, privée de siège, l'UMP devrait aquitter un loyer pour disposer d'autres locaux, et il reste encore une dette résiduelle importante à rembourser ...

Oui, la menace de faillite de l'UMP est réelle.

http://lepigiste.fr/wp-content/uploads/2013/07/UMP-faillite.jpg

 

Les finances de l''UMP en quelques chiffres
(2012, chiffres extraits du Journal Officiel et repris par cet article , en attendant la publication 2013)

Budget : 97,9 millions d’euros

Principales recettes*

- Financement public : 30,1 millions d’euros
- Dons de personnes physiques : 9,4 millions d’euros

Principales dépenses*
- Propagande et communication : 33,3 millions d’euros

Résultat 2012 : - 39,6 millions d’euros

Dette cumulée
: 108,5 millions d’euros

Entre 2011 et 2012, l’enveloppe consacrée à l’événementiel, la communication et les déplacements a presque triplé à l’UMP, la portant à un niveau cinq fois plus élevé qu’au Parti socialiste

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