« Faire de la politique autrement », mais comment ?

L’expression a été bien galvaudée, au point d’être vidée de sa substance. Elle a été prônée par des personnalités politiques, comme François Bayrou et Corinne Lepage, ainsi que Ségolène Royal avec « La démocratie participative ». Nicolas Sarkozy essaie de s’y mettre en promettant de la démocratie dans son parti en rénovation et en prônant un appel plus fréquent au référendum. Elle a aussi été reprise par des groupes politiques dits « citoyens », comme Nouvelle Donne et Nous Citoyens, mais qui tombent dans les mêmes travers que les partis traditionnels en participant au système. 

L’expression a été bien galvaudée, au point d’être vidée de sa substance. Elle a été prônée par des personnalités politiques, comme François Bayrou et Corinne Lepage, ainsi que Ségolène Royal avec « La démocratie participative ». Nicolas Sarkozy essaie de s’y mettre en promettant de la démocratie dans son parti en rénovation et en prônant un appel plus fréquent au référendum. Elle a aussi été reprise par des groupes politiques dits « citoyens », comme Nouvelle Donne et Nous Citoyens, mais qui tombent dans les mêmes travers que les partis traditionnels en participant au système. 

En effet, comment changer le système en en faisant partie ? Comment faire voter par les députés ou les sénateurs une suppression de leurs postes et avantages, ou encore l’interdiction du cumul des mandats ou leur limitation dans le temps ?

Certes, il est possible sous la pression populaire, d’indiquer des intentions (difficiles ensuite à mettre en œuvre…), ou de procéder à certains équilibrages (parité aux élections départementales), ou d’impliquer plus souvent le citoyens dans les forums ou débats d’idées, par exemple sur les problématiques sociétales, de même qu’avoir recours plus souvent au référendum. Il est possible aussi de s’attaquer à la structure institutionnelle en prônant une réforme constitutionnelle, avec plus de proportionnelle au scrutin législatif pour représenter plus fidèlement les courants d’opinion, de même qu’imposer plus d’éthique et de transparence aux élus, lutter contre les conflits d’intérêts. Là aussi néanmoins on se heurte encore à la capacité de le faire via un vote par des élus qui de fait seraient eux-mêmes pénalisés, d’où l’idée de François Bayrou de le faire par référendum suivant une élection présidentielle.

Mais il faut réfléchir plus profondément à ce qui mine la politique et l’implication citoyenne, comme en témoignent la désaffection des urnes et la très mauvaise opinion des Français sur les partis politiques. Un tout récent sondage montre que 9 Français sur 10 ont une mauvaise image globale des partis politiques, il y a même une détestation des partis. Pourquoi ?

  • Les Français ne se sentent plus représentés par les partis. Cela vient en partie du fait que les élus, notamment les députés et les sénateurs, ne représentent pas la diversité du pays en termes de parité, d’âge, de catégories socio-professionnelle, et en partie du problème lié au scrutin majoritaire favorisant la bipolarité et donc la non représentation de presque la moitié des électeurs au parlement. Mais si on instaurait la proportionnelle, elle se ferait par scrutin de liste, donc donnerait aux partis le pouvoir de nommer les heureux élus en les plaçant en tête de liste. Pour que cette nomination soit démocratique, il faudrait procéder à des primaires internes aux partis, qui excitent la compétition et la division interne, souvent en favorisant le candidat le plus dur, le plus opposé au parti concurrent donc ne favorisant pas ensuite l’attitude coopérative avec les autres partis une fois élu.
     
  • Les partis qui autrefois représentaient clairement des idéologies ou modèles de sociétés différents (libéralisme/communisme) ne sont plus clairement identifiés sur des lignes politiques et économiques et cherchent à maintenir artificiellement les clans sur des clivages répondant à des sujets sociétaux ou accessoires (mariage pour tous, euthanasie, découpage territorial des régions, rythmes scolaires, réforme du collège…). La politique économique du gouvernement PS ne diffère pas beaucoup de celle de l’ancien gouvernement UMP. Les lignes de clivage réellement structurantes comme l’Europe/l’euro (en sortir ou la renforcer), la protection sociale, ou encore la politique économique (austérité/dette, compétitivité/dépense publiques) traversent les partis en leur sein. Souvent, le citoyen n’est pas d’accord avec toutes les propositions ou idées mises en avant par un parti. S’il approuve certaines idées du PS, des Verts, du MoDem, de l’UMP/Républicains sans être d’accord d’un bloc sur tout avec un parti, que fait-il ? Pour qui vote-t-il ?
     
  • Les personnalités politiques ont souvent menti aux électeurs, en ne traduisant pas en actes leurs promesses ou en prenant des décisions pourtant non annoncées. Ceci est valable pour les différents mandats, celui d’Hollande comme celui de Sarkozy. Il y a donc une perte de confiance.
     
  • Les Français ont l’impression que les élus sont des profiteurs du système, qu’ils ont professionnalisé la politique. Nombreux sont ceux qui vivent de leurs mandats depuis des années, au point de ne plus avoir pied dans la vie économique réelle en cas de fin de mandat. Ils peuvent donc être plus motivés à se faire réélire et à défendre leurs intérêts particuliers, à adopter des attitudes clientélistes, qu’à défendre leurs convictions et leurs idées pour l’intérêt général du bien commun. On assiste également à un vieillissement de la classe politique parlementaire et à une connivence entre les élus et le secteur privé pour placer des personnes ou organiser le pantouflage.
     
  • Enfin, les citoyens ont l’impression de ne pas être consultés ni écoutés. Or il existe, notamment grâce à internet, un outil extraordinaire permettant de participer à des forums électroniques, de contribuer à des propositions, de voter pour favoriser la mise en avant de certaines idées, des priorités. Mais si les partis font chacun cet exercice (ce qui serait déjà un gros progrès !), ils restent dans leur logique, orientent les débats et les questions posées. Le seul moyen réellement utilisé pour tester l’opinion est aujourd’hui le sondage, avec des questions très simples, primaires, décontextualisées, voire orientées. Les responsables politiques les scrutent avec attention pour complaire à l’opinion, parfois à l’encontre de leurs convictions, pour être élus. C’est la démocratie d’opinion infantilisante, pas une démocratie adulte, consciente et responsable.

 

Il faut évoluer vers une forme de politique plus collaborative. Pour cela, plusieurs évolutions en profondeur s’avèrent nécessaires pour rendre la politique et la gouvernance du pays plus démocratique et plus responsable :

  • Faire participer les citoyens à de vrais débats d’idées, trans-partisans et leur permettre de voter directement pour les idées et les priorités, que ce soit à l’échelon local, régional, national ou européen. Encore faut-il que les idées soient cohérentes entre elles. Sinon une majorité des citoyens pourraient voter à la fois pour une augmentation des salaires, une baisse des impôts et des charges et pour plus de services publics et de protection sociale. Ce système ne se substituerait pas complètement au système de démocratie représentative mais le complèterait. Tous les citoyens pourraient prendre connaissance des préférences de la majorité d’entre eux ainsi que les questions ou problèmes soulevés, pour améliorer les propositions sur un deuxième passage. Puis des personnalités pourraient se porter candidates (maintien d’une démocratie représentative) pour représenter un ensemble d’idées dans une vision cohérente et en proposant un cap, un objectif et une façon d’y arriver. On verrait ainsi naître des majorités d’idées, de courants fondés sur des valeurs et sur des idées, plutôt que des partis comme aujourd’hui.
     
  • Donner aux citoyens les clés pour comprendre les sujets sur lesquels ils doivent réfléchir, contribuer, débattre et voter. Il faut plus de pédagogie et des outils de diffusion (internet). Car voter sans comprendre est dangereux.
     
  • Enfin il faut une méthode pour organiser le débat démocratique citoyen, pour faire interagir citoyens, experts ou professionnels, associations et syndicats, élus. Il existe des méthodes qui ont déjà fait leur preuve, j’ai eu la chance d’y contribuer et d’y participer avec par exemple ODIS et le réseau ODISSEE (voir mon article « ODIS : une démarche et une méthode pour appliquer la démocratie participative ».
    Il s'agit de :
    1. Entendre les grands témoins : les dits et les non-dits
    2. Comprendre l'identité collective, repérer et discerner les scénarios positifs et négatifs
    3. Donner à chacun son rôle dans la mise en œuvre du scénario le plus positif possible
    Odis utilise le « processus W » qui comporte 5 phases :
    1. L'appel à contributions
    2. Le traitement des contributions
    3. La réflexion collective sur les contributions
    4. Le recueil de réflexions complémentaires
    5. Le rapport global et les décisions
  • Le processus W - ODIS

 

L'émission "Mots croisés" sur France 2 du 15 juin 2015 a été consacrée à ce sujet :

Mots croisés : "La fin de la politique ou la politique autrement ?"

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