Plaintes d'une femme déçue

Pour les amoureux de la poésie et de l'art du contrepet, une splendide élégie à double lecture, composée par un professeur d'anglais à l'Université de Montpellier, un des meilleurs spécialistes de Shakespeare et contrepéteur de haute volée (ce dernier a tenu à rester anonyme). Comme me l'a précisé notre grand maître de l'art contrepétulant,  JOËLMARTIN, elle est parue dans Le Canard avant 1967 puisque Luc Etienne l'a incorporée dans son premier recueil "L'Album de la Comtesse" de 1951 à 1967, publié en 1967 par Pauvert et réédité en Poche. C'est un pur chef d'oeuvre.

Pour les amoureux de la poésie et de l'art du contrepet, une splendide élégie à double lecture, composée par un professeur d'anglais à l'Université de Montpellier, un des meilleurs spécialistes de Shakespeare et contrepéteur de haute volée (ce dernier a tenu à rester anonyme). Comme me l'a précisé notre grand maître de l'art contrepétulant,  JOËLMARTIN, elle est parue dans Le Canard avant 1967 puisque Luc Etienne l'a incorporée dans son premier recueil "L'Album de la Comtesse" de 1951 à 1967, publié en 1967 par Pauvert et réédité en Poche. C'est un pur chef d'oeuvre.

       Plaintes d'une femme déçue

L'hommage de leurs vers qu'à l'envi les poètes
À la femme déçue offrent toujours ardents
Flatte certes le but mais n'apaise la quête :
L'attente a des plaisirs qu'on ne fait qu'un moment.

Aussi, jouet des vents qui l’hiver me rudoient,
Sur des talus où vont se fanant mes appas,
En un dense réduit où je n’ai point de joie,
Veux-je conter ce don que Thyrsis bafoua.

Las ! Le pâle Thyrsis avait la mine austère :
Le sentant sur le banc près d’elle un peu tarder
L’amante bien des fois lui fit en vain la guerre
Ferme et froid cependant, jamais il ne doutait.

Pour voir se dénouer ce vœu, que de tendresse !
Que, docile à sa voix et promise à son lit,
J’eusse aimé dans ses bras m’adonner à l’ivresse !
Mais, le vin que j’offrais jamais ne le conquit.

Ses doigts pouvaient jouer aux fous entre mes tresses,
D’un vent hardi parfois copiant les effets :
Il fallait à mon but, d’autres riens, des caresses
Moins lourdes dont mon goût se fût mieux satisfait.

Aux livres confiée une peine farouche
Cède à des plaisirs doux qui lui prêtent un fard,
Mais l’ouvrage choisi quand j’abordai ma couche
Me fit perdre la te et je luttai sans art.

Certain jour, face aux bois, je me crus bien lésée :
Le vent sifflait, la chasse au loup battait son plein,
La bête bien tapie était près de l’orée :
Ah ! Que le son du cor semblait clair et prochain !

Voyant un nid offert sur la mousse allongée,
Je sentis tout en moi la peine qui fondait,
Quand presque quitte au but il m’a soudain laissée :
Il jouit de mon trouble et ne fit que passer.

« Achève, dis-je, et mets céans la vierge en terre !
Les couleurs de mon don te laissant sans émoi,
Accorde au moins ce but, cruel, à ma prière :
De ce fer qui fait mon envie, ah ! Perce-moi ! »

Il flétrit mes ave d’une parole amère :
Je priais pour gagner le plus mâle des sots !
D’un don coûteux je sus la cruelle misère :
Aux mythes pour le bien je renonçai tantôt.

Mais, que te mine un jour ta peine sur ces rives :
Ton cri restera vain ; ta voix clamant tes maux
Pour ce mal que tu fis à l’amante naïve
Ne trouvera de mont qu’attendrisse l’écho !

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A propos de la contrepèterie :

La contrepèterie est un jeu de mots consistant à permuter certains phonèmes ou syllabes d'une phrase afin d'en obtenir une nouvelle, présentant souvent un sens indécent masqué par l'apparente innocence de la sentence initiale. Citons Joël Martin qui se plaît à définir le contrepet comme « l'art de décaler les sons que débite notre bouche ». Joël Martin est par ailleurs physicien (ENS) et clarinnestiste (il se produit en concert). Il anime un blog contrepètulant sur Mediapart.

La contrepèterie était appelée antistrophe ou équivoque au XVIème siècle, ceci jusqu'au début du xxe siècle, où ces termes étaient également utilisés comme synonymes.

On a coutume d'attribuer la première contrepèterie à Rabelais (1494-1553), qui en 1532 dans le chapitre XVI de "Pantagruel" écrit ceci : "[...] Panurge disoit qu'il n'y avoit qu'un antistrophe entre femme folle à la messe, & femme molle à la fesse."

L'usage veut qu'on ne donne jamais la solution d'une contrepèterie, chacun devant la trouver lui-même (c'est même très choquant et déplacé de le faire). On dit qu'il faut être trois pour apprécier une contrepèterie : celui qui l'énonce, celui qui la comprend, et celui qui ne la comprend pas3.

C'est le son et non l'orthographe qui compte, et cette correspondance phonétique doit être stricte.

Le journal Le Canard enchaîné est célèbre pour sa sélection hebdomadaire de contrepèteries dans la rubrique intitulée Sur l'Album de la Comtesse. Créée par Yvan Audouard en1951, elle fut notamment reprise par Henri Monier puis par Luc Étienne à partir de 1957 et enfin par Joël Martin depuis 1984.

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