Corinne Lepage, coucou du MoDem prédateur de François Bayrou

La démission de Corinne Lepage du MoDem était attendue. La justification qu'elle évoque dans sa lettre aux militants du MoDem serait la gouvernance du parti, jugée selon elle insuffisamment démocratique, trop verrouillé par François Bayrou et son exécutif rapproché, ainsi que la stratégie uniquement au service de l'ambition présidentielle de son président. En revanche elle reste tout à fait en phase avec les valeurs et le projet, le contenu des idées développées par le MoDem.

898817-1062927.jpgCeci me rappelle la réaction de Jean-Marie Cavada, qui comme elle a été élu député européen grâce au MoDem (UDF à l'époque) et a claqué la porte en évoquant les mêmes raisons suite à son échec aux législatives, pour rejoindre le clan de l'UMP. Je savais qu'il avait des relations amicales et personnelles avec Nicolas Sarkozy, tout en soutenant apparemment François Bayrou qui critiquait fortement Nicolas Sarkozy et cela m'avait intriguée. Avec recul, j'ai compris qu'il était là pour surveiller François Bayrou et le planter au bon moment, là les municipales.

Proche de Bayrou, la sénatrice du Loir-et-Cher Jacqueline Gourault, a estimé que Corinne Lepage avait «profité des voix» du MoDem pour se faire élire eurodéputée en 2009, estimant que ce départ est «ce qu'il y a de plus moche dans la vie politique». «Corinne Lepage a été effectivement au début de la fondation du MoDem avec Cap21. Mais aussitôt qu'elle a été élue député européen, on ne l'a guère vue, elle a été totalement absente».

Il faut bien sûr s'interroger sur les raisons affichées de la défection, qui s'appuient sur une part de vérité certainement. Mais il faut aussi s'interroger sur les motivations réelles, au delà de celle affichées. S'agirait-il en politique d'une espèce volatile (à double sens, faute d'être loyale) du coucou qui squatte un nid pour s'y développer, y mettre ses oeufs, puis s'en retourner avec ses petits avec tous les avantages ?

Sur les raisons affichées, il y a une part de vérité sur la gouvernance : le Modem est dirigé par François Bayrou, qui en est le principal porte-parole, qui intervient s'il juge que des décisions ne sont pas bonnes (par exemple lorsqu'il souhaitait que Patrice Drevet fasse alliance avec le MoDem au 1er tour). Mais Corinne Lepage a toujours eu la parole dans la presse et les médias, elle s'est même permise des critiques depuis presque deux ans qui n'auraient pas été acceptées dans d'autres partis. Et c'est un atout aujourd'hui dans un parti, surtout pour les présidentielles, d'avoir un vrai leader. En revanche, sur le fonctionnement jugé insuffisamment démocratique, il y a certes toujours des choses à améliorer, mais il me semble que cela fonctionne bien. Les statuts et le règlements internes ont été conçus démocratiquement et votés par les militants, avec élections de représentants au Conseil national (parlement du MoDem), dans les Mouvements départementaux (Fédérations) et dans les sections. Ce réglement a été respecté. La constitution des listes pour les régionales a semé le trouble. Il était prévisible que le MoDem obtiennent moins de mandats d'élus, ne permettant pas le renouvellement des anciens et en plus il fallait faire la place aux nouveaux. Il n'était pas prévu de primaires pour les candidatures et le règlement prévoyait une consultation des Mouvements départementaux, ce qui a été fait. Les têtes de listes ont été approuvées par vote (certes un peu tardif car difficile de réagir en cas de refus des candidats ...).

Je constate surtout que Corinne Lepage a attisé la rebellion chez les militants depuis presque deux ans, depuis la création du MoDem en particulier lors des discussions entre militants sur les statuts et le réglement intérieur. Elle a conservé CAP21 comme un clan à part, avec une autonomie programmatique, son congrès, son conseil etc., déstabilisé les troupes et créé des dissensions entre les militants en évoquant toujours ce manque de démocratie, en martelant que François Bayrou ne l'écoutait pas et n'écoutait pas les militants. J'étais très étonnée que François Bayrou, s'il était vraiment si tyrannique et autocratique, n'ait pas déjà évincé une vice-présidente qui jetait tant le trouble.

De plus, je ne suis pas persuadée que CAP21 ait un fonctionnement plus démocratique que le MoDem. Comme l'explique un militant de l'Alsace sur son blog, en Alsace, seulement 28% des adhérents CAP 21 se sont prononcé pour un soutien / une alliance avec Europe Ecologie, les 72% restant se prononçant pour une alliance au centre (MoDem ou centriste dissident). Même au sein des adhérents CAP 21, rien ne justifiait ce soutien tapageur à la candidature d'Europe Ecologie, contre celle de Yann Wehrling, du Modem et écologiste. Un rassemblement de 2nd tour avec les écologistes et socialistes pouvait tout à fait être envisagé, comme était de toute façon prévisible une liste de fusion. De plus, dans d'autre régions comme les Pays de Loire, Corinne Lepage a soutenu l'alliance au 1er tour de CAP21 avec Europe Ecologie au premier tour, contre la liste MoDem conduite par Patricia Gallerneau qui, comme Yann Wehrling en Alsace, est issue des Verts et a rejoint le MoDem en 2006. Corinne Lepage n'a pas respecté le pacte initial entre CAP21 et le MoDem, qui devait faire cause commune. Les adhérents du MoDem ainsi que le Conseil national ont voté une stratégie d'autonomie au 1er tour, quitte à envisager le rassemblement au 2nd tour et elle n'a pas respecté ce choix démocratique. Donc quand elle dit qu'elle n'était pas d'accord avec la stratégie de François Bayrou, en fait elle n'était pas d'accord avec la stratégie votée par les militants démocratiquement et elle n'a pas respecté la démocratie en dérogeantà cette décision. Elle aurait pu alors démissionner, à ce moment-là !

J'y ajouterai une sacrée dose de mauvaise foi car une alliance de 1er tour entre le MoDem et Europe Ecologie était radicalement refusée par Jean-Vincent Placé, qui n'acceptait que les membres de CAP21 sur ses listes. Donc de toute façon cela ne pouvait pas être envisagé. Ce qui n'empêchait pas, je le répète, de préparer un rassemblement de 2nd tour !

Ma conclusion est donc que cette manoeuvre de déstabilisation du MoDem, et surtout de François Bayrou, engagée depuis la création du MoDem par Corinne Lepage, a été volontairement montée pour évincer François Bayrou de la scène politique, tout en servant les intérêts personnels de Madame Lepage, qui a l'intention, bien qu'elle dise ne pas y penser, de se présenter aux élections présidentielles pour représenter les "écolo-démocrates" et pouvoir négocier un poste de ministre quelle que soit l'issue de cette élection. Le mandat de député européen n'aura été qu'un tremplin.

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