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Billet de blog 20 mai 2009

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Doit-on s'inquiéter du phénomène Bayrou ?

Les unes des journaux et des magazines résonnent en écho :- dans Le Monde pour Direct Matin du 19 mai 2009 : « Pourquoi Bayrou inquiète à droite comme à gauche »- dans Metro du 19 mai : « Bayrou, ennemi public numéro 1 »,- dans Le Monde du 18 mai : « Bayrou s’impose comme de grand perturbateur de la campagne »,- dans Libé du 14 mai : « La tentation Bayrou effraie Solférino»,- dans Le Point du 30 avril 2009: « Pourquoi François Bayrou fait peur à Sarkozy ? »

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les unes des journaux et des magazines résonnent en écho :

- dans Le Monde pour Direct Matin du 19 mai 2009 : « Pourquoi Bayrou inquiète à droite comme à gauche »

- dans Metro du 19 mai : « Bayrou, ennemi public numéro 1 »,

- dans Le Monde du 18 mai : « Bayrou s’impose comme de grand perturbateur de la campagne »,

- dans Libé du 14 mai : « La tentation Bayrou effraie Solférino»,

- dans Le Point du 30 avril 2009: « Pourquoi François Bayrou fait peur à Sarkozy ? »

Se faisant accuser par ses concurrents de « hold-up », de « haine anti-Sarkozy », de « dérailler », de « détourner la campagne pour sa course à l’Elysée », le tout à son profit personnel voué au destin présidentiel plutôt qu’à celui de l’Europe ...

On se croirait dans une cour de récréation. Cela ferait sourire si ce n’était à pleurer. Alors si on sonnait la fin de la récré ?

Tout d’abord lisons son livre et intéressons-nous au fond, rien qu’au fond de ce livre. Que dit-il en substance ?

- aucune marque de « haine » personnelle à l’égard de Nicolas Sarkozy. Il avoue qu’il n’a pas les mêmes goûts ni les mêmes valeurs, mais que je sache, ce ne sont pas des marques de « haine ». Il botte à tout le moins les fesses de Alain Minc, qui le mérite bien, et cela nous fait bien plaisir,

- il dénonce avec une argumentation démonstrative un modèle de société qui nous est imposé par Nicolas Sarkozy, avec le soutien complaisant de ses affidés courtisans, conduisant au délitement progressif du modèle républicain français, de son contrat social, un modèle d'inégalités croissantes, du pouvoir de l'argent, de la domination du monde par les multinationales au service de l'enrichissement de quelques uns au détriment des faibles et des classes moyennes ; la dénonciation de ce modèle vaut pour la France comme pour l’Europe. Il se trouve que justement, la crise a démontré que le modèle français est le plus résistant à la crise, ce que reconnaissent les Américains (Financial Times, The Economist, articles de Joe Conason,...) et le premier d’entre eux Barack Obama,.

- il récuse aussi l'abolition ou l'affaiblissement de tous les contrepouvoirs, sans oublier la société du "big brother", de la surveillance (internet) et du contrôle des médias. En même temps que le peuple est anesthésié par des médias complaisants et la société du divertissement permanent, pour le distraire et éviter qu'il s'occupe de la réalité.

- Il met en évidence des mensonges. Les Français ont été trompés sur la marchandise, cocufiés, méprisés. Pas seulement sur les promesses du pouvoir d’achat, du « travailler plus pour gagner plus » avec ses jolis slogans et le rabâché mot de « réformes », mais plus grave. Quand ils ont voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy en 2007, ils n’ont pas voté pour ce modèle inégalitaire, pour ces abus de pouvoir, pour la réforme de l’audiovisuel public, pour la réintégration de la France dans le commandement armé de l’OTAN, qui n’étaient pas annoncés pendant la campagne. Ils ont été trompés. Trompés aussi quand on leur fait croire que Nicolas Sarkozy a été un héros dans sa conduite de la crise Géorgienne alors que tout était décidé par les Russes avant son atterrissage portant la proposition de négociation et de surcroît il leur a donné raison en légitimant leur intervention en Géorgie, pays autonome, pour défendre « des russophones » dans le territoire géorgien (ce qui ne peut que nous rappeler à l’intervention de Hitler pour les mêmes causes dans les Sudètes ...). Encore trompés lorsqu’il se montre comme le sauveur de l’Europe lors de sa présidence de l’Union dans sa gestion de la crise, car bien qu’il ait été « réactif » pour convoquer le quartet et le G20, qu’en est-il sorti ? Certes, le sauvetage des banques en s’inspirant des idées de Gordon Brown (sans lui en reconnaître la paternité) ... Des plans de relance non coordonnés et non efficaces au lieu d’un emprunt européen et d’un plan de relance européen avec une vision globale par secteur et une orientation des investissements dans le durable,... Une liste de paradis fiscaux, qui existait déjà depuis 10 ans publiée par l’OCDE (et où on a gommé avec complaisance certains Etats, américains comme le Delaware, ou Européens comme la City de Londres, Gersey et Guernesey, ou encore Hong Kong) et sans réclamer de sanction, alors qu’il fallait être radical et supprimer ces paradis, refuser d’en reconnaître les contrats.

- Enfin, ce livre est un livre de propositions, pour repartir sur des bases saines.

Les critiques faites par certains de ses concurrents politiques me paraissent infondées et que j’invite les lecteurs à en faire la vérification. Je les reprends ici :

« Bayrou (évitez de prononcez « Bérou ») n’est que dans l’opposition et pas dans la proposition ».

=> Faux. Outre ce qui vient d’être dit sur le livre « Abus de Pouvoir » de François Bayrou, le Modem a réuni des Commissions de travail depuis octobre pour construire le programme, et a commencé à le livrer sur son site

« Au lieu de parler d’Europe, Bayrou déplace la campagne sur le terrain « anti-Sarkozy » dans une optique présidentielle »

=> Faux. D’abord son livre est axé sur problème du « modèle de société » et non sur une lutte personnelle, le problème du modèle de société et des valeurs à prioriser devant justement être au cœur du débat sur le projet européen, avant même d’en décliner un détail programmatique.

=> Faux ensuite car n’oublions pas que François Bayrou n’est pas candidat lui-même et que ses têtes de listes sont là pour parler d’Europe. Ils sillonnent la France depuis déjà 2 mois. Marielle de Sarnez a écrit un excellent opus « Dictionnaire pour aimer l’Europe » très pédagogique et aussi programmatique, JF Kahn vient de publier « Alternative » et Corinne Lepage « Vivre autrement », autant d’ouvrages que je vous incite à lire avant de dire que le MoDem n’a pas de programme.

« François Bayrou est seul, quitté par ses anciens élus. Il est lui-même autocratique et dans la posture, voire l’imposture »

=> Faux.. Chacun sait que les anciens élus UDF qui l’ont quitté entre les deux tours de la présidentielle cherchaient pour la plupart à préserver leurs postes de députés et Nicolas Sarkozy ne s’était même pas caché du chantage qu’il leur imposait. L’épisode Cavada fut pathétique. Le Modem a gardé pratiquement toute sa base d’adhérents et de militants et il en est même arrivé de nouveaux après les législatives. Ces derniers ont des convictions profondes et sont très motivés pour la défense de leur projet. Ils sont fiers d’avoir un leader comme François Bayrou dont ils partagent les convictions et qui a de grandes qualités humaines, qui respecte les gens y compris ses concurrents politiques. Oui ils l’admirent pour son courage, son intelligence, sa culture, et n’hésitent pas à lui remonter les points d’éventuel désaccord. C’est lui faire insulte et sombrer dans la bêtise que d’assimiler son charisme à celui d’un « gourou d’une secte » !

=> François Bayrou est entouré d’une équipe compétente, notamment ses élus actuels et ses candidats têtes de listes aux élections européennes, et il est de plus en plus soutenu par des personnalités de la vie politique, civile, professionnelle, en France comme à l’étranger.

« François Bayrou est de droite, même s’il se dit du centre et se montre comme un anti-libéral. Le MoDem d’ailleurs fait partie du même groupe que les libéraux au Parlement européen »

=> François Bayrou le dit depuis longtemps. Cette bipolarité « gauche-droite » est absurde et même le terme de « centre », dans ce repère euclidien, laissant croire qu’il est entre deux en équilibre instable, est idiot. Il préfère employer les mots de capitalisme (pour la droite), de socialisme (pour la gauche) et d’humanisme (pour le positionnement idéologique que revendique le Mouvement Démocrate). Remettre l’homme au centre, garantir la démocratie, l’information et l’expression des citoyens, défendre les valeurs républicaines, l’égalité des chances, plus de justice, une protection des faibles tout en soutenant l’entreprise, notamment surtout le tissu des PME qui font 80% des emplois, prioriser la préservation de l’environnement et le durable sur les intérêts à court terme, préserver les services publics, ...

=> Le Mouvement Démocrate fait partie du PDE, Parti Démocrate Européen, et non du parti libéral européen ELDR, même si ces deux partis sont regroupés au sein d'un groupe parlementaire, l'ADLE (Alliance des Démocrates et Libéraux pour l'Europe). De plus l'ELDR est positionné au centre gauche (« liberal » en anglais signifie « à gauche » d’ailleurs) même si économiquement il prône en effet le libre-échange et la concurrence et que sur ce plan le MoDem et le PDE ne votent pas sur la même ligne. Le PDE et le MoDem ont toujours soutenu les services publics dans leurs votes et récusent la vision ultralibérale de la Commission, son dogme de la concurrence au mépris de la préservation de certains services. Voir à ce sujet l'article de Libé qui atteste de la mauvaise foi de Martine Aubry et de Razzy Hammadi lorsqu'ils tentent de faire croire que le MoDem fait partie du parti des libéraux et n'a pas soutenu les services publics alors que c'est l'inverse. Ils ont voté contre la nomination de Barroso à la présidence de la Commission, et ne veulent pas le reconduire au poste.

Enfin, pour revenir au titre, si Bayrou inquiète de plus en plus ses concurrents, c’est parce qu’il intéresse et rassure de plus en plus les Français dans ce monde anxiogène.

En témoignent le succès de son livre « Abus de pouvoir » qui fait un carton (100 000 exemplaires vendus selon l’éditeur Plon) et ce dernier sondage Opinion-Way- Le Figaro- LCI Le Politoscope. Etude réalisée auprès de 1008 personnes selon la méthode des quotas. Echantillon interrogé en ligne les 14 et 15 mai 2009 :


Bayrou au second tour en 2012: possible pour 44% des Français

Au total 44% des sondés pensent que le président du MoDem peut devancer le candidat -ou la candidate- du PS au premier tour en 2012 et se qualifier pour le second tour, contre 40% qui ont une opinion inverse. 6% le pense "certainement" et 38% probablement.

M. Bayrou a été le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy entre mi-avril et mi-mai, pour 20% des 1008 personnes interrogées (+16% par rapport à l'enquête précédente de la mi-avril) devant Olivier Besancenot (10%) et Martine Aubry (9%).

Même les sympathisants de gauche estiment que M. Bayrou a été le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy (21%, contre 16% pour Martine Aubry).

Par ailleurs, 22% des sondés estiment que le PS devrait s'allier avec le MoDem, et 22% avec les autres partis de gauche (Verts, PCF, PS) y compris le NPA d'Olivier Besancenot. Les sympathisants de gauche privilégient l'alliance avec le MoDem également à 22%, mais loin derrière l'alliance traditionnelle avec le reste de la gauche, y compris Olivier Besancenot (38%).

Ajouté le 20/5/09 à 19h :Ce billet a été posté hier 19 mai 2009. Ont été déposés 6 commentaires dès sa publication dont un était très insultant, à caractère pornographique, par Serval, qui n’en est pas au premier de ce genre. N’ayant pas la possibilité d’effacer le commentaire, je me suis vue contrainte de supprimer le billet ce matin (ce qui a supprimé les commentaires) et je l’ai recréé. Si nous avions une procédure d’alerte qui fonctionne ou de gestion de nos commentaires, ce serait plus simple.

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