La montée du Front National bouleverse les enjeux électoraux

Jusqu'ici, le Front National  était montré comme une bête noire, comme le vote honteux et non républicain et faisait le jeu de la bipolarité Droite-Gauche ou plutôt à l'arrivée UMP-PS, n'atteignant pas l'étiage suffisant pour atteindre un second tour aux élections.

Jusqu'ici, le Front National  était montré comme une bête noire, comme le vote honteux et non républicain et faisait le jeu de la bipolarité Droite-Gauche ou plutôt à l'arrivée UMP-PS, n'atteignant pas l'étiage suffisant pour atteindre un second tour aux élections. L'élection présidentielle de 2002 fut l'exception et assura finalement la victoire à l'UMP quasiment dès le 1er tour puisque le Front républicain conduisit la gauche à voter Chirac. Aujourd'hui, la crise aidant, avec son cortège de chômage, de pauvreté, de précarité, d'insécurité, d'euroscepticisme, le Front National retrouve une nouvelle vigueur car il exprime la colère et la souffrance d'une population exaspérée, un rejet de la classe politique, une envie de renverser la table. Il arrive maintenant dans les sondages à un seuil lui permettant d'atteindre le second tour, bouleversant l'équilibre habituel.

Alors que la popularité de François Hollande chute à un niveau record (23%) comme l'indique ce sondage IFOP pour le JDD, Marine Le Pen monte de 6 points à une popularité de 34% et même de 37% selon le sondage publié lundi par IPSOS pour Le Point où l'on apprend aussi qu'Alain Juppé passe favori des Français avec 52% d'opinions favorables (bénéficiant indirectementde l'impopularité de J.F Copé et des critiques à l'égard de François Fillon), détrônant Manuel Valls qui passe en 2ème position à 48%, et que Jean-Louis Borloo a augmenté de 6 points (45% d'opinions favorables) devançant juste François Bayrou qui a aussi gagné 6 points.

Si le 1er tour des élections municipales, qui aura lieu en mars 2014, se déroulait maintenant, la droite et le centre-droit obtiendraient 35% (-3) des voix, la gauche parlementaire 40% (-2) et le Front national 16% (+4) , selon un sondage CSA/BFMTV/Orange/Le Figaro du 12 septembre 2013. Au sein de la gauche, les listes PS/PRG/Divers gauche recueilleraient 26% (-1), celles des écologistes d'EELV 4% (-2), celles du Front de gauche 10% (+1). Les listes "soutenues par le MoDem" obtiendraient 4% (stable).

Bien sûr les sondages sont les sondages ... Mais ce qui semble maintenant évident est la tendance haussière du FN et la probabilité de le voir présent au second tour dans de nombreuses triangulaires aux élections municipales. L'UMP risque d'être affaiblie au premier tour par une UDI qui se revendique de plus en plus indépendante avec la volonté de se rapprocher du MoDem de François Bayrou. Le FN a aussi affaibli l'UMP en rognant sur son électorat et si l'UMP affirme encore ne pas vouloir faire alliance avec le FN, certains de ses responsables lorgent sur ses électeurs, leur envoyant de plus en plus de signaux, reprenant même le contenu des idées du FN sur les questions sécuritaires et d'immigration. Pour eux, même s'ils n'osent pas (encore) autoriser des fusions de listes avec le FN, ce qui signifierait une alliance, il s'agit d'entretenir une certaine bienveillance à l'égard de son électorat, seule réserve potentielle hors celle du Centre-droit (UDI). Souvent, c'est paradoxal, le PS espère ainsi passer devant l'UMP grâce au FN. Certains disent même que paradoxalement le PS a intérêt à faire monter le FN ...

Dans ces conditions l'UMP devra faire un choix : la bienveillance à l'égard du FN qui lui ferait perdre celle de l'UDI, ou bien au contraire s'affirmer opposée à toute alliance avec le FN et faire alliance avec l'UDI pourquoi pas dès le 1er tour pour maximiser ses chances au second. En fait il y a au sein de l'UMP des tenants de la première solution et des tenants de la seconde, ce qui risque de compliquer les choses, donnant un sentiment de confusion au niveau national. De plus, le rapprochement UDI-MoDem permettrait au centre d'être plus fort pour aussi atteindre le second tour. On pourrait assister à des quadrangulaires. La question éventuelle de fusion de liste avec l'UMP pourrait devenir cruciale face au PS pour emporter la majorité.

De même, EELV et le Front de Gauche ont intérêt à faire liste commune avec le PS dès le 1er tour s'ils risquent de ne pas atteindre le second tour mais au sein du Front de Gauche, les avis sont divisés, le Parti communiste étant favorable à des listes communes tandis que Jean-Luc Mélenchon revendique des listes autonomes du Front de Gauche. Les médias n'en parlent pas et pourtant le Front de Gauche est en train de monter, cristallisant comme le FN la colère et l'indignation d'une population en souffrance, ainsi qu'un certain euroscepticisme, même s'il a une vision opposée sur les questions sécuritaires et d'immigration. Le Front de Gauche étant crédité de voix d'anciens électeurs de la gauche du PS déçus par les promesses non tenues de Hollande (qui claimait "Mon ennemi c'est la Finance !" et promettait une réforme fiscale avec fusion de la CSG et de l'IR,...).

Ainsi, la menace de montée du FN pourrait bien inciter à des alliances dès le 1er tour, d'un côté de l'UMP et du centre (à condition que l'UMP s'affirme en opposition avec le FN) et de l'autre du PS, de EELV et du Front de Gauche. Le MoDem, nouveau partenaire de l'UDI, pourrait parfois être dans des alliances locales à nouveau avec le PS (Dijon, Lille, ...) mais une fusion de liste avec le Front de Gauche peut lui poser problème ...

Quant à l'élection présidentielle, la perspective d'une réédition de 2002 avec Marine Le Pen arrivant au second tour n'est plus à exclure. Ce pourrait aussi bien être face au candidat du PS (Hollande probablement ? Ou si sa cote a trop baissé, Valls ?) que face à un candidat de droite, mais dans ce cas plutôt de centre-droit (Fillon, Juppé ou NKM ? Borloo ou Bayrou ?). Celui qui serait face à Marine Le Pen a alors de grandes chances de l'emporter, à condition de ne pas être trop marqué à gauche (les électeurs de droite s'abstenant) ni trop à droite (les électeurs de gauche risquant aussi cette fois de s'abstenir). La tension sera telle que pour maximiser les chances face au Front National le candidat devra être au centre, car il devra rassembler le maximum d'électeurs contre le FN ...

Paradoxalement, la montée du Front national en même temps que la radicalisation du Front de Gauche à gauche, obligera probablement à se rassembler au centre.

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