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Billet de blog 23 juin 2013

Forum du renouveau européen, organisé par le Parti Démocrate Européen

Le Parti Démocrate Européen (PDE-EDP) ,fondé par Romano Prodi, Francesco Rutelli et François Bayrou, a organisé samedi 22 juin 2013 avec le Mouvement Démocrate ,  le premier forum du renouveau européen à Paris.

Marie-Anne Kraft
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Le Parti Démocrate Européen (PDE-EDP) ,fondé par Romano Prodi, Francesco Rutelli et François Bayrou, a organisé samedi 22 juin 2013 avec le Mouvement Démocrate ,  le premier forum du renouveau européen à Paris.

Le désamour de l’Europe : un problème crucial !

La conférence s’ouvre avec Jérôme Fourquet ( directeur du département Opinion Publique de l'IFOP, qui présente les résultats d’une enquête qualitative de l’IFOP réalisée à la demande du Parti Démocrate Européen, auprès d'un panel de personnes qui avaient oui au référendum de 2005 sur la constitution européenne (supposées favorables à l'Union européenne).

Cette étude marque une déception notable sur l’Europe, un tarissement du rêve européen, avec des grandes fractures :

-          le primat à l’intégration économique au détriment du social et de l’identité commune

-          l’intégration forcée de nouveaux pays, les problèmes d’immigration avec la libre circulation des personnes

-          l’Europe qui ne protège plus malgré les promesses : délocalisations, vie chère,

L’Europe devient un nain économique face aux pays émergents comme la Chine et le Japon.

Elle a laissé la France agir seule dans l’urgence des problèmes du Mali.

L’Europe est devenu l’Europe de l’argent, obnubilée par la concurrence non faussée au point de fragiliser ses fleurons industriels européens et ne plus défendre ses propres intérêts.

Qu’est devenu l’idéal européen ? On assiste à une crise de foi(e).

Elle est allée trop loin et trop vite dans l’élargissement, difficile à digérer.

On assiste à un décrochage récent des relations du couple franco-allemand, à un ressentiment croissant vis-à-vis de l’Allemagne, à un risque d’éclatement entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud.

Quid de la solidarité européenne et quid de la France (va-t-elle rejoindre les pays du sud en difficulté ?)

On croyait qu’un Etat ne pouvait pas faire faillite en Europe et puis vient la Grèce (restructuration de la dette), Chypre (ponction forcée sur les épargnants), fermeture brutale de la radio et télévision publiques en Grèce.

Les Français attendent que l’on place le redressement du pays au cœur du dispositif. Il faut plus de solidarité, plus de coopération, moins de primat à la concurrence à tout prix et à la finance.

Les mots utilisés seront très importants dans le projet européen.

L’Europe qui protège : un mythe ?

Michel Barnier, Commissaire européen au marché intérieur, vient en invité non partisan, heureux d'accepter l'invitation de François Bayrou pour échanger sur ce thème crucial dont il faut absolument débattre avec les Français. Il déclare :" j'ai avec François Bayrou une relation de confiance et d'estime.  Francois Bayrou un homme politique solide, audacieux. Le sujet dont vous débattez est tellement grave qu'il devrait être un sujet de politique nationale".

Michel Barnier s’inquiète de la montée extrémiste, des replis nationaux voire nationalistes.

La défense de l’intérêt national ne peut plus être uniquement nationale.

Les ultra-libéraux, qui ont pris le pouvoir en Europe, ont dévoyé le capitalisme et laissé la première place à la finance internationale, sans régulation. Il faut retrouver le sens de « l’économie sociale de marché » et remettre l’Homme au centre de l’Europe.

Sur ces sujets nous avons lancé 28 lois de régulation sur la finance et fait 55 propositions pour remettre l’Europe au service de l’économie réelle.

Il faut aussi mettre en place la politique industrielle du XX1ème siècle, investir ENSEMBLE dans la recherche et les nouvelles technologies, mettre en commun des moyens publics et privés, enfin établir un socle social et fiscal commun.

Prenons conscience du déclin démographique de l’Europe (-50 millions d’habitants prévus d’ici 2050). L’Europe comporte maintenant 28 pays (avec la Croatie) et parle 24 langues. Elle représente :

-          7% des habitants du monde

-          25% du PIB mondial

-          50% des dépenses sociales du monde

 Et malgré cette importance, en 2050 il n’y aura plus un seul pays européen au G8 !

La défiance vis-à-vis de l’Europe n’est pas propre à la France. Les pays du sud se méfient de l’Allemagne qui veut imposer les mesures d’austérité et les pays du Nord se méfient des pays du Sud qui n’ont pas maîtrisé leurs finances publiques et mettent maintenant l’Europe et l’euro en danger.

Le slogan de « l’Europe qui protège » est usé. Il a été utilisé pour le traité de Maastricht, pour la campagne européenne de l’UMP, par Martine Aubry,… mais les gens ont l’impression que l’Europe ne protège plus.

La lâcheté des gouvernants condamne l’Europe à l’impuissance

Guy Verhofstadt est le plus virulent et pousse un cri (vivement applaudi par la salle) : « l’Europe est mal gouvernée ! Ce n’est pas l’Europe qui est responsable mais ses gouvernants, ces leaders européens incapables de transférer leur pouvoir au niveau européen [et qui se dédouanent de leurs problèmes en désignant l’Europe]. Il faut maintenant passer à l’union sociale, fiscale, budgétaire, avec des institutions supranationales démocratiques qui représentent les Etats-nations.

Nous entrons maintenant dans une guerre économique, assistons à une montée des égoïsmes, et sommes affaiblis par la lâcheté de nos gouvernants qui ont mis en place des dirigeants européens anonymes, insipides, inconnus [des ectoplasmes]. [C’est du sabotage !].

( les termes entre [...] sont mes commentaires ...)

Changer la gouvernance et impliquer les citoyens

François Bayrou et Marielle de Sarnez sont également très critiques sur le fonctionnement de l’Europe et son insuffisance démocratique. La pire caricature est représentée par « la Troïka »  [représentants inconnus du FMI, de la commission européenne et de la BCE] qui dicte sa loi [sans légitimité démocratique].

Les électeurs européens n’ont pas été respectés. En France ils ont dit non au référendum en 2005 et six mois plus tard le gouvernement a fait voter le texte par le Parlement, en ayant supprimé les symboles (hymne, drapeau,…), partant de l’idée que l’Europe était trop complexe pour que les peuples s’en mêlent, donc qu’il fallait la faire sans eux.

© 

 Une Europe plus forte et plus solidaire

Il faut remettre en cause le dogme de la concurrence qui parfois a été à l’encontre de nos fleurons industriels européens, pour enfin mettre l’Europe au service de la stratégie de reconquête européenne. Il faut même revoir ses compétences, l’alléger de ce qui est du ressort des Etats et la renforcer sur d’autres sans lesquels les Etats seuls ne font pas le poids.

Il y a des questions éminemment nationales auxquelles l’Europe ne peut répondre à notre place, comme le problème de l’éducation, la fragilité des entreprises, les surcharges administratives,… Mais aussi des sujets sur lesquels la démarche nationale est impossible ou insuffisante :

-          la politique écologique,

-          les enjeux industriels qui ne peuvent plus être traités par un pays seul, sur lesquels se posent des questions de dépendance stratégique (aucun écran n’est plus fabriqué en Europe,…),

-          la monnaie unique, supposant une puissance politique commune, une harmonisation budgétaire mais une puissance politique exige la démocratie, une souveraineté dont les citoyens sont dépositaires, avec élection des dirigeants au suffrage universel et une information des citoyens, voire leur implication, sur les décisions.

Il faut aussi des projets européens : un projet industriel et un projet énergétique à tout le moins, qui mobilisent l’ensemble des collectivités.

Le gouvernement devrait faire exprimer le projet européen de la France par l’ensemble des partis réunis [et avec l’implication des citoyens]/

L’Europe dépositaire d’un projet de civilisation. Soyons ses re-fondateurs !

Nous avons la charge d’une civilisation. L’illustration du problème de l’exception culturelle en témoigne. Pour François Bayrou, tout ceci est le résultat du règne par la quantité, par la force. Il faut refuser la domination des gros sur les petits, des puissants sur les faibles.

Il y eut le temps des fondateurs auxquels nous rendons hommage. Maintenant est venu le temps des re-fondateurs. Et ce ne sont pas des Européens honteux qui pourront refonder l’Europe !

Ici le discours de clôture de François Bayrou : http://www.mouvementdemocrate.fr/article/aujourdhui-doit-souvrir-le-temps-des-refondateurs-de-leurope

Et là pour revoir les vidéos des interventions.

Autres intervenants au Forum : Francesco Rutelli (co-président du PDE avec François Bayrou), Clémentine Rorissier (Euractiv.fr), Inaki Goikoetxeta (Parti National Basque), Krzysztof Pomian (Historien et philosophe), Alberto Toscano (journaliste Italien correspondant en France). Et Robert Rochefort, Nathalie Griesbeck (Députée européenne), Jean-Marie Vanlerenberghe (ancien député européen et sénateur).

L’objet du forum était de s’interroger sur le désamour de l’Europe par les citoyens et de voir comment remobiliser ces derniers, pas de présenter déjà les propositions d’un projet, d’un contenu, ce qui sera fait dans les colloques qui suivront. J’ai été impressionnée par la qualité des interventions. Cependant, je suis restée sur ma faim concernant quelques grandes questions qui me taraudent sur l’Europe et touchent au modèle de société : le dumping social, fiscal et environnemental dans la mondialisation et au sein même de l’Europe, la course au moins disant. Comment arriver à une harmonisation, à une régulation, pour corriger ces dérapages ? Que dire du futur accord transatlantique entre les Etats-Unis et l’Europe, qui porte aussi sur le commerce et les investissements ? Ils devraient être au cœur du débat européen. L’Europe doit cesser d’être naïve et protéger ses intérêts. Ne risque-t-on pas de se voir imposer un néolibéralisme américain, voire un démantèlement de nos protections sociales ? Que deviendrait « l’économie sociale de marche » et le développement durable que revendiquait l’Europe et visés à l’article 3 de son traité?

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