L'Agence France-Presse, base de la presque totalité des informations qui vous parviennent, est gravement menacée dans son indépendance par une proposition de loi déposée le 17 mai par un sénateur, qui renforce la mainmise politique de l'Etat, un Etat qui, dans le même temps se trouverait désengagé. La proposition du sénateur Legendre a été rédigée sans aucune concertation des journalistes , techniciens, employés de l'AFP qui ont jusqu'ici bataillé ferme pour défendre l'indépendance de l'Agence et notamment son statut qui la préserve.

Il serait notamment question de changer la composition du Conseil d'administration pour réduire le nombre d'administrateurs "presse" et de modifier les règles pour ce qui concerne le paiement des abonnements de l'Etat. Par ailleurs, le mandat du PDG serait prolongé de trois ans actuellement à cinq.

Mais surtout L’Agence France-Presse se trouve à nouveau menacée de perdre son Statut actuel, qui lui a assuré depuis 1957 d’être libre, qui lui a permis de se développer et de rester l’une de trois plus grandes agences de presse au monde. Ce statut serait remplacépar un texte qui n’a jamais fait l’objet d’aucune concertation interne ni avec les journalistes.

Cette démarche à la hussarde a été adoubée officiellement par le PDG dans un communiqué publié le 19 mai 2011.

Les organisations syndicales signataires d'un appel à mobilisation dénoncent le "caractère précipité de cette initiative et son contenu. Elles s’interrogent sur les réelles motivations de cette précipitation à quelques mois des élections présidentielles et parlementaires, d’autant que rien, absolument rien, ne justifie cette urgence."

"En supprimant la commission financière qui protégeait l’AFP des budgets aventureux, en stipulant que l’AFP devrait être gérée comme "les sociétés commerciales de droit commun" et que "les ressources publiques allouées à l'Agence France-Presse en compensation des missions d'intérêt général mises à sa charge n'excèdent pas le montant du coût net d'exécution desdites obligations", cette proposition ouvre la voie à une précarisation financière de l’AFP.

De même, en réduisant le nombre d'administrateurs représentant les médias français et en inscrivant le Contrat d'objectifs et de moyens avec l'Etat au sein même de l'éventuel futur Statut, cette proposition de loi se traduira par un affaiblissement de l’indépendance de l’AFP vis-à-vis des pouvoirs politiques."

Vous pouvez aussi en tant que citoyen ou journaliste ou responsable politique signer la Petition SOS AFP.

Liens utiles :

___________________________________________________________________________

Article mis à jour le 10 juin 2011 : UNE GRANDE VICTOIRE !

Grâce à la forte mobilisation dans des délais très courts de l'ADIAFP, aux côtés des syndicats, le Sénat, en accord avec le gouvernement, a finalement renoncé à inscrire la proposition de loi du sénateur Jacques Legendre, qui dénaturait le statut de l'AFP, à l'ordre du jour du Parlement lors de cette session qui s'achève fin juin. Cela remet au mois d'octobre, en pleine session budgétaire, toute réforme éventuelle du statut.
L'ADIAFP a été reçue officiellement, par le rapporteur de la Commission de la Culture et par des sénatrices et sénateurs. Elle s'est exprimée à chaque fois en Assemblée générale.
Néanmoins, les menaces qui planent sur l'indépendance de l'AFP ne sont pas vaincues. Sans nul doute, elles réapparaitront un jour ou l'autre, sous une forme ou une autre. L'ADIAFP demande donc à chaque personne attachée à cette indépendance de rester vigilante et de se préparer à d'éventuelles futures batailles. Elle remercie tous ceux qui ont pris part à cette bataille. Merci notamment à Mediapart, à Edwy Plenel, d'avoir mis cet article à la Une, qui a été beaucoup lu et diffusé sur la toile !

Texte de la dépêche AFP parue le 9 juin 2011 :

La réforme du statut de l'AFP devrait être discutée à l'automne

PARIS — La proposition de loi réformant le statut de l'Agence France-Presse devrait être discutée à l'automne après la rentrée parlementaire, a assuré jeudi le sénateur Jacques Legendre (UMP) qui a déposé le texte le mois dernier.

"Le texte est là, il poursuit son chemin, le rapporteur continue son travail et le texte devrait venir à l'automne", a-t-il déclaré lors d'une rencontre avec des journalistes.

Il avait été un temps envisagé que la proposition de loi soit examinée au Sénat avant la fin de la session ordinaire en juin. Cette éventualité avait poussé mercredi les syndicats CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, SAJ-UNSA et SUD à organiser une grève.

Mais l'annonce mercredi soir que la proposition n'était pas inscrite à l'ordre du jour en juin a entraîné la fin de la grève, après six heures de conflit.

"Maintenant, le rôle du rapporteur est d'entendre toutes les parties et en particulier les syndicats de l'AFP, le texte sera amendé avant d'être adopté par la commission et le débat aura lieu dans l'hémicycle, il n'y a aucune volonté de bloquer le débat", a ajouté le sénateur.

Cette proposition amende la loi de 1957 qui a institué le statut actuel de l'AFP. Elle prévoit notamment une modification de la composition du conseil d'administration de l'Agence et la mise en conformité de sa mission d'intérêt général avec les règles européennes en vigueur.

L'ensemble des syndicats a regretté que cette proposition de loi n'ait pas fait l'objet de débats internes à l'AFP. Ils estiment que son contenu menace l'indépendance de l'Agence.

"Le texte n'est pas enterré. On n'a pas non plus l'éternité, on ne dit pas qu'il faut attendre la présidentielle, ce ne serait pas sérieux", a encore dit M. Legendre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires
Je me moque de l’AFP ou de ce qui va en advenir. Cet organe est suffisamment et depuis longtemps une honte nationale.