Plus de démocratie dans les décisions européennes : une solution aux crises et à la dette grecque ?

images?q=tbn:ANd9GcQo6smT-hcQ2Kh00CJX5x5MydDSJp08H6p_ILOnUDDVK-Oqy1ClaQC'est ce que veulent démontrer Montebourg et Varoufakis réunis à Frangy-en-Bresse puisqu'ils prétendent que est un défaut de démocratie dans nos institutions européennes, doublé d'intentions malveillantes de certains de ses dirigeants, soumis au pouvoir de la finance et imposant leur volonté à l'encontre des peuples, qui serait la cause des dysfonctionnements de euro, des mauvaises décisions pour résoudre la crise grecque et autres crises comme celle des migrants. 

J'ai lu avec attention l'interview de Yanis Varoufakis au Monde : http://lemonde.fr/crise-de-l-euro/article/2015/08/22/yanis-varoufakis-la-veritable-cible-du-docteur-schauble-est-la-france-et-son-etat-providence_4733505_1656955.html.

Au début de ma lecture j'adhère au constat des dysfonctionnements d'une zone euro inachevée sans réel gouvernement économique et je partage les critiques sur les insuffisances démocratiques des institutions européennes,  sur le déni de démocratie lorsque les dirigeants font fi du résultat de consultations citoyennes (référendum grec sur l'acceptation des conditions des Etats crèanciers, référendum français en 2005 sur le Traité européen), sur l'opacité des négociations du Traité Transatlantique TTIP, certains arguments sont percutants. Il est vrai également que la dimension relance économique n'a pas été suffisamment prise en compte dans les recherches de solution à la crise de la Grèce. J'entre donc en phase, en adhésion, en accord avec ses propos.

Puis un coup il passe à une explication des causes : l'insuffisante démocratie serait volontairement orchestrée par des dirigeants aux intentions malveillantes, soumis à la fois au pouvoir de la finance, des banquiers et des élites et au comportement hégémonique des  dirigeants allemands, Angela Merkel et le ministre des finances appelé "docteur" Schauble,  dont la motivation serait non pas de sortir la Grèce de l'ornière en évitant le Grexit mais humilier les Grecs et surtout de détruire le modèle social français ! 

En effet, cette leçon austérité administrée à la Grèce servirait d'exemple et avertissement aux autres pays cigales, déficitaires, endettés et à forte protection sociale, en premier lieu la France : pour rester dans euro et éviter la catastrophe, pas d'autre solution que réduire la dépense publique et de protection sociale.

Le fonctionnement non démocratique serait aussi volontaire, dans une logique de soumettre les peuples d'Europe. le discours devient révolutionnaire et attise la colere et la haine, les mauvaises passions, par procès d'intention et attaques personnelles. Il procède d'une vision paranoîaque et presque délirante, prêtant à l'Allemagne des intentions machiavéliques et hégémoniques supposées mais absolument pas démontrées. Ce préfixe "Dr" Schauble est détestable, utilisé pour évoquer les docteurs Nazis et leurs expériences. De plus Schauble n'a jamais dit qu'il souhaitait détruire le modèle social français mais mis en garde la France sur sa difficulté à réduire son déficit et sa dette. ll ne s'agit pas de mettre en cause le modèle social français mais de le rendre viable durablement sans augmenter la dette. La dette n'est pas soutenable sans une reprise des recettes gràce à la croissance ou une baisse des dépenses publiques d'administration en préservant l'investissement.

Varoufakis dit qu'il suffit de s'endetter encore pour renancer l'économie et générer des recettes fiscales qui permettraient de rembourser cet endettement. Il milite pour une émission obligations adossées à des projets investissement à long terme permettant de générer des recettes. C'est une bonne idèe  mais ces obligations ne serviraient donc pas à rembourser la dette existante, la vieille dette. Si on l'annule, les créanciers n'auront plus confiance pour préter à nouveau. Si les Etats de la zone euro doivent non seulement passer leur créance en perte (en déficit) mais encore souscrire à ces obligations, ce sont donc leurs citoyens contribuables qui devraient être consultés pour respecter la démocratie ! C'est ce que fait justement l'Allemagne en devant faire ratifier de telles décisions par le Bundestag !

Pour répondre à la critique de manque de démocratie sur les décisions européennes, lire cette analyse éclairante dans Le Monde : http://lemonde.fr/idees/article/2015/08/26/les-epines-de-frangy_4736825_3232.html

Plus de démocratie, par référendum ou pouvoir accru du Parlement européen ou des Parlements nationaux sur les décisions, impliquerait des décisions encore plus dures pour la Grèce et les migrants ! 

Cela n'irait pas dans le sens  souhaitè par Varoufakis et Montebourg... 

 

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