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Billet de blog 28 févr. 2016

Crise agricole : quelles solutions ?

La grogne monte chez les agriculteurs, leur exaspération est à son comble. Leur survie est en jeu. Les médias relaient leur colère, les citoyens la comprennent et soutiennent leurs paysans. Les politiques dénoncent la situation désastreuse des agriculteurs, certains pointent l'Europe libérale, la suppression de la PAC et des quotas, mais que font-ils pour trouver une solution efficace ?

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Le problème de base est un effondrement des cours agricoles, notamment sur le lait et sur le porc et la volaille. Pourquoi ? Parce qu'il y a surproduction face à la demande, les volumes ne sont plus régulés par des quotas, et aussi parce que le marché est ouvert à de nouveaux entrants, à des acteurs industriels qui produisent en quantité, sans que la qualité soit forcément au rendez-vous.

Le gouvernement a fait essentiellement deux propositions :

1- s'appuyer sur la grande distribution pour que les grandes surfaces achètent ces produits au moins à leur coût de production, ce qui suppose quelques dizaine de centimes par litre ou par kilo, acceptable pour le consommateur ;

2- baisser les charges sociales sur les revenus des agriculteurs.

Oui mais voilà : sur le premier point Bruxelles s'oppose à une telle mesure qui est considérée comme discriminatoire et anti-concurrentielle (si elle garantit un prix plancher aux produits français). Intermarché et Leclerc en font les frais et sont sous le coup d'une enquête de la Commission européenne. Et le 2ème point est sans effet sur un revenu qui est désormais négatif car pour payer des charges sur un revenu, faut-il encore avoir un revenu. Cette mesure revient à proposer une baisse d'impôt à des personnes non imposables...

Certes, les agriculteurs représente 3% de la population active en France, ce n'est donc pas une cible électorale rentable si on raisonne cyniquement en logique politicienne. Cependant la population soutient ses paysans et l'impact indirect d'un soutien insuffisant est sans doute plus important électoralement.

Voici donc les mesures qui, combinées, pourraient être efficaces :

1- défendre auprès de la Commission européenne un rétablissement de quotas pour réguler l'offre et la demande, assurer une auto-suffisance alimentaire agricole sur le continent européen sans pour autant favoriser la surproduction ;

2- exiger aussi de Bruxelles un étiquetage la qualité et l'origine des produits et, si c'est complexe (chaîne de production naissance-élevage-abattage-conditionnement) le préciser sur la chaîne ou à l'aide d'un label clair et explicité, avec un % produit en Europe dont tel pays. C'est ce qu'a prôné François Bayrou depuis longtemps et ce que proposent UFC-Que Choisir et la FNSEA qui lancent une pétition pour demander à la Commission européenne un étiquetage obligatoire de l'origine des viandes. Il faut aussi une information sanitaire sur l'alimentation des animaux, savoir s'ils ont été nourris aux céréales issues d'OGM, cultivés avec tels type d'engrais et de pesticides (ou label), avoir aussi la trace carbonne du transport pour favoriser les circuits courts et les produits de saison. Faut-il encore que les labels ne soient pas dégradés. En effet, la certification Bio est actuellement mise en danger par la proposition de révision d’un règlement européen qui fixe le « cahier des charges » de l’agriculture biologique, les conditions de production, de certification et de mise sur le marché, avec le logo bio.

3- éduquer et responsabiliser les consommateurs et mettre à disposition sur internet des sites comparateurs indiquant la qualité et les prix des produits vendus et des sites dénonçant les pratiques non éthiques des entreprises, des marques. Comme I-boycott,cette nouvelle plate-forme internet récemment annoncée et bientôt mise en ligne.

5- En attendant, il faut gérer la période transitoire insupportable pour les agriculteurs qui peut faire bel et bien disparaître notre agriculture française et ruiner des milliers de familles, donner des aides relais aux agriculteurs qui sont obligés de continuer à nourrir leurs animaux et maintenir leur ferme sous peine de faillite, prisonniers d'un endettement énorme qui leur avait été pourtant conseillé pour moderniser leurs exploitation et être plus rentables, en vain. 

6- faire valider par les citoyens ce choix de société : souhaitez-vous privilégier des produits les moins chers possible, qui viennent de l'étranger, et ne plus avoir d'agriculture en France ? Ou préférez-vous soutenir une agriculture française de qualité qui préserve nos emplois agricole et par la même occasion votre santé ? Des sondages existent déjà : 84% des Français jugent les manifestations des agriculteurs justifiées. 66% des Français sont prêts à payer plus pour augmenter le revenu des agriculteurs.

Chaque jour, 50 exploitations agricoles disparaissent, 2 agriculteurs se suicident.

Même dans un environnement libéral soumis à la concurrence, même en respectant nos engagements européens, même sans imposer des prix planchers qui sont jugés discriminatoires où fruits d'ententes anti-concurrentielles, il est possible de sauver notre agriculture paysanne par le pouvoir des citoyens consommaCteurs. C'est ce que je prônais déjà en 2011 dans mon livre La Révolution Humaniste. Bien sûr, ce serait encore mieux si l'Europe s'accordait sur une régulation des quantités produites pour garantir à la fois son autosuffisance alimentaire et éviter les surproductions.

Agriculteurs en colère © SIPA Press
La fin des petits paysans- documentaire sur Didier, éleveur en liquidation judiciaire © France 2

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