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Billet de blog 29 nov. 2014

Part du logement dans le budget : incohérence des chiffres de l'INSEE

L'INSEE vient juste de publier l'édition 2014 de son portrait social de la France. Faisons un focus sur les dépenses de logement, comprenant à la fois les loyers ou dépenses d'acquisition et de travaux et les dépenses courantes page 226 (référence année 2012). Elle représentent 22,5% du PIB, et 22,2% des dépenses courantes des ménages, dont 3/4 pour les loyers (ou équivalent d'un loyer pour les propriétaires) et 1/4 pour les charges, l'eau et l'énergie.

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L'INSEE vient juste de publier l'édition 2014 de son portrait social de la France. Faisons un focus sur les dépenses de logement, comprenant à la fois les loyers ou dépenses d'acquisition et de travaux et les dépenses courantes page 226 (référence année 2012). Elle représentent 22,5% du PIB, et 22,2% des dépenses courantes des ménages, dont 3/4 pour les loyers (ou équivalent d'un loyer pour les propriétaires) et 1/4 pour les charges, l'eau et l'énergie.

France Info souligne que l'étude fait ressortir que le coût du logement représenterait en moyenne 18% du budget des Français (je n'ai pas trouvé le raccord avec le chiffre de 22,5% trouvé dans le rapport). Mais ce chiffre est à relativiser car il moyennise des chiffres comprenant des propriétaires qui ont fini de rembourser leur logement (40,7% des Français sont dans ce cas). Concernant les locataires et les propriétaires accédants, la part de budget représente 27%.

Voir en effet  le statut d'occupation des résidences principales en 2014 que l'INSEE vient également de publier :

© 

Par ailleurs, l'INSEE est également chargé de calculer l'indice des prix à la consommation (IPC), qui sert à la fois à déflater le PIB pour calculer le taux de croissance réel, à calculer l'évolution du pouvoir d'achat et aussi de référence pour  indexer de nombreux contrats privés, des pensions alimentaires, des rentes viagères et aussi le SMIC et le taux du livret A.

L'INSEE publie une documentation pédagogique (édition 2014) pour expliquer le pouvoir d'achat et l'indice des prix. Page 7, est expliqué :

"La part des loyers dans l’indice de prix est de 6 %. Cela représente actuellement la part de ces dépenses dans l’ensemble de la consommation des ménages. Il s’agit d’un taux moyen, calculé pour l’ensemble des ménages, qu’ils soient locataires oupropriétaires. De fait, les loyers pèsent beaucoup plus lourdement dans le budget des ménages locataires. Chacun peut calculer un indice de prix prenant en compte le poids réel des loyers dans son budget en utilisant le simulateur d’indice des prix personnalisé."

De même l'INSEE, répondant à cette question "Pourquoi le logement ne pèse que 6 % dans la composition de l'indice ?", précise que "Dans l'indice des prix à la consommation en France, le coût du logement pèse au total 13,5 %, incluant les loyers - des résidences principales et de vacances - (6,1 %), l'énergie domestique (4,3 %) et les autres « charges » (eau, concierge, travaux et maintenance...). On peut aussi s'interroger sur la justification de rapporter 40% de ménages locataires à l'ensemble des ménages qui conduit à accorder un poids plus faible au logement dans l'indice (voir réponse de l'INSEE)

Pour rappel j'avais déjà relevé notamment dans mon article "De la vérité des chiffres en économie" cette chose étonnante : en 2009 l'INSEE retenait un coût du logement (loyer ou équivalent pour les propriétaire) de 7% dans l'IPC et 7% pour les charges, soit un total de 14%.

 Alors comment expliquer cet écart entre la part retenue pour l'indice des prix (13,5%) et la part affichée dans cette étude (18% ou même 22,5% annoncé dans l'étude récente comme l'ensemble des dépenses courantes, pour lesquelles on a substitué pour les propriétaire un équivalent loyer, comme dans la méthode de l'indice) ?

L'écart entre 22,5% et 13,5% est de 9% !  Cela signifie que l'indice des prix sous-évalue le coût du logement dans le pouvoir d'achat.

Dans la mesure où les prix du logement ont augmenté bien plus vite que les revenus des Français, le fait de sous-évaluer ce poids dans les dépenses pour 9% pèse fortement. Depuis 2000, le prix du logement a augmenté en moyenne de 80% de plus que les revenus disponibles. Les Français ont donc en moyenne officiellement perdu 13,5% x 80% de pouvoir d'achat depuis l'an 2000 à cause du coût du logement, soit 10,8%, mais en fait ont perdu 9% x 80% de plus, c'est à dire  7,2% de plus qu'affiché, soit en tout 18% de pouvoir d'achat (rapporté à la structure de consommation récente) !

Ceci a pour effet de masquer une baisse de pouvoir d'achat des Français.

On pourrait attendre plus de cohérence de la part de l'INSEE...

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