Avec "LES REPUBLICAINS" Nicolas Sarkozy défend-il vraiment les valeurs de la REPUBLIQUE ?

Voilà qui est fait. L'UMP est rebaptisée "Les Républicains", malgré l' opposition d'une majorité de la population (72%). Au delà des craintes justifiées de l'appropriation exclusive du qualificatif notamment par l'usage de l'article défini, on doit s'interroger sur ce que représente ce mot par celui qui se vante d'en être l'ardent défenseur, Nicolas Sarkozy.

Voilà qui est fait. L'UMP est rebaptisée "Les Républicains", malgré l' opposition d'une majorité de la population (72%). Au delà des craintes justifiées de l'appropriation exclusive du qualificatif notamment par l'usage de l'article défini, on doit s'interroger sur ce que représente ce mot par celui qui se vante d'en être l'ardent défenseur, Nicolas Sarkozy.

François Bayrou craint justement que l'appropriation par un parti d'un mot représentant un bien commun rassembleur  ne transforme cette valeur elle-même en une source de division, le mot étant alors dénaturé de son sens premier. Mais revenons au sens de la république, à ce que représente ce mot sur le fond.

Voici l'appel de Nicolas Sarkozy :

 

Les termes qui ressortent sont l'amour du pays (patriotisme), l'idéal, le devoir avant les droits, travail et mérite, la liberté, l'ouverture universelle contre le communautarisme, émancipation de la personne et droit des peuples à disposer d'eux-mêmes,  contre la barbarie, l'intégrisme et l'obcurantisme, avec la reprise des valeurs de la devise républicaine "Liberté, Egalité, Fraternité" à laquelle est ajouté "Laïcité". On ne peut que souscrire à ces termes et à ces belles paroles, même si elles méritaient d'être complétées (sur l'égalité des chances et la fraternité notamment).

Mais surtout, ces mots sonnent faux sous la signature d'un homme qui n'a pas toujours eu une attitude républicaine. Etre Républicain ce n'est pas être en permanence dans la confrontation, c'est être dans le rassemblement.. Etre républicain ce n'est pas assujettir ses semblables en estimant que quand nous ne sommes du même avis que le Chef de ce parti, on est contre lui. Etre républicain c'est respecter son prochain, de pas le vouloir "à terre et asphyxié", ne pas refuser de serrer une main au risque d'attraper le sida, c'est aussi respecter l'autorité de l'Etat en n'insultant pas celui qui occupe la plus haute fonction de président de la république, même si son action n'est pas jugée à la hauteur, c'est ne pas avoir entête de vouloir "s'occuper du cas" de son plus dangereux adversaire pour les primaires, c'est faire preuve d'un certain désintéressement en faisant prévaloir l'intérêt général sur les intérêts particuliers. Et l'idée des tests ADN pour autoriser le regroupement familial des immigrés, était-ce une idée républicaine ? Et le déroulement du tapis rouge à Kadhafi en 2007 utilisé comme "paillasson pour venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits", était-il républicain ? Et la réception en grandes pompes de Bachar El Assad à la tribune d'honneur officielle du défilé du 14 juillet, était-elle républicaine ? Et la décision de détourner la justice ordinaire pour confier le règlement de l'affaire Tapie à un tribunal de juges privés, était-elle républicaine ? Et la tricherie des comptes de campagne 2012 avec l'affaire Bygmalion, était-ce une attitude républicaine ? Et tant d'autres affaires qui, même si elles ne sont pas encore jugées, montrent un mépris de la justice... L'étiquette républicaine pourra-t-elle blanchir toutes ces casseroles ?

La république représente des valeurs et un projet de société, elle doit aussi être incarnée par un certain comportement personnel et politique, en ligne avec ces valeurs.

J'en profite pour à nouveau citer François Bayrou et sa vision de la République : « La République est le projet politique de l’humanisme », comme il l'a décrit dans la préface de mon livre « La Révolution Humaniste » (Ed Salvator, Nov 2011) :

« Ce que nous nommons « République », ce n’est pas une organisation institutionnelle. La République, ce n’est pas seulement un régime qui s’oppose à la monarchie ou lui succède, et dont la source de l’autorité est dans le peuple par opposition à la légitimité dynastique. La République, c’est un idéal politique, un projet de société, et même un principe de civilisation. C’est proprement l’organisation politique et l’organisation sociale qui permettent l’émancipation de l’individu, son épanouissement, par le dépassement de toutes les aliénations, de toutes les sujétions. L’individu est légitimé et libéré. Et s’organise en même temps pour l’entourer et l’accompagner, le principe de solidarité. Libéré et assuré, ainsi s’affirme l’idéal du citoyen républicain.

S’y ajoute un principe dynamique, le rêve ou la chance de la progression sociale méritée. Ainsi l’école, l’école aux murs de briques de la Troisième République, pouvait-elle inscrire en son fronton la trilogie de l’authentique liberté, de l’authentique égalité et de l’authentique fraternité. Cela était proprement la République. Et cela faisait de tous ces petits de Gaulois, d’Alsaciens, de Bretons, ou de Béarnais, de tous ces petits d’Africains, de tous ces petits d’Annamites, de ces lointains ou de ces voisins Italiens et Polonais, un seul et unique peuple de citoyens. Égaux non pas seulement par les droits, mais ce qui est beaucoup plus fort égaux par les espoirs. Égaux par les enfants.

Et c’est ainsi que la République était le projet politique de l’humanisme. Car en chaque situation sociale, elle avait pour idéal de libérer l’homme dans l’homme, de promouvoir l’homme dans l’homme ou dans la femme, de lui rendre et de lui garantir dignité et capacité. »

 

 

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