"Nouvelle Donne" et "Nous Citoyens" : laboratoires d'idées ou partis politiques ?

Deux nouveaux mouvements politiques émergent dans la vie politique française et ouvrent un débat d'idées, avec une démarche qui se veut différente des partis politiques traditionnels : "Nouvelle Donne" (issu du Collectif "Roosevelt 2012", d'inspiration plutôt à gauche pour une Europe sociale) et "Nous Citoyens" (d'inspiration plutôt libérale et réformiste).

Deux nouveaux mouvements politiques émergent dans la vie politique française et ouvrent un débat d'idées, avec une démarche qui se veut différente des partis politiques traditionnels : "Nouvelle Donne" (issu du Collectif "Roosevelt 2012", d'inspiration plutôt à gauche pour une Europe sociale) et "Nous Citoyens" (d'inspiration plutôt libérale et réformiste). Ils se présentent tous deux comme des laboratoires d'idées, cherchant plus à peser dans les choix politiques tout en impliquant les citoyens, que dans une démarche politicienne de prise de pouvoir, n'excluant pas toutefois de présenter des candidats aux élections européennes. Ils ont d'ailleurs été créés avec un statut de parti politique.

Nouvelle Donne logo                Nous Citoyens

 

Leurs points communs ?

Ils se présentent tous deux comme une démarche collective citoyenne, de personnes issues de la vie civile qui déplorent à la fois l'insuffisance et l'impuissance des partis politiques traditionnels qui empêtrés dans leur logique politicienne d'appareil et de lutte pour le pouvoir, dont les élus sont peu représentatifs de la diversité de la vie civile, ne portent plus le débat d'idées, n'ont pas l'audace des réformes ou de la transformation sociale et économique nécessaires pour affronter le XXIème siècle dans la mondialisation.

Ils proposent tous deux un diagnostic de la situation du pays et de l'Europe, tant sur le plan économique que social et politique, avec une vision globale du "modèle" de société.

Ils sont tous deux européistes, c'est à dire convaincus que la France ne peut s'en sortir qu'au sein d'une Europe forte et refondée, plus démocratique et plus proche du citoyen, plus sociale aussi, plus intégrée, pour aborder les grands défis du XXIème siècle, peser dans le monde.

Ils ont une même vision de la démocratie, où le citoyen doit être acteur et mieux représenté, doit pouvoir s'impliquer dans les choix du pays et de l'Europe, une vraie démocratie où le pouvoir ne doit pas confisqué par une oligarchie d'élus devenus des professionnels de la politique qui privilégient leur carrière sur leur mission, souhaitant changer les institutions, supprimer le cumul des mandats y compris dans la durée des renouvellements.

Enfin, ils se montrent tous deux positifs et enthousiastes, non la France n'est pas foutue et on peut s'en sortir, ce qui donne de l'air dans la sinistrose ambiante !

 Et pour finir (est-ce fortuit ?), on retrouve une grande ressemblance dans le logo, reprenant la lettre N stylisée de la même façon.

Leurs différences ?

Nouvelle Donne (traduction de "New Deal" en référence à Roosevelt), mouvement lancé par l'économiste Pierre Larrouturou (ex élu du PS et de EELV) avec Stéphane Hessel, axe son discours sur le modèle de société, avec une vision plutôt philosophique et idéologique de la société, visant une transformation sociale pour un monde plus humain, s'attaquant aux dérives du capitalisme financier et des excès de la dérégulation dans la mondialisation, ayant abouti à des inégalités croissantes sans endiguer la pauvreté, et mettant en danger notre environnement et notre santé. Les philosophes Edgar Morin et Cynthia Fleury ont rejoint le mouvement, notons aussi l'écrivaine altermondialiste Susan George présidente d'ATTAC, d'autres intellectuels, des militants associatifs, chercheurs et professeurs, des élus de collectivités territoriales. Nouvelle Donne fait le constat de la fin des années fastes, de la baisse continue de la croissance devenue atone et plutôt que viser un retour à la croissance et un développement de l'économie pour retrouver l'emploi, il préfère viser un meilleur partage du travail (par réduction du temps de travail notamment) et une meilleure répartition des richesses au sein de la population. Il prétend que la crise (économique et sociale) est directement causée par le partage inégal des richesses. Le discours est assez accusateur vis à vis des politiques, des dirigeants européens, de la finance, des banques et même des entreprises. Il a une démarche assez "punitive", coercitive, où l'Etat doit reprendre un rôle plus interventionniste.

Ses propositions économiques sont complètement axées sur la fiscalité : meilleure progressivité de l'impôt, un nouvel impôt européen sur les entreprises (avec harmonie fiscale en Europe pour éviter une concurrence déloyale générant des délocalisations), boycott des paradis fiscaux avec obligations contraignantes pour les entreprises traitant avec ces pays. Pour l'emploi, ses solutions sont plus axées sur le relèvement de protection (chômage partiel plutôt que licenciements, sécurisation des chômeurs) que sur le développement économique des entreprises. De plus, sur le problème de la dette publique, il dénonce le fait que l'Etat paie un taux d'intérêt sur sa dette (même ancienne) à un taux supérieur aux liquidités que la BCE avance aux banques (1%) et propose une monétisation de la dette publique (ce qu'interdit aujourd'hui la BCE du fait du risque élevé de générer de l'inflation et de faire payer par l'inflation et la baisse de l'euro les pays vertueux pour financer les pays cigales).

Il présente des propositions d'investissement massif dans la construction de logements, financé par le fonds de réserve des retraites (34 milliards) plutôt que placer ces fonds sur les marchés. Egalement dans le domaine de l'énergie et d'isolation par un grand plan européen Energie-climat financé par la BCE (1000 milliards comme la BCE l'a fait pour les banques). Il prône aussi la séparation entre les activités "spéculatives" (cf. activités de marchés, de banque d'affaire) des banques et les activités de dépôt et de financement, afin d'éviter que les banques "spéculent avec la garantie de l'Etat" (au motif que si elles risquent d'être en faillite à cause de pertes sur activités spéculatives, elles sont renflouées par les Etats au frais du contribuable du fait du risque systémique qu'elles représentent en cas de faillite pour l'ensemble de la collectivité).

Ses idées sont donc très proches des propositions du Front de Gauche, avec la différence de son affirmation pro-européenne revendiquée.

Voir ici les 20 propositions de Nouvelle Donne.

 

Nous Citoyens, mouvement fondé par l'entrepreneur Denis Payre, est également soutenu par des citoyens de la vie civile mais de profils plus diversifiés et plus entrepreneurs qu'intellectuels : chefs d'entreprises, artisans, artistes, agriculteurs, professions libérales, sportifs, sans oublier des salariés, des fonctionnaires, des retraités et responsables d'association. Son diagnostic est plus axé sur la perte d'efficacité et de compétitivité de la société française qui n'a pas su bien d'adapter à la mondialisation pour affronter le XXIème siècle, malgré des atouts et des talents indéniables : chômage de masse, dettes abyssales, injustice sociale, manque de démocratie, ... les Français souffrent d'une perte de repères et sont déçus des partis politiques qui de droite comme de gauche n'ont pas osé dire la vérité aux citoyens et faire les réformes qui s'imposaient, cherchant à séduire plutôt qu'à redresser le pays, capitulant devant les corporatismes. Le problème d'emploi vient de l'insuffisance de croissance, pas seulement due à la crise mais due surtout au poids écrasant des charges sociales et de la fiscalité qui grèvent nos entreprises, les rendent moins compétitives alors qu'elles sont pourtant productives et talentueuses. La solution passe par une réduction significative des dépenses publiques, qu'il s'agisse des dépenses d'administration de l'Etat et des collectivités locales ou des dépenses de protection sociale notamment de santé qui ne sont pas optimales, plus élevées que chez nos pays voisins de niveau semblable. Le retour d'un budget à l'équilibre, à une meilleure efficacité de la dépense publique et la mise en place d'un environnement propice à la création de richesses, passant par d'indispensables réformes, est selon lui la seule voie possible pour financer les politiques de solidarité et préserver notre modèle social.

Tout en se montrant d'inspiration libérale et voulant remettre l'entreprise créatrice d'emploi au centre de l'économie, il ne renonce pas à la solidarité, au contraire. Il veut s'attaquer vraiment la grande pauvreté et n'accepte pas que les plus démunis soient laissés de côté, mais veut prioriser les actions de réinsertion plutôt que sur l'assistance coûteuse et humiliante.

Il fait appel à la responsabilité des citoyens et des responsables politiques, au respect des engagements de ces derniers. Il est contre l'attitude consistant à s'en prendre à des boucs émissaires, comme l'Europe notamment. Il rappelle que ce sont nos responsables politiques nationaux qui ont fait la politique européenne (plus que la Commission et le Parlement européen) mais que paradoxalement ce sont eux aussi qui ont désigné l'Europe comme le bouc émissaire de nos maux.

Pour le mouvement, les emplois publics ne sont pas la solution au chômage. Il faut aider les créateurs d'emplois que sont les PME, les entrepreneurs, les artisans et les commerçants, pour créer des activités et des richesses nouvelles, qui permettront de continuer à financer notre modèle social. De même que l'échec scolaire n'est pas à aborder simplement sous l'angle budgétaire (nombre de postes),  mais par une revue des méthodes, des pratiques, la valorisation du métier d'enseignant.

Voir l'esquisse du projet de Nous Citoyen sur son site (il sera étoffé progressivement). Voir aussi le débat entre Denis Payre et Arnaud Montebourg sur France 2 -Des paroles et des actes (le 19 novembre 2013).

"Nous Citoyens" propose une démarche participative innovante, où les citoyens peuvent collaborer au projet, faire des propositions et donner leur avis sur les thématiques.

Ses propositions paraissent à ce stade (encore générales) plus concrètes et pragmatiques que celles de Nouvelle Donne. Cette vision présente beaucoup de proximité avec le MoDem, non seulement sur le fond mais aussi sur l'idée de rénover la démocratie et la manière d'exercer la politique, et également une convergence de propositions avec l'UDI (mais qui est plus classique sur l'exercice de la politique ...), partis récemment rassemblés sous le label L'Alternative. J'avoue me sentir aussi plus proche de ce mouvement "Nous Citoyens" que de "Nouvelle Donne", notamment de son diagnostic, de son appel au sens de la responsabilité et de son réalisme, même si je suis sensible à l'approche "modèle de société humaniste" de la vision de Nouvelle Donne. Certaines de leurs idées sont complémentaires sans être pour autant opposées. Par exemple la possibilité de financer la dette publique par la BCE prônée par "Nouvelle Donne" n'est pas évoquée par "Nous Citoyens", ni la lutte contre l'évasion fiscale et les paradis fiscaux, (et pour cause, Denis Payre a dû la pratiquer en s'expatriant en Belgique une dizaine d'années pour éviter de payer l'ISF qui l'aurait mis en faillite ...).

Lire ou écouter l'édito de Thomas Legrand - Matinale de France Inter du 28 novembre 2013

Voir le 7/9 de France Inter du 29 novembre 2013 : débat entre Pierre Larrouturou et Denis Payre

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